Été 2024: Voyages (6)

Cette semaine je vous présente un extrait de Voyages, un recueil de poésies paru en 2020.

« La poésie, pour moi, c’est l’art du souvenir. Elle permet ce lent phénomène du retour sur soi, de la recherche des émotions au plus profond de notre âme. Les sensations, les images, les odeurs sont là, tapies au creux de notre être. 

Au poète de les chercher et de les transcrire directement comme elles lui viennent à l’esprit. À lui de trouver le parfait équilibre entre les mots et les sons afin de toucher son lecteur, et de l’amener au-delà du « plafond de verre ». 

Il doit s’imprégner totalement des plus petits événements de la vie au risque de s’y perdre et de ne plus savoir s’ils proviennent de son expérience ou du vécu de l’autre.

 Alors, il ne joue plus avec les phrases. Il n’est plus qu’un instrument par lequel La Poésie s’exprime à travers lui, primaire et intime. Il voyage au gré de ses sensations, par delà les contrées parfois lointaines, parfois voisines et petit à petit il traduit son ressenti. Les amours blessées, les femmes délaissées, les vieillards abandonnés. »

Voyages-Poésies.

Bruno Le Cun

40 pages – 13 €

Editions du net


Je suis comme une éponge 

Qui plonge dans les songes

De la ville qui rêve endormie

Jusqu’au bout de sa nuit

De ces hommes et ces femmes

J’aspire toutes leurs âmes

Je me nourris de leurs ennuis

Qui transpire de leur vie

Et prospère sur cette matière

Que je digère 

Je suis un faussaire

Qui sous mes faux airs

De poète et d’artiste

Quitte la piste

Celle du génie prometteur

Paralysé par la peur

D’être un jour découvert

Comme un vil imposteur

Je ne suis qu’une éponge 

Qui plonge dans les mensonges

De ceux qui savent, alors que je ne sais rien

De ceux qui créent, alors que je ne vaux rien

Et suce leur substantifique moelle

Comme un vaurien sur une balancelle

Un saurien qui s’allonge et plonge

Dans de noirs marécages qui me rongent

Comme une glu qui colle à ma peau

Comme, sous sa mère, tète l’agneau

Je me repais de cette trouble substance

Et compose des stances en souffrance.

Tu écris avec la lumière

Des illusions d’amour

Sur des vitres sans tain. 

Tu dessines de tes doigts

Des arabesques glacées

Sur des carreaux aveugles.

Au fil de tes pensées

Sur les vitres embuées 

Tu esquisses la vie qui change,

Et les nuages qui se mélangent.

Tu souffles à perdre haleine

Sur des miroirs abandonnés

Une fine buée de gouttelettes

Qui  révèle la détresse d’un  visage,

Les reflets de toutes les âmes

Que tu figes pour l’éternité 

Toi le faiseur d’images.


Murée dans un silence révélateur,

Jeanne prie le seigneur, pauvre pêcheur.

Seule à genoux, elle lève les yeux

Vers la toute-puissance de son Dieu.

De ces actes, ô combien impardonnables

Ce n’est pas Lui le seul coupable.

Mais la triste secte de ses serviteurs

Prêtres, abbés curés inquisiteurs. 

Ceux-là ont fait vœu de célibat,

Pour mieux cacher vos ébats.

Alors que vous agnelles sacrifiées

Vous ne fîtes que vœu de chasteté. 

Quelle abomination de pécher par amour,

Quand sur terre l’homme de Dieu, triste vautour

Te caresse pour ses besoins satisfaire

Et t’envoie ainsi rejoindre Lucifer. 

Alors Jeanne pleure le Seigneur,

Écartelée entre sa foi et son bonheur.

Seule à genoux, son pardon elle implore

Quand sa seule délivrance est la mort.

Été 2024: Errances (5)

Cette semaine je vous présente un extrait de Errances, un recueil de poésies paru en 2023.

« Bien plus qu’un simple recueil de poèmes, « Errances » est un véritable voyage au-delà des frontières, où l’on vagabonde dans les méandres des cœurs et des esprits, unissant les destinées de ceux qui cherchent une terre nouvelle et ceux qui cherchent la vérité intérieure. C’est à la fois un cri de rage, de souffrance, d’impuissance, mais aussi un dialogue subtil entre l’homme et l’univers qui résonne au plus profond de notre conscience. C’est une invitation à la découverte de soi et de l’autre, dans ce périple intérieur où l’errance devient un pont entre les âmes. »

Errances-Poésies.

Bruno Le Cun

82 pages –

Editions du net


Peuples ! écoutez le poète !
Ecoutez le rêveur sacré !
Dans votre nuit, sans lui complète,
Lui seul a le front éclairé.
Des temps futurs perçant les ombres,
Lui seul distingue en leurs flancs sombres Le germe qui n’est pas éclos.
Homme, il est doux comme une femme. Dieu parle à voix basse à son âme Comme aux forêts et comme aux flots.

