Esclaves de l’écran

Assis à la terrasse d’un café, je contemple les passants qui cheminent dans la rue. Pas un seul d’entre eux ne marche sans les yeux fixés sur son portable, en train de consulter, d’envoyer un message ou de téléphoner ! Cet objet, normalement simple outil de communication, est devenu au fil du temps (depuis son apparition en 2008) une source indispensable à la relation avec l’environnement et les autres. 3

David Le Breton 1 , dans son ouvrage « La fin de la conversation » 2, souligne comment ce phénomène a engendré de nouvelles attentes qui se sont répandues dans le monde entier. Il affirme que le téléphone portable a réalisé la parfaite hybridation homme-machine (cf Robots versus humains ) par le simple fait de l’avoir en permanence sous la main, ou même à la main comme nos adolescents d’aujourd’hui.

Le sociologue observe que, accaparé par une communication orale, la rédaction ou la lecture d’un texto, les yeux braqués sur l’écran, l’hyperindividu contemporain ne perçoit plus son environnement physique et humain. La dissociation est désormais une donnée banale du quotidien. Le Breton note que, contrairement aux relations sociales entre amis ou proches dont il est parfois difficile de se libérer, la communication à distance offre l’avantage de s’en dégager à sa guise, sans politesse excessive, sans s’attarder. Ainsi, la suppression du corps de l’autre dans l’échange supprime toute gêne, toute timidité à son égard. Le sociologue remarque que dans maintes connexions sur les réseaux sociaux, nul ne sait réellement qui est au bout de l’écran.

Cette réflexion amène Le Breton à penser que bien que les technologies nous connectent à travers le monde, elles pourraient aussi nous éloigner de ce qui est authentique et présent autour de nous. L’immersion dans nos écrans nous isole souvent de ce qui se passe autour de nous, réduisant les interactions spontanées qui enrichissent notre quotidien. Cette distance physique peut parfois simplifier les échanges, mais elle peut aussi réduire la profondeur des relations humaines, en les rendant superficielles et moins engagées.

#lectureslitterashereÉté

Sources

  • 1 – David Le Breton, anthropologue français, professeur de sociologie à l’Université de Strasbourg, membre senior de l’Institut universitaire de France , analyse avec perspicacité et profondeur les transformations de nos interactions sociales à l’ère du numérique
  • 2 – « La fin de la conversation« , offre une critique éclairée des effets des technologies sur nos relations Publication : 31/05/2024; Editions Métaillé Taversées
  • 3 – Observations personnelles et réflexion inspirées par la lecture de l’ouvrage de David Le Breton, sur la dépendance comportementale

Jean Urvoy

Je voudrais vous parler de Jean Urvoy (1898-1989), un artiste que j’ai admiré, et beaucoup aimé.
Peintre, graveur sur bois, amoureux éperdu de la Bretagne et de ses rivières, il réalisera une œuvre magistrale de plus de 4 000 peintures, gravures, lithographies, gouaches, aquarelles et collages, ainsi que des dessins, cédés en partie au musée d’art et d’histoire de Saint-Brieuc.
Je l’ai bien connu. Dans les dernières années de sa vie, je le voyais presque toutes les semaines, et à l’époque, je n’ai pas su prendre la mesure de la chance que j’avais de vivre auprès d’un grand artiste.
Mais, aujourd’hui, je souhaite rendre hommage au poète. Il a peu écrit de poèmes, mais ceux que je possède et lis régulièrement sont d’une beauté simple et saisissante.


Dans « Secrets d’errances » (publié aux éditions yellowconcept) il rend honneur à la nature à travers l’évocation de la Rance qui coule le long de sa ville natale de Dinan. Il se décrira lui-même comme « le braconnier qui connaît la rivière, ses rives, sa surface, sa couleur, sa profondeur, qui lit en elle ». Ses vers évoquent le frémissement de l’eau, le goût du sel, l’éclat d’un ciel brouillé, la rugosité d’une écorce sur un sentier perdu. Lumineux, efficaces, ses poèmes ressuscitent les émotions que nous procure un paysage, quand on sait le regarder, immobile et attentif.

Patrick Jamin éditeur, dira de lui : « Celui qui a su voir qu’avec les reflets du ciel, la lumière est aussi dans le sable mouillé, et que la fraîcheur de l’aube est la jeunesse du monde, à celui-là seulement, la nature ouvre un mystérieux chemin qui mène à l’intérieur… »

Jean Urvoy s’éteindra le 21 juillet 1989 à Rennes, à l’âge de quatre-vingt-dix ans auprès de sa femme Jeanne Cojan, la sœur ainée de ma grand-mère paternelle.

