
Il est des livres dont la dernière page marque véritablement la fin. Et puis il y a ceux qui continuent leur chemin en nous.
Le livre a retrouvé sa place parmi les autres. Pourtant, quelque chose demeure : une scène, une phrase, un personnage, parfois même une simple atmosphère.
Pourquoi certaines histoires continuent-elles ainsi leur chemin en nous ?
Prenons 1984 de George Orwell4. On peut oublier certains détails du récit, mais il est difficile d’oublier Big Brother, la Novlangue ou la double pensée. Après avoir lu Orwell, certains mots de notre époque résonnent autrement. Le livre ne reste donc pas seulement dans notre mémoire : il modifie notre manière de regarder le monde.
Avec Le Petit Prince de Saint-Exupéry, le phénomène est différent. Beaucoup l’ont découvert enfants. Puis on le relit adulte et l’on comprend autrement certaines scènes, certaines rencontres, certaines paroles. Le livre n’a pas changé. C’est nous qui avons changé. Et c’est peut-être pour cela que certaines histoires vieillissent avec nous.
Avec L’Étranger de Camus, ce n’est parfois même plus l’histoire qui demeure. C’est une voix, une lumière, une sensation d’étrangeté, une manière de regarder le monde qui continue à nous accompagner. On ne sait pas toujours expliquer pourquoi un livre nous poursuit. On sait seulement qu’il a laissé une trace.
C’est peut-être là que réside une part du mystère de la littérature.
Un livre ne nous transmet pas seulement une histoire. Il rencontre notre propre histoire : nos souvenirs, nos inquiétudes, nos désirs, nos expériences. Ce que l’auteur a écrit devient alors quelque chose qu’il ne peut plus entièrement maîtriser.
C’est aussi ce que je recherche lorsque j’écris.
Je préfère les histoires qui laissent une porte entrouverte, une part d’ombre, une question sans réponse immédiate. Quelque chose qui puisse continuer à travailler le lecteur après la dernière page.
Dans mes romans comme dans mes nouvelles, j’aime conduire le lecteur jusqu’à un seuil, puis lui laisser le choix de le franchir.
Une histoire peut avoir une fin. Elle n’a pas nécessairement un dernier mot.
C’est peut-être pour cela que certains livres nous reviennent des années plus tard. Une phrase, une image ou une circonstance suffit parfois à faire renaître ce que nous pensions avoir oublié.
Un livre véritablement lu ne disparaît peut-être jamais tout à fait. Il attend.
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