(La Fonction du poète. V.HUGO)

Écoute, mon enfant, le chant de l’univers Résonner dans ma tête comme un cri de verre. Et la rime qui tisse des fils de lumière
Se brise sur la grève en mille éclats de vers.

Prends garde mon enfant ; ne crois pas ceux qui pensent
Qu’il soit possible de vivre sans poésie !


Ils haïssaient la guerre !

Car ils avaient connu la souffrance, la mort
Et la haine d’un peuple pour une autre race
Alors ils se dirent, tristes conquistadors :
« Plus jamais ça ! » Et nous construirons à la place,

Un monde sans frontières, En paix, sans mystère.

Et puis, ils oublièrent leurs fières promesses, Se vautrèrent dans l’exubérance et l’ennui, Et ne tinrent guère compte de ces bassesses La corruption et la paresse honnies ,

Des avertissements de leurs propres fantômes Qui venaient gentiment les tirer par la manche. Ils feignirent de ne pas saisir ces symptômes De ne pas croire en cette funeste revanche !


II

« Guerres d’Orient et massacres au Levant ?
Nous sommes protégés par un monde savant ! » Ces abjectes contorsions sont bien lointaines
Et quand leurs fantômes, de leurs grandes mitaines Crûment les giflèrent, ils comprirent trop tard
Que leur monde s’écroulait sous le poids des chars !

Et que la guerre venait frapper à leur porte, Annihilant leurs certitudes. Mais qu’importe ! Sûrs de leur ligne Maginot imaginaire
Ils ne crurent guère ces leçons mortifères !

Las ! Ils durent se résoudre à entrer en guerre

À laisser mourir femmes et enfants,
À laisser détruire villes et villages,
À laisser s’évanouir culture et honneur !

Été 2024: Yémen, du sang sur le sable (4)

Cette semaine je vous présente un extrait de Yémen, du sang sur le sable, un roman paru en septembre 2023.

« Au Nord du Yémen, les luttes acharnées entre les rebelles Houtis et l’armée régulière plongent le pays dans une guerre civile aux conséquences dramatiques. En plein cœur de la capitale, Sanaa, les attentats meurtriers font rage, multipliant les victimes innocentes.

Au Sud, dans le désert, Daesh prend le pas sur Al-Qaida. À Tikrit, raffinerie de gaz naturel liquéfié, Marc Longuet, un jeune cadre d’une société de sécurité, assiste impuissant à des faits qui le marqueront à jamais.
Tahira, fille d’un haut fonctionnaire de l’État yéménite, rescapée du printemps arabe, rêve de vivre en Occident. Devra-t-elle suivre son intuition et s’enfuir avec Robert le chef de la sureté à Tikrit ? »

Le livre

Ce roman, fruit de vérités vécues et d’une imagination nourrie par les enjeux contemporains, plonge au cœur de cette nation tourmentée. À travers les yeux de ses protagonistes, il anticipe les crises internationales et explore les tensions profondes qui façonnent le destin d’un pays déchiré entre tradition et modernité, pouvoir et résistance.

Après Faits d’hiver « Yémen, du sang sur le sable » est le premier roman de l’auteur Bruno Le Cun.

les Editions du Net.

Yémen, du sang sur le sable-Roman

Bruno Le Cun – 212 pages.

Chapitre 1


Benoit vida son verre et me donna une tape amicale sur le bras. Assis en face de moi, à la terrasse d’un café près de la gare, il m’observait l’air interrogateur :

 « On ne va pas vivre chez mes vieux ! Quel ennui ! Je préfère louer une petite mansarde chez l’habitant, au centre de Rome. Qu’en penses-tu ? »  

  Je sentais son regard empreint de malice, scruter le moindre de mes gestes. Il n’avait pas changé. Grand, le cheveu blond à peine un peu frisé, Benoit plaisait aux femmes autant qu’aux hommes. Beau parleur, un brin hâbleur, bien que cultivé et passionné de littérature — il avait lu tous les livres de la mystérieuse écrivaine Elena Ferrante —, il ne comptait plus les conquêtes féminines. De longues années d’expatriation en Italie — ses parents s’y étaient établis pour raisons professionnelles — lui avaient permis de nouer de nombreuses relations dans le milieu universitaire. La préparation d’un vague diplôme en communication lui servait d’alibi pour naviguer avec une aisance maîtrisée au sein de cette faune frivole et internationale. 

  Alors, dénicher une chambre au centre-ville et l’aménager pour deux étudiants avait été un jeu d’enfant pour lui. 

Il paraissait ravi d’avoir réussi à me convaincre de terminer ma dernière année d’école d’ingénieur en Italie. 