La lune

A tracé sur les eaux noires
Un chemin de lumière
Vers les écueils qui ferment la rade
J’ai vu les phoques et les marsouins
Descendus du nord
Remonter l’estuaire
Et les poissons volants
Venus du sud
Jaillir vers le ciel.
Mais ce soir la mer est déserte
Et ronronne apaisée
On sent venir de la mer
Un doux murmure,
Celui qu’écoutent les enfants
Au creux des coquillages
.
( J e a n U r v o y – S e c r e t s d’errances)

Entretien avec Jean-Denis PENDANX

Billère 2024 – Jean-Denis Pendanx, illustrateur et dessinateur de BD renommé, est le président d’honneur du 15ème Festival de la BD à Billère (64140). Il y présente sa dernière bande dessinée, L’œil du marabout (Éditions Daniel Maghen, 2024). Dans cet ouvrage captivant, il raconte l’histoire de Nialony et de son frère Georges, qui traversent ensemble les épreuves d’un pays, le Soudan du Sud, en pleine guerre civile. Pour marquer la sortie de cette œuvre très attendue, le festival a tenu à l’inviter comme hôte principal. Sa présence a dynamisé l’événement, alternant entre séances de dédicaces et ateliers de dessin en direct. Litterasphère a eu l’opportunité de s’entretenir avec lui.

Question: Pouvez-vous parler de votre dernier ouvrage, « L’Œil du Marabout », en quelques mots pour les lecteurs et lectrices de Litterasphere?

Réponse: C’est une histoire, une fiction documentaire, un mélange de fiction et de réalité. On est parti d’une invitation par l’UNICEF, dans le camp de Bentiu qui se situe au nord du Soudan du Sud, pays en pleine guerre civile. En 2016, l’UNICEF m’a invité à faire des ateliers avec les personnes déplacées là-bas, enfants et adultes. Un atelier test qui ne s’est jamais fait auparavant, pour voir comment les gens réagiraient, afin de les sortir un peu de leur quotidien vraiment difficile et ennuyeux.

On s’est dit : pourquoi ne pas utiliser le dessin pour faire travailler, tout en s’amusant, ces personnes déplacées… Ça a été extraordinaire. Ils étaient super assidus aux ateliers, revenaient nombreux le lendemain, et on a vu beaucoup de personnes impliquées dans tous les projets. Voila. Séjour très court, mais je sais que cela va durer sans moi.

Question : Est-ce que vous avez un rite particulier ou une attitude particulière lorsque vous commencez à dessiner ?

Réponse: Alors non, je n’ai pas d’habitude particulière… pas vraiment. C’est surtout l’activité au travail, bosser, bosser! Pendant des années, quand j’étais à Bordeaux, et maintenant que je suis à la campagne, j’ai renoué avec des ateliers. Je sortais de la maison chaque matin, et on travaillait jusqu’à 19 heures. D’autres travaillaient chez eux aussi le soir. C’étaient des journées de 12 heures. Cela m’est arrivé, pendant des mois, de travailler 10 heures par jour et même le week-end. C’est beaucoup de travail, on ne s’en rend pas compte. Le seul rituel, c’est le café… Sinon, je n’ai pas de rituel particulier. Un bon café et au boulot!

Question : Quels conseils donneriez-vous à un enfant, un adulte, enfin à quelqu’un qui veut se lancer dans la BD ou qui est déjà intéressé par la BD ?

Réponse : Eh bien, de lire beaucoup ! Lire beaucoup de BD de styles différents, trouver sa voix… Redessiner les personnages qui inspirent (redessiner les dessins des autres) puis créer des personnages de mémoire, même si ce n’est pas parfait. Il faut faire et refaire, faire et refaire des croquis. Aller à l’extérieur pour dessiner avec les élèves et retranscrire ce qu’ils voient.

Il y a des écoles de BD, c’est rare, mais il existe des écoles d’art graphique, d’image, d’illustration, de dessin publicitaire. Il y a aussi des recherches de personnages pour jeux vidéo ou dessins animés. L’idéal, c’est d’être polyvalent dans ces métiers du dessin, car il n’y a pas que la BD. Par exemple, faire du dessin animé. Un ami m’a appelé pour remplacer quelqu’un dans le dessin animé pendant un an.

