De « Gloria » de Van Morrison à Patti Smith : aux racines du punk.

Microphone vintage en métal au premier plan, avec une guitare électrique à gauche et des feuilles manuscrites accrochées au mur en arrière-plan.

Il y a quelques jours, en réécoutant « Gloria » de Van Morrison, je me suis aperçu que cette chanson racontait une histoire bien plus longue que ses deux minutes trente.

En 1964, Van Morrison l’enregistre avec son groupe Them. Un morceau de rock brut, simple, répétitif, presque instinctif. Avec le recul, « Gloria » est devenue l’un des classiques du garage rock et l’un des titres qui annoncent le son du futur punk.

Mais ce qui m’intéresse surtout est ce qui va arriver onze ans plus tard.

En 1975, Patti Smith ouvre son premier album, Horses, avec Gloria (In Excelsis Deo). Elle ne fait pas simplement une reprise. Elle transforme la chanson de Van Morrison et y intègre des éléments de son propre poème Oath. Le rock devient alors le support d’une écriture poétique, libre et provocatrice.

C’est précisément ce qui m’avait intéressé lorsque j’avais consacré ici un article à Patti Smith et Arthur Rimbaud.

Chez cette artiste, la musique et la littérature ne sont jamais très éloignées. Elle peut passer du rock à la poésie, de Rimbaud à Van Morrison, du poème à la scène.

Et c’est peut-être là que se trouve une partie de l’originalité de Horses.

On présente souvent le punk comme une rupture apparue au milieu des années 1970. C’est vrai, mais l’histoire est plus progressive.

Avant les Ramones, les Sex Pistols ou The Clash, il y eut le garage rock, le Velvet Underground, les Stooges, les New York Dolls…

Et, quelque part au début de cette chaîne, il y avait « Gloria ».

Patti Smith va encore déplacer les frontières. Elle ne cherche pas à choisir entre écrire et chanter.

Elle fait les deux.

C’est peut-être pour cela que Horses occupe une place particulière dans l’histoire du punk : le disque associe l’énergie du rock à une véritable ambition littéraire. La Philharmonie de Paris le présente d’ailleurs comme un album ayant eu une influence décisive sur la naissance du punk-rock.

C’est finalement ce qui me plaît dans cette histoire.

En 1964, Van Morrison écrit « Gloria ».

En 1975, Patti Smith la reprend et la transforme.

Entre les deux, le rock a changé.

Et la chanson, elle aussi, a changé de sens.

C’est peut-être cela, au fond, qui rapproche la musique de la littérature : une œuvre n’est jamais complètement figée. Elle peut être reprise, réinterprétée, détournée, enrichie par ceux qui viennent après. Une chanson de 1964 peut ainsi devenir, onze ans plus tard, l’une des portes d’entrée vers le punk et vers la poésie de Patti Smith. Et derrière Patti Smith, il y a Rimbaud.

Comme quoi, entre Van Morrison, le punk et la littérature, les chemins sont parfois beaucoup moins éloignés qu’on ne l’imagine.

Pour prolonger cette réflexion, vous pouvez retrouver sur LitteraSphère mon article consacré à Patti Smith et Arthur Rimbaud : « Une saison en enfer ».



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