  Après de fastidieux préparatifs et des formalités administratives harassantes, j’avais enfin obtenu, grâce à lui, mon inscription à l’Université de Rome III. Je parlais la langue avec assurance et la qualité de la vie, ainsi que la richesse culturelle de l’Italie, exaltait ma passion pour ce pays. Je me trouvais à deux pas de la France, là où j’avais abandonné ma mère, seule, dans une grande maison pleine de souvenirs. Elle ne m’avait pas beaucoup aimé. Mon père comptait plus pour elle, et pourtant il l’avait quittée pour vivre autour du monde. 

Et puis il y eut Benoit. Un ami, que dis-je ? Un frère pour moi. Il m’avait longtemps accompagné dans ma solitude, remplaçant un géniteur qui s’était envolé et une mère absente.

 « Excellente idée » répondis-je, un peu gêné par son entrain envahissant.

Il semblait heureux de me revoir et de me servir de guide.

J’entamais, ainsi, cette dernière année d’école en colocation. Nous logions dans une chambre de bonne d’une trentaine de mètres carrés, aménagée sous les combles d’un immeuble désuet situé à quelques pas de la Gare Termini. Je n’imaginais guère un début d’année universitaire aussi dense. Je suivais les cours d’italien de manière assidue, mais cela me demandait de gros efforts de préparation. Je passais le plus clair de mon temps à travailler, pianotant sans cesse sur mon ordinateur à la recherche d’informations utiles pour mes cours. Benoit, lui, sortait un soir sur deux. Il se désolait de me voir si studieux, me privant de tous les plaisirs qu’une ville comme Rome pouvait offrir à un étudiant célibataire. Il ne comprenait pas mon assiduité. Il ne cessait de me houspiller, de me provoquer en me vantant les délices des nuits romaines. 

  Et puis un soir, épuisé par ce harcèlement quotidien, je finis par céder. J’acceptai son invitation. Mais je ne pouvais me départir d’une certaine culpabilité. J’appréhendais d’être confronté à cette jeunesse dorée, vouée à une carrière toute tracée dans la haute administration ou dans la diplomatie. Je frémissais à l’idée de me laisser entrainer trop loin. Je craignais de négliger mes études. 

 « Allez, viens, insistait-il, tu verras, ces gens sont sympas. Pas de chichi, tout le monde se connaît et tu pourras parfaire ton italien… Il y aura pas mal de filles ! »

📗

Été 2024: Aquarelles (3)

Cette semaine je vous présente un extrait de AQUARELLES, un recueil de poésies paru en 2021.

Charles Baudelaire écrivait dans l’une des préfaces des Fleurs du Mal « …que la poésie se rattache aux arts de la peinture, de la cuisine et du cosmétique par la possibilité d’exprimer toute sensation de suavité ou d’amertume, de béatitude ou d’horreur, par l’accouplement de tel substantif avec tel adjectif, analogue ou contraire. »

Je crois que la peinture et la poésie sont intimement liées. Tout comme Émile Zola peignait le contexte social de son époque, Paul Cézanne, son ami d’enfance, écrivait les premières pages de la peinture moderne-impressionniste. Tous les deux, par des moyens artistiques différents, la peinture et l’écriture, exprimaient des sentiments identiques. Immenses créateurs et artistes prolifiques, ils ne cesseront d’évoquer leur amitié à travers leurs œuvres. Les deux visages d’une même personne en quelque sorte.

Je me suis inspiré de ces grands hommes pour composer ce recueil de poèmes intitulé « Aquarelles » en associant des couleurs et des mots.

Aux teintes primaires, le rouge, le bleu et le jaune, on peut associer les termes, sang, ciel, safran.

J’ai donc réuni une trentaine de poèmes en trois chapitres le bleu, le jaune et le rouge…

Aquarelles-Poésies. Bruno Le Cun – 64 pages – Editions du net


Il peint.

Il peint des aquarelles

Aux couleurs éternelles

Qui volent à tir d’aile

Aux contours de sa Belle.

Il peint de doux portraits  

aux regards trop floutés

Sur du papier gaufré 

à la trame mouillée. 

Il pointe son pinceau,

Il ajoute un peu d’eau,

Et du plat de la main

Trace des lendemains

Aux coloris incertains.

Soudain, d’un bleu si pâle

sur un vert tout égal

surgit un beau visage.

Mais est-ce vraiment Elle ..?


Aujourd’hui à Kloar

La mer est toute noire

Sombre et menaçante

Elle semble calme et palpitante.

À Kloar

La mer est souvent grise

Et le ciel rouge par dessus l’église

Pleure sur le sable des larmes qui agonisent.

Aujourd’hui à Kloar

La mer argentée a encore changé

Bleu émeraude, elle a tout balancé

Jusqu’au peintre Gauguin ici hébergé.

À Kloar

Partout où la plage est étroite,

Le goémon flotte, et miroite

Mais peu de pêcheurs l’exploitent.