Il faut être curieux, lire des mangas mais aussi des BD franco-belges plus classiques. La bande dessinée s’est démocratisée techniquement. Voilà.

Propos recueillis par Litterasphère.


« En avril 2016, l’UNICEF m’invitait au Soudan du Sud pour des ateliers de dessins dans le camp de déplacés de Bentiu, au nord du pays. Je suis heureux d’avoir pu mettre des images sur ce souvenir fort […] Le conflit demeure, le camp aussi, mais un cessez-le-feu perdure depuis cinq ans. J’ai bon espoir qu’ils voient la fin de cette guerre fratricide et vivent un jour dans un pays en paix et définitivement sans miradors. »

Jean-Denis Pendanx

Georges Simenon

Pendant les vacances, je me suis plongé dans l’univers de Simenon. Pas dans celui du commissaire Maigret, classique parmi les classiques, mais dans celui de ce que les spécialistes appellent : les romans durs 1 .
Les Demoiselles de Concarneau, Les Complices, Le Train de Venise – autant de titres parmi les 117 romans durs parus entre 1931 et 1972, date à laquelle Simenon mit fin à sa carrière
romanesque – qui m’ont passionné pendant ces quinze derniers jours.
J’avoue ma préférence pour « Les Demoiselles de Concarneau », un récit qui a pour décor la Bretagne profonde du début du XXe siècle. Portrait d’une époque et d’un milieu, celui de la pêche, sur le thème de l’homicide involontaire, qui sert de révélateur au complexe de culpabilité liant le protagoniste à ses deux sœurs : c’est ce complexe, mis à nu, qui détermine l’évolution du drame.
L’incipit de ce roman : « Il y avait trop de tournants, et aussi de montées, des descentes pas très longues mais brutales. Il y avait aussi et surtout la question des cinquante francs qu’il
fallait résoudre coûte que coûte avant d’arriver à Concarneau. » Ce début d’histoire nous parle, et l’on pourrait dire qu’il revient au lecteur de chercher ce que cela signifie pour lui, ce qui est à comprendre, ou plutôt, ce qui peut être compris à partir de, grâce à, malgré aussi parfois ce qui est dit ou tu.
Et quel bonheur de lire, pour un Breton comme moi, la description de la pluie : « Il pleuvait toujours, c’était si fin, si régulier, si monotone qu’on n’avait pas l’impression que l’eau tombait du ciel. Elle était en suspension dans l’air, une poussière d’eau froide qui reliait les pavés mouillés aux nuages. »
Pour une fois, prenez les chemins de traverse et lisez ou relisez «les romans durs» de Simenon, ceux où le commissaire n’apparaît pas, ceux au cours desquels il attaque le drame au plus profond et s’affranchit des codes d’une enquête policière par trop contraignants.

Legendes

1 – Le terme « romans durs » est la qualification que l’écrivain belge Georges Simenon, a utilisée pour dénommer ses propres romans dans lesquels le personnage de Maigret n’apparaît pas.

Billère en bulles

Nichée entre les montagnes des Pyrénées et les bords du Gave, Billère s’apprête à accueillir un événement qui ravira les passionnés de bande dessinée : la 15e édition du Festival BD Pyrénées à Billère !

Depuis 2021, le festival se déroule au Sporting d’Este. Cette année, il aura lieu du 7 au 9 juin 2024. Plus qu’un simple rassemblement, ce rendez-vous est une célébration de la créativité et de l’imaginaire, où se côtoient auteurs de renom et jeunes talents prometteurs. Cette manifestation du 9e art, organisée par l’association Pichenettes , transforme chaque année cette ville en un véritable sanctuaire pour les amoureux de bulles et de cases!

  1. Programme et activités :
    • Des ateliers créatifs, pour petits et grands, permettant de découvrir les secrets de la création d’une bande dessinée.
    • Des soirées spectacles animées par l’atelier CROC EN JAMBE (médiathèque d’Este) et la Compagnie CRAZY COMICS PUPPETS (Spectacle de marionnettes monté par l’auteur de BD Michel Rodrigue, mettant en scène des personnages de BD).  .
    • Des séances de dédicaces offrant des moments privilégiés de rencontre avec vos auteurs préférés.
  2. Invités et Auteurs présents:
  • Présentation de quelques auteurs vedettes, comme La Jeanette alias Marion, auteure de Grandir rue monde, Alexis HORELLOU auteur de Lulien et biens d’autres encore!
  • Et bien sûr l’invité d’honneur Jean Denis PENDANX, avec l’oeil du marabout, inspiré d’un voyage en Afrique de l’Est en 2016.

