Et si les racines du punk se trouvaient dans une chanson de 1964
Il y a quelques jours, en réécoutant « Gloria » de Van Morrison, je me suis aperçu que cette chanson racontait une histoire bien plus longue que ses deux minutes trente.
En 1964, Van Morrison l’enregistre avec son groupe Them. Un morceau de rock brut, simple, répétitif, presque instinctif. Avec le recul, « Gloria » est devenue l’un des classiques du garage rock et l’un des titres qui annoncent le son du futur punk.
Mais ce qui m’intéresse surtout est ce qui va arriver onze ans plus tard.
Je voudrais vous parler de Jean Urvoy (1898-1989), un artiste que j’ai admiré, et beaucoup aimé. Peintre, graveur sur bois, amoureux éperdu de la Bretagne et de ses rivières, il réalisera une œuvre magistrale de plus de 4 000 peintures, gravures, lithographies, gouaches, aquarelles et collages, ainsi que des dessins, cédés en partie au musée d’art et d’histoire de Saint-Brieuc. Je l’ai bien connu. Dans les dernières années de sa vie, je le voyais presque toutes les semaines, et à l’époque, je n’ai pas su prendre la mesure de la chance que j’avais de vivre auprès d’un grand artiste. Mais aujourd’hui, je souhaite rendre hommage à une autre facette de son œuvre : celle du poète, car derrière le peintre attentif aux lumières et aux paysages se cachait aussi un homme de mots, profondément relié à la nature.
Dans « Secrets d’errances » (publié aux éditions yellowconcept) il rend honneur à la nature à travers l’évocation de la Rance qui coule le long de sa ville natale de Dinan. Il se décrira lui-même comme « le braconnier qui connaît la rivière, ses rives, sa surface, sa couleur, sa profondeur, qui lit en elle ». Ses vers évoquent le frémissement de l’eau, le goût du sel, l’éclat d’un ciel brouillé, la rugosité d’une écorce sur un sentier perdu. Lumineux, efficaces, ses poèmes ressuscitent les émotions que nous procure un paysage, quand on sait le regarder, immobile et attentif.
Patrick Jamin éditeur, dira de lui : « Celui qui a su voir qu’avec les reflets du ciel, la lumière est aussi dans le sable mouillé, et que la fraîcheur de l’aube est la jeunesse du monde, à celui-là seulement, la nature ouvre un mystérieux chemin qui mène à l’intérieur… »
Jean Urvoy s’éteindra le 21 juillet 1989 à Rennes, à l’âge de quatre-vingt-dix ans auprès de sa femme Jeanne Cojan, la sœur ainée de ma grand-mère paternelle.
La lune
A tracé sur les eaux noires Un chemin de lumière Vers les écueils qui ferment la rade J’ai vu les phoques et les marsouins Descendus du nord Remonter l’estuaire Et les poissons volants Venus du sud Jaillir vers le ciel. Mais ce soir la mer est déserte Et ronronne apaisée On sent venir de la mer Un doux murmure, Celui qu’écoutent les enfants Au creux des coquillages. ( J e a n U r v o y – S e c r e t s d’errances)
J’ai également partagé cet hommage à Jean Urvoy sur mon compte Instagram, où je présente régulièrement des textes liés à mes rencontres artistiques et littéraires.
Il y a quelques jours, je vous avais parlé de Louise Glück, lauréate du prix Nobel de littérature en 2020. Je voudrais aujourd’hui vous faire découvrir (si vous ne l’avez pas encore lue) la poésie de cette auteure américaine, si éloignée et pourtant si proche de nous, lecteurs français passionnés de poésie. En effet, il ne s’agit pas d’une poésie où l’on exprime des sentiments subjectifs. Elle ne raconte pas les tribulations d’un moi, ni les rêveries de son auteure. Il s’agit plutôt d’une poésie simple, qui investit un espace. Car souvent, la poésie américaine n’est pas subjective mais spatiale.
Les herbes folles
Quelque chose vient au monde sans y avoir été invité provoquant le désordre, le désordre – Si tu me hais tant, ne t’embête pas à me donner un nom : as-tu besoin d’une autre insulte dans ta langue, une autre façon de blâmer une tribu pour tout – comme nous le savons tous les deux, pour adorer un seul dieu, on a besoin d’un seul ennemi – Je ne suis pas l’ennemi. Seulement une ruse qui te permet de te détourner de ce que tu vois en train de se passer ici même, dans ce lit, petit paradigme de l’échec. Ici, presque chaque jour l’une de tes précieuses fleurs meurt et tu ne trouveras le repos qu’après avoir assailli la raison, en d’autres termes : tout ce qui reste, tout ce qui se sera avéré plus robuste que ta passion personnelle – Ce n’était pas supposé durer éternellement dans le monde réel. Mais pourquoi l’admettre alors que tu peux continuer à faire ce que tu as toujours fait, le deuil et les reproches, toujours les deux ensemble. Je n’ai pas besoin de tes louanges pour survivre. J’étais là en premier, avant toi, avant même que tu aies planté le jardin. Et je serai là, alors qu’il ne restera que le soleil, la lune, la mer et la grande prairie. Je serai la prairie.
Traduction : Marie Olivier (Po&sie, 2014/3-4 (N° 49-150)