À Kloar

La mer vague et caressante,

Le ciel aux couleurs chancelantes

Couvre l’île de Groix, chatoyante

Immuable et pourtant louvoyante.

À Kloar

Les falaises, rondes et verdoyantes

Embrassent la mer ondoyante

Comme une femme assoupie

Aux formes d’un corps alangui.

Soudain, l’aube paisible aux tièdes couleurs,

S’élève sereine, sans pudeur

Et dévoile au cœur du pays d’Euskal

La belle cité d’Urrugne aux flancs de cristal.

Tel un diamant dans son écrin de verdure

Entre ciel et mer sous le vent qui murmure 

L’histoire médiévale d’une cité de haute taille

Enfouie derrière ses puissantes murailles.

Résonnent, encore, les sirènes des thoniers

Emmenés, toujours, par leurs fiers timoniers

Partis pêcher la baleine et la morue

Aux funestes confins de mers inconnues.

Alors, du plus profond de ses entrailles 

Elle célèbre les grandioses funérailles 

Des enfants du pays, marins disparus

Morts à bord de navires vermoulus.


Le vent se lève fort,

Et le temps devient mauvais,

Et la pluie incolore

Dans un ciel encombré 

Berce mon cœur 

D’une pression sans douceur.

La brise tombe avec paresse, 

Et le temps d’une beauté placide, 

Sous un ciel en liesse

Et la pluie, comme avant

De mon cœur, disparaît

Telle une pression haute en couleur. 

Passe le temps, de temps en temps

Au gré du vent,

Souffle les marées

Efface le souvenir de tes tendres années.

Été 2024: Faits d’hiver (2)

Cette semaine je vous présente un extrait de Faits d’hiver, un recueil de nouvelles paru en 2022.

« Faits d’hiver« , rassemble une dizaine d’histoires courtes qui se déroulent en hiver.  

Cette saison, considérée comme une période maussade marquée par la pluie, la neige, et des jours éphémères, fait froid dans le dos !

Et les faits qui s’y déroulent, pour la plupart d’entre eux, décrivent des événements de la vie quotidienne. Il s’agit de récits sans portée générale qui s’intéressent à tout ce que l’homme ne regarde qu’avec un certain dégoût, tout en étant fasciné. 

Ces chroniques se trouvent souvent reléguées en troisième ou quatrième page, et ne font guère les gros titres des journaux, mais elles se présentent comme un miroir grossissant pour l’humble citoyen qui les parcourt.Ce rendez-vous hebdomadaire sera l’occasion parfaite pour explorer ensemble des histoires inédites, des vers inspirants et des personnages attachants.

Le livre

De Pau en Béarn, en passant par les Marais Landais, les Rocheuses (USA) et Cuba, l’auteur nous conte une dizaine d’histoires inspirées de faits divers.
En imaginant les « non dits » de ces derniers, il dénonce ainsi les travers de notre société moderne : convoitise, harcèlement et violence sous toutes ses formes. Après Transgressions, « Faits d’hiver » est le second recueil de nouvelles de l’auteur Bruno Le Cun
.

les Editions du Net.

Faits d’hiver – Nouvelles

Bruno Le Cun – 88 pages.


Louis l’avait convaincue. Quitter Grenoble pour profiter de ce long week-end lui paraissait une excellente idée…

Ils avaient roulé une bonne partie de la nuit. Alors que l’aube se levait avec paresse, engoncée dans un manteau neigeux, le moteur de la jeep toussota puis cracha une fumée grise. Louis étouffa un juron et maintint tant bien que mal le véhicule sur sa lancée. Sans propulsion, ce dernier vint mourir sur le bas-côté de la route. « Que se passe-t-il ? » demanda Léna. Louis la dévisagea un instant, puis baissa les yeux sur le tableau de bord : « Plus de liquide de refroidissement ! » Léna crut rêver. Non pas lui. Il n’allait quand même pas lui faire le coup de la panne. Louis fouillait déjà à l’arrière du 4X4. Il présenta à Léna une paire de bottes de neige, un pantalon d’hiver et un bonnet en laine. Léna ne dit mot. Elle se déchaussa, enleva sa courte jupe, celle qu’elle portait les soirs de fêtes, puis entreprit de revêtir l’accoutrement de Louis. Elle comprit que leur week-end à Saint-Pierre-d’Entremont se trouvait compromis. Arthur et Viviane les attendraient en vain. Tant pis pour l’invitation de son frère ! Et Viviane, sa compagne, prendrait comme d’habitude l’événement à la dérision.

Léna se redressa puis se contempla dans le rétroviseur extérieur. Sa tenue, trop grande pour son gabarit, lui donnait un air d’une jeune sauvageonne.

Elle regarda autour d’elle : Louis avait disparu.