Jean-Denis Pendanx est né en 1966. Il vit à Bordeaux.1
Après des études d’arts graphiques, il débute sa carrière en tant qu’illustrateur de magazines de jeux de rôles et de livres pour la jeunesse (Père Castor, Flammarion, Magnard, Mango…).
En 1991, il publie son premier album, Diavolo sur un scénario de Doug Headline, aux Éditions Zenda.
En 1993, paraît le premier volume (sur quatre) de Labyrinthes, co-scénarisé par Dieter et Serge Le Tendre, aux Éditions Glénat.
En parallèle, il travaille pour le dessin animé (Corto Maltese). Il adapte avec son auteur, Alain Brezault, le roman Les Corruptibles (Glénat).
2006. Changement de style, changement d’éditeur, il signe avec Christophe Dabitch Abdallahi, Prix de la Bande Dessinée aux Rendez-Vous de l’Histoire à Blois (2 tomes parus, Futuropolis).
2008. Premier volume du triptyque Jeronimus, toujours avec Christophe Dabitch (3 tomes parus, Futuropolis). Prix Mémoire de la mer, Corderie Royale de Rochefort, 2012.
En 2013, il débute sa collaboration avec Stéphane Piatzszek avec qui il publie trois récits.
2017. Au bout du fleuve est son premier récit en tant qu’auteur complet. Découvrez le blog de l’auteur : http://jeandenispendanx.blogspot.fr/

Sources

1 – Extrait d’un article des Editions Futuropolis.

#bandedessinée

Le pouvoir du Metal

Connaissez-vous Harmut Rosa? Sociologue et philosophe, Hartmut Rosa est l’un des intellectuels contemporains les plus influents et mondialement connu pour avoir théorisé « l’accélération1 » comme moteur de nos sociétés moderne.

Mais c’est aussi l’auteur d’un livre très original, « No Fear of the Dark,2 » dans lequel il analyse les ressorts, les ambivalences et les potentialités d’un phénomène culturel parmi les plus énigmatiques des dernières décennies : le heavy metal. C’est l’une des musiques les plus populaires au monde bien qu’elle soit diffusée, jouée et écoutée en dehors des réseaux médiatiques dominants.

Le livre se penche sur les raisons pour lesquelles les gens écoutent du metal et sur l’effet que cette musique a sur ses auditeurs. Contrairement à la musique pop, qui cherche souvent l’harmonie, le metal aborde des thèmes comme l’aliénation et la mort de manière directe et palpable, offrant ainsi une forme de résonance existentielle. Des groupes comme Iron Maiden, Metallica, Black Sabbath et AC/DC sont souvent cités pour leur capacité à toucher profondément leurs auditeurs à travers leurs textes et leurs sonorités puissantes. Rosa voit dans le metal une promesse de reconnexion existentielle, permettant à ses fans de trouver une forme de résonance avec le monde qui manque souvent dans d’autres aspects de la vie moderne. (à suivre)

Legendes

  • 1 – Hartmut Rosa reformule la théorie sociale actuelle en décrivant la modernité à partir du phénomène d’accélération sociale, c’est à dire : l’accélération technique : déplacements et communications plus rapides (« rétrécissement de l’espace ») ;l’accélération des changements sociaux : changements plus rapides des habitudes et des modes (« rétrécissement du présent ») ;l’accélération du rythme de nos vies : impression de manque de temps permanent.
  • 2 – « No fear of Dark » fait référence à la chanson « Fear of the Dark » (peur du noir) d’Iron Maiden.

Passion, intrigues et sexe

En se promenant dans les rayons des grandes surfaces, des librairies, ou en surfant sur les réseaux sociaux (TikTok), il est impossible de ne pas remarquer les nombreux ouvrages de « new romance1 » qui s’étalent aux yeux du chaland. Titres aguicheurs : Borderline, Dark Romance, Trouble Maker, aux quatrièmes de couverture qui laissent une impression de déjà-vu : une étrange ressemblance avec les romans de la célèbre collection Harlequin. Mais là s’arrête la comparaison.

