Laisser vivre ses personnages!

Deux hommes assis à une table dans une salle, l'un tourné de dos et l'autre en train de réfléchir, dans une ambiance chaleureuse.

Ce que les personnages m’imposent

Je ne sais jamais très bien qui commande lorsque je commence un roman.

Moi, en principe.

J’ai une idée, parfois un lieu, un événement autour duquel l’histoire va se construire. Je pense savoir où je vais. Et puis, assez vite, ils commencent à compliquer les choses.

Ils ne font pas toujours ce que j’avais prévu.

Ce n’est pas une façon de parler. Il m’est arrivé de modifier une scène parce que le personnage que j’avais imaginé d’une certaine manière ne pouvait finalement pas agir comme je le lui demandais. C’est sans doute l’un des plaisirs de l’écriture.

Et aussi l’un de ses problèmes.

Je connais mes personnages…jusqu’à un certain point

Lorsque j’ai commencé à écrire Yémen, du sang sur le sable, je savais que le contexte yéménite serait important. J’avais vécu deux années dans ce pays. Je connaissais certains paysages, certaines habitudes, certaines façons de vivre. Mais cela ne suffisait pas pour faire un roman.

Il fallait des hommes et des femmes.

Marc, Gina, Tahira et Pierre ont alors pris une place que je n’avais pas forcément prévue au départ. Le Yémen devenait le décor et, en même temps, quelque chose qui pesait sur leurs décisions. Je ne voulais pas raconter seulement un pays en guerre. Ce qui m’intéressait, c’était de voir ce que cette situation faisait aux personnes qui y étaient confrontées.

Une relation peut résister à beaucoup de choses, mais pas forcément à tout. C’est moins spectaculaire qu’une bataille ou qu’un événement politique, mais c’est souvent là que se trouve l’histoire.

Le personnage n’est pas toujours raisonnable

C’est peut-être ce qui me plaît le plus.

Dans la vie, nous savons tous qu’il faudrait parfois être raisonnable. Nous le sommes rarement autant que nous le souhaiterions.

Pourquoi les êtres que j’ai crée le seraient-ils ?

Ils se trompent. Ils se taisent alors qu’ils devraient parler. Ils parlent alors qu’ils feraient mieux de se taire. Ils s’attachent aux mauvaises personnes. Ils prennent parfois une décision dont ils ne mesurent pas immédiatement les conséquences. Je pourrais évidemment les corriger. Mais ce serait dommage.

Un personnage trop raisonnable devient rapidement un personnage sans beaucoup d’intérêt.

Et lorsque le roman est terminé

C’est là que les choses deviennent curieuses.

Pendant des mois, parfois davantage, je vis avec des personnages qui n’existent pas réellement. Je connaît leurs habitudes, leurs réactions, leurs défauts. Je sais certaines choses qu’eux-mêmes ignorent.

Puis vient le moment où j’écris les dernières pages. L’histoire s’arrête. Eux aussi.

On pourrait penser que l’on passe simplement à autre chose. Ce n’est pas toujours le cas.

Certains d’entre eux restent un peu dans un coin de ma mémoire. Je les retrouve parfois lorsqu’une situation réelle rappelle une scène du roman. Je me demande ce qu’ils auraient fait.

C’est probablement une des contradictions du métier d’écrivain : passer beaucoup de temps à inventer des personnes qui, une fois le livre terminé, semblent parfois avoir eu leur propre existence.

Je ne sais pas si je les crée vraiment.

Je préfère penser qu’à un moment donné, je les rencontre.

Et qu’ensuite, il faut simplement essayer de les écouter




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