Elle prit soudain conscience du silence absolu qui l’entourait. Le bruit incessant et agressif de Grenoble s’effaçait peu à peu. Elle traversa la petite route, s’avança d’un pas mesuré vers le talus opposé et s’arrêta net.

L’immensité du massif de la Chartreuse s’étendait à perte de vue. La forêt occupait tout l’espace. Dominée par les sapins et les hêtres entrecoupés de gigantesques parois rocheuses, elle semblait mystérieuse et sauvage à la fois. Les cimes majestueuses des arbres ondulaient au gré des vents d’ouest souvent annonciateurs de pluie. Léna retint sa respiration. Elle éprouva le besoin de s’asseoir. Un craquement sec sur sa droite attira son attention et Louis surgit en contrebas, l’air préoccupé. « Nous nous trouvons dans une zone d’éboulis. Ils sont fréquents par ici… » Léna lui sourit et chuchota : « Ce site est magique! » Il se retourna et, désignant l’horizon d’un vaste mouvement du bras, il enchaîna : « Oui. Mais cet endroit est dangereux. Tu vois au loin ces larges entailles sur les flancs de la montagne ? Ce sont les vestiges d’effroyables effondrements qui, pour certains, datent du milieu du moyen âge… Il faut partir… » 

Toujours sans protester, Léna emboîta le pas de Louis. Il semblait si sûr de lui. Elle en vint à penser qu’il avait changé, ou peut-être le voyait-elle autrement? L’atmosphère envoûtante qui régnait en ce lieu lui faisait perdre la raison. Elle se rapprocha et mit sa main dans la sienne. « Un terrible écroulement a totalement détruit le premier monastère de la Grande Chartreuse, en Isère, poursuivit-il. Son emplacement d’origine, au pied du Grand Som, le quatrième plus haut sommet du massif de la Chartreuse, est aujourd’hui parsemé de gros blocs qui ont dévalé depuis les cols de Bovinant et de la Ruchère. Tu imagines la catastrophe qui a dû se produire à l’époque… » Il parlait comme un livre. Ses mots, recherchés, exprimaient avec précision la tragique histoire de la Chartreuse et de ses moines.  Ils suivirent un sentier de randonnée et s’enfoncèrent lentement dans la forêt.

Les pentes du Col de Bovinant s’évanouissaient peu à peu. Léna se sentit happée par des colonies de sycomores reconnaissables à leurs tiges élancées, dont les branches les plus volumineuses naissaient à partir du tronc. La lumière du jour peinait à pénétrer leurs denses feuillages. Dans la pénombre environnante, Léna devinait les yeux brillants de la chouette Chevêchette nichée dans les fûts d’arbres morts. Ici pour nourrir la Gélinotte des bois, identifiable à sa silhouette massive et à son plumage gris-brun, une grande diversité d’arbustes à baies s’était réunie dans les sous-bois trop clairs. Là, en altitude, les sapins occupaient les boisements résineux afin de rassasier le Cassenoix moucheté et le Bec croisé au pennage rouge sang. « Un autre monde existe, tout près de moi, se dit-elle. Et je l’ignorais. Un espace où chaque être vivant tient sa place et subsiste en harmonie avec l’univers. »

Léna frissonna.

📗

Été 2024: 7 extraits en exclusivité!

Cet été 2024 s’annonce riche en découvertes littéraires ! J’ai le plaisir de vous annoncer que chaque semaine, vous aurez l’opportunité de plonger dans l’univers de mes créations. À travers des extraits de romans, de recueils poétiques, et de nouvelles, je vous invite à embarquer pour un voyage au cœur de l’imagination.

Ce rendez-vous hebdomadaire sera l’occasion parfaite pour explorer ensemble des histoires inédites, des vers inspirants et des personnages attachants.

Je suis impatient de partager ces moments de lecture privilégiés avec vous tout au long de cette saison estivale. Restez connectés et laissez-vous emporter par la magie des mots. Cette semaine je vous propose un « extrait estival » de TRANSGRESSIONS, mon recueil de nouvelles paru en 2020.

Le livre

Les Editions du Net

Transgressions-Nouvelles Bruno Le Cun – 110 pages


À quarante ans, Clara pense qu’il est temps de rompre sa solitude. Elle se dit qu’elle doit se marier, pour elle, et surtout pour sa mère, qui souhaite tant jouer son rôle de mamie gâteau. Et pour ses amies qui ne cessent de jaser derrière son dos. Oui, oui, je sais ! se surprend-elle à crier toute seule dans son salon.

Assise sur le canapé, au milieu de son appartement parisien, Clara contemple les orchidées qui penchent leurs blancs pétales sur le côté de leur tige. Comme si elles soupiraient. Ce même soupir agacé qu’elle pousse chaque fois qu’elle est contrariée. Pourtant dans l’album souvenir qu’elle tient sur ces genoux, Paul lui sourit. Tout va bien. La photo le représente vêtu d’une combinaison de surf, accoudé à une planche de dernière génération, les pieds plantés dans le sable. Derrière lui, au bout de la plage, Les deux jumeaux, ces emblématiques rochers de calcaire rose typiques du littoral basque, pointent leurs frêles silhouettes. Clara se souvient. Paul n’arrêtait pas de se plaindre : « L’érosion de ces précédents mois a fragilisé la pierre principale… » Il se caressait le nez entre le pouce et l’index et poursuivait : « Ce qui pourrait créer un troisième îlot de roche ! » Combien de temps encore cet environnement si cher aux Hendayais subsistera-t-il ? Elle soupirait, le regardait droit dans les yeux et tentait en vain de le rassurer.

La concurrence s’est révélée trop forte. Les vagues, faciles à dompter et qui rendaient les surfeurs si heureux, ont eu raison de leur union. Clara l’a quitté quelques jours avant leurs fiançailles.

L’évocation de son aventure avec Paul la laisse rêveuse.

Clara referme l’album photos. Elle se lève, puis se dirige vers la cuisine. Elle fait couler l’eau du robinet dans un grand verre qu’elle boit d’un trait.

Le téléphone sonne.

Clara pose son gobelet sur le marbre de la kitchenette et décroche. Elle hoche la tête plusieurs fois, accomplit un geste de la main en signe d’impatience et finit par dire : « Oui, maman, je t’assure. Tout sera prêt comme prévu. » Elle change le combiné de côté, pousse un gros soupir, puis poursuit en tournant en rond autour de la table du salon : « Non, je… j’irai jusqu’au bout cette fois-ci. Si, si je te le jure ! » Elle éclate de rire et conclut, un large sourire aux lèvres : « Ce sera une cérémonie magnifique, tu verras maman. Bisous à demain. »Clara se dirige vers le dressing. Elle chante à tue-tête, « Clara veut la lune. »

C’est certain, elle veut la lune. Trois ruptures en dix ans l’ont lassée, et laissée célibataire.

Elle contemple, désinvolte, ses robes, chemisiers et pulls accrochés à des cintres. Elle les passe en revue et les trie l’un après l’autre d’un revers de la main. Tout en continuant à chantonner, elle choisit une combinaison en polyuréthane avec col, pantalon à deux poches, sans manche, et ample décolleté. Elle adore porter des vêtements moulants. Elle admet que le tissu (65 % coton, 30 % polyamide, 5 % élasthanne,) de couleur noire mettra en valeur sa plastique exceptionnelle. Et ses seins. Elle chausse des escarpins aux talons hauts assortis à ses cheveux, coupés courts, mèches aile de corbeau barrant un front volontaire.

Esclaves de l’écran

Assis à la terrasse d’un café, je contemple les passants qui cheminent dans la rue. Pas un seul d’entre eux ne marche sans les yeux fixés sur son portable, en train de consulter, d’envoyer un message ou de téléphoner ! Cet objet, normalement simple outil de communication, est devenu au fil du temps (depuis son apparition en 2008) une source indispensable à la relation avec l’environnement et les autres. 3

David Le Breton 1 , dans son ouvrage « La fin de la conversation » 2, souligne comment ce phénomène a engendré de nouvelles attentes qui se sont répandues dans le monde entier. Il affirme que le téléphone portable a réalisé la parfaite hybridation homme-machine (cf Robots versus humains ) par le simple fait de l’avoir en permanence sous la main, ou même à la main comme nos adolescents d’aujourd’hui.

Le sociologue observe que, accaparé par une communication orale, la rédaction ou la lecture d’un texto, les yeux braqués sur l’écran, l’hyperindividu contemporain ne perçoit plus son environnement physique et humain. La dissociation est désormais une donnée banale du quotidien. Le Breton note que, contrairement aux relations sociales entre amis ou proches dont il est parfois difficile de se libérer, la communication à distance offre l’avantage de s’en dégager à sa guise, sans politesse excessive, sans s’attarder. Ainsi, la suppression du corps de l’autre dans l’échange supprime toute gêne, toute timidité à son égard. Le sociologue remarque que dans maintes connexions sur les réseaux sociaux, nul ne sait réellement qui est au bout de l’écran.

Cette réflexion amène Le Breton à penser que bien que les technologies nous connectent à travers le monde, elles pourraient aussi nous éloigner de ce qui est authentique et présent autour de nous. L’immersion dans nos écrans nous isole souvent de ce qui se passe autour de nous, réduisant les interactions spontanées qui enrichissent notre quotidien. Cette distance physique peut parfois simplifier les échanges, mais elle peut aussi réduire la profondeur des relations humaines, en les rendant superficielles et moins engagées.

#lectureslitterashereÉté

Sources

  • 1 – David Le Breton, anthropologue français, professeur de sociologie à l’Université de Strasbourg, membre senior de l’Institut universitaire de France , analyse avec perspicacité et profondeur les transformations de nos interactions sociales à l’ère du numérique
  • 2 – « La fin de la conversation« , offre une critique éclairée des effets des technologies sur nos relations Publication : 31/05/2024; Editions Métaillé Taversées
  • 3 – Observations personnelles et réflexion inspirées par la lecture de l’ouvrage de David Le Breton, sur la dépendance comportementale

Jean Urvoy

Je voudrais vous parler de Jean Urvoy (1898-1989), un artiste que j’ai admiré, et beaucoup aimé.
Peintre, graveur sur bois, amoureux éperdu de la Bretagne et de ses rivières, il réalisera une œuvre magistrale de plus de 4 000 peintures, gravures, lithographies, gouaches, aquarelles et collages, ainsi que des dessins, cédés en partie au musée d’art et d’histoire de Saint-Brieuc.
Je l’ai bien connu. Dans les dernières années de sa vie, je le voyais presque toutes les semaines, et à l’époque, je n’ai pas su prendre la mesure de la chance que j’avais de vivre auprès d’un grand artiste.
Mais, aujourd’hui, je souhaite rendre hommage au poète. Il a peu écrit de poèmes, mais ceux que je possède et lis régulièrement sont d’une beauté simple et saisissante.


Dans « Secrets d’errances » (publié aux éditions yellowconcept) il rend honneur à la nature à travers l’évocation de la Rance qui coule le long de sa ville natale de Dinan. Il se décrira lui-même comme « le braconnier qui connaît la rivière, ses rives, sa surface, sa couleur, sa profondeur, qui lit en elle ». Ses vers évoquent le frémissement de l’eau, le goût du sel, l’éclat d’un ciel brouillé, la rugosité d’une écorce sur un sentier perdu. Lumineux, efficaces, ses poèmes ressuscitent les émotions que nous procure un paysage, quand on sait le regarder, immobile et attentif.

Patrick Jamin éditeur, dira de lui : « Celui qui a su voir qu’avec les reflets du ciel, la lumière est aussi dans le sable mouillé, et que la fraîcheur de l’aube est la jeunesse du monde, à celui-là seulement, la nature ouvre un mystérieux chemin qui mène à l’intérieur… »

Jean Urvoy s’éteindra le 21 juillet 1989 à Rennes, à l’âge de quatre-vingt-dix ans auprès de sa femme Jeanne Cojan, la sœur ainée de ma grand-mère paternelle.

La lune

A tracé sur les eaux noires
Un chemin de lumière
Vers les écueils qui ferment la rade
J’ai vu les phoques et les marsouins
Descendus du nord
Remonter l’estuaire
Et les poissons volants
Venus du sud
Jaillir vers le ciel.
Mais ce soir la mer est déserte
Et ronronne apaisée
On sent venir de la mer
Un doux murmure,
Celui qu’écoutent les enfants
Au creux des coquillages
.
( J e a n U r v o y – S e c r e t s d’errances)

Entretien avec Jean-Denis PENDANX

Billère 2024 – Jean-Denis Pendanx, illustrateur et dessinateur de BD renommé, est le président d’honneur du 15ème Festival de la BD à Billère (64140). Il y présente sa dernière bande dessinée, L’œil du marabout (Éditions Daniel Maghen, 2024). Dans cet ouvrage captivant, il raconte l’histoire de Nialony et de son frère Georges, qui traversent ensemble les épreuves d’un pays, le Soudan du Sud, en pleine guerre civile. Pour marquer la sortie de cette œuvre très attendue, le festival a tenu à l’inviter comme hôte principal. Sa présence a dynamisé l’événement, alternant entre séances de dédicaces et ateliers de dessin en direct. Litterasphère a eu l’opportunité de s’entretenir avec lui.

Question: Pouvez-vous parler de votre dernier ouvrage, « L’Œil du Marabout », en quelques mots pour les lecteurs et lectrices de Litterasphere?

Réponse: C’est une histoire, une fiction documentaire, un mélange de fiction et de réalité. On est parti d’une invitation par l’UNICEF, dans le camp de Bentiu qui se situe au nord du Soudan du Sud, pays en pleine guerre civile. En 2016, l’UNICEF m’a invité à faire des ateliers avec les personnes déplacées là-bas, enfants et adultes. Un atelier test qui ne s’est jamais fait auparavant, pour voir comment les gens réagiraient, afin de les sortir un peu de leur quotidien vraiment difficile et ennuyeux.

On s’est dit : pourquoi ne pas utiliser le dessin pour faire travailler, tout en s’amusant, ces personnes déplacées… Ça a été extraordinaire. Ils étaient super assidus aux ateliers, revenaient nombreux le lendemain, et on a vu beaucoup de personnes impliquées dans tous les projets. Voila. Séjour très court, mais je sais que cela va durer sans moi.

Question : Est-ce que vous avez un rite particulier ou une attitude particulière lorsque vous commencez à dessiner ?

Réponse: Alors non, je n’ai pas d’habitude particulière… pas vraiment. C’est surtout l’activité au travail, bosser, bosser! Pendant des années, quand j’étais à Bordeaux, et maintenant que je suis à la campagne, j’ai renoué avec des ateliers. Je sortais de la maison chaque matin, et on travaillait jusqu’à 19 heures. D’autres travaillaient chez eux aussi le soir. C’étaient des journées de 12 heures. Cela m’est arrivé, pendant des mois, de travailler 10 heures par jour et même le week-end. C’est beaucoup de travail, on ne s’en rend pas compte. Le seul rituel, c’est le café… Sinon, je n’ai pas de rituel particulier. Un bon café et au boulot!

Question : Quels conseils donneriez-vous à un enfant, un adulte, enfin à quelqu’un qui veut se lancer dans la BD ou qui est déjà intéressé par la BD ?

Réponse : Eh bien, de lire beaucoup ! Lire beaucoup de BD de styles différents, trouver sa voix… Redessiner les personnages qui inspirent (redessiner les dessins des autres) puis créer des personnages de mémoire, même si ce n’est pas parfait. Il faut faire et refaire, faire et refaire des croquis. Aller à l’extérieur pour dessiner avec les élèves et retranscrire ce qu’ils voient.

Il y a des écoles de BD, c’est rare, mais il existe des écoles d’art graphique, d’image, d’illustration, de dessin publicitaire. Il y a aussi des recherches de personnages pour jeux vidéo ou dessins animés. L’idéal, c’est d’être polyvalent dans ces métiers du dessin, car il n’y a pas que la BD. Par exemple, faire du dessin animé. Un ami m’a appelé pour remplacer quelqu’un dans le dessin animé pendant un an.

Il faut être curieux, lire des mangas mais aussi des BD franco-belges plus classiques. La bande dessinée s’est démocratisée techniquement. Voilà.

Propos recueillis par Litterasphère.


« En avril 2016, l’UNICEF m’invitait au Soudan du Sud pour des ateliers de dessins dans le camp de déplacés de Bentiu, au nord du pays. Je suis heureux d’avoir pu mettre des images sur ce souvenir fort […] Le conflit demeure, le camp aussi, mais un cessez-le-feu perdure depuis cinq ans. J’ai bon espoir qu’ils voient la fin de cette guerre fratricide et vivent un jour dans un pays en paix et définitivement sans miradors. »

Jean-Denis Pendanx

Georges Simenon

Pendant les vacances, je me suis plongé dans l’univers de Simenon. Pas dans celui du commissaire Maigret, classique parmi les classiques, mais dans celui de ce que les spécialistes appellent : les romans durs 1 .
Les Demoiselles de Concarneau, Les Complices, Le Train de Venise – autant de titres parmi les 117 romans durs parus entre 1931 et 1972, date à laquelle Simenon mit fin à sa carrière
romanesque – qui m’ont passionné pendant ces quinze derniers jours.
J’avoue ma préférence pour « Les Demoiselles de Concarneau », un récit qui a pour décor la Bretagne profonde du début du XXe siècle. Portrait d’une époque et d’un milieu, celui de la pêche, sur le thème de l’homicide involontaire, qui sert de révélateur au complexe de culpabilité liant le protagoniste à ses deux sœurs : c’est ce complexe, mis à nu, qui détermine l’évolution du drame.
L’incipit de ce roman : « Il y avait trop de tournants, et aussi de montées, des descentes pas très longues mais brutales. Il y avait aussi et surtout la question des cinquante francs qu’il
fallait résoudre coûte que coûte avant d’arriver à Concarneau. » Ce début d’histoire nous parle, et l’on pourrait dire qu’il revient au lecteur de chercher ce que cela signifie pour lui, ce qui est à comprendre, ou plutôt, ce qui peut être compris à partir de, grâce à, malgré aussi parfois ce qui est dit ou tu.
Et quel bonheur de lire, pour un Breton comme moi, la description de la pluie : « Il pleuvait toujours, c’était si fin, si régulier, si monotone qu’on n’avait pas l’impression que l’eau tombait du ciel. Elle était en suspension dans l’air, une poussière d’eau froide qui reliait les pavés mouillés aux nuages. »
Pour une fois, prenez les chemins de traverse et lisez ou relisez «les romans durs» de Simenon, ceux où le commissaire n’apparaît pas, ceux au cours desquels il attaque le drame au plus profond et s’affranchit des codes d’une enquête policière par trop contraignants.

Legendes

1 – Le terme « romans durs » est la qualification que l’écrivain belge Georges Simenon, a utilisée pour dénommer ses propres romans dans lesquels le personnage de Maigret n’apparaît pas.