Si l’histoire d’amour demeure au cœur du récit, l’absence de tabous reste le premier élément de ce genre. Il est hors de question d’édulcorer les scènes de sexe comme le faisait la romance d’autrefois ! Finis les interdits de l’érotisme littéraire, [les lecteurs s’assument et propulsent le genre en tête de gondole des librairies]. La plupart des écrivaines (qui ont souvent recours à des pseudonymes anglicisés) plongent leurs lectrices dans des histoires où les actes sont sexualisés jusqu’à la limite de la toxicité2. Ici, le personnage masculin n’est pas seulement dominant grâce à son âge ou à son argent. Il représente aussi un danger, un interdit. C’est un homme violent qui n’hésite pas à séquestrer, torturer ou même violer sa compagne. Un comportement de prédateur qui n’atténue pas la passion, bien au contraire. Bref, la « new romance » offrirait des fantasmes patriarcaux à ses lectrices adolescentes, une vision unique, hétérosexuelle, hétéronormée du couple.

Mais la « new romance » serait aussi une poule aux œufs d’or pour l’industrie littéraire. Ainsi, « 50 nuances de Grey 3 » (le livre est d’abord connu par son auto-publication sur le site internet de l’auteur) s’est vendu à plus de 125 millions d’exemplaires dans le monde. Les réseaux sociaux, surtout TikTok, sont devenus des acteurs promotionnels décisifs, sur lesquels des influenceuses se livrent une véritable guerre en vantant chaque jour les mérites de dizaines d’ouvrages, engendrant des milliards de vues et de likes à travers la planète ! La new romance compose à elle seule plus de 7% de l’édition française. Bref, une mine d’or qui fait dire à certains psychologues que  » le succés de la dark romance s’explique par la banalisation de la pornographie chez les jeunes4 » : « Cette littérature exploite un âge chaotique de la vie… c’est une vision dangereuse du rapport homme-femme qui se propage… »

Sources

  • Lire magazine
  • 1 – La  » new romance » aborde les thèmes du consentement, du désir féminin et de la sexualité.
  • 2 – La « black romance »  Une histoire d’amour dans une secte, une mafia ou un gang avec enlèvement, séquestration et violences – psychologiques, physiques ou sexuelles.
  • 3 – Cinquante Nuances de Grey (titre original : Fifty Shades of Grey) est une romance érotique écrite par la romancière britannique E.L. James.
  • 4 – Patricia Mozdan psychothérapeute et conseillère familiale

Art urbain

Sebas Velasco-2017

Que se cache-t-il derrière les murs de Bayonne? Un canevas vivant où l’art prend vie, où chaque mur devient une toile pour l’expression créative du « street art ».

Photos B.Le Cun- Avril 2024

Ainsi, en plein centre-ville, cette fresque a été réalisée par Taroe (2018) lors du festival « Point de vue » organisé par Spacejunk Bayonne depuis 2017. On ne peut qu’admirer ces formes et ces couleurs.

Ella et Pitr, le duo d’artistes de Saint-Etienne, s’est lancé dans la réalisation de personnages géants : les colosses. Leurs dessins sont visibles dans de nombreux pays, sur les murs, le sol et maintenant sur des toits de Berlin

Ce qu’on appelle des gueules, des vraies! Tous ces portraits sont l’œuvre du graffeur local Exist qui loin d’être Vandal pose ses visages sur des palissades ou des panneaux de bois qui recouvrent les boutiques fermées.

L’art urbain à Bayonne, porté par des graffeurs venus des quatre coins du globe, ainsi que par des artistes locaux, témoigne d’une vitalité créative incontestable dans la région du Pays Basque.

Au-delà de leur esthétique, ces œuvres reflètent les multiples facettes de la culture et de l’identité basques, tout en contribuant à dynamiser les quartiers et à renforcer le lien social. À Bayonne, l’art urbain n’est pas seulement une expression artistique, mais aussi un vecteur de dialogue, d’échange et de fierté pour la communauté locale. En somme, il enrichit le paysage urbain tout en racontant une histoire universelle, celle d’une ville en constante évolution où la créativité et le talent transcendent les frontières.

Censure culturelle aux USA

Dans son remarquable ouvrage « In Vinyle Veritas« , Patrick Betaille souligne dans son avertissement au lecteur que : « Musique et langages picturaux ont toujours fait l’objet d’une attention particulière de la part des pouvoirs […] À plus forte raison quand mélodies et images s’unissent pour traduire le ressenti des peuples. »

Une façon élégante d’évoquer le phénomène de censure musicale outre-atlantique de certaines pochettes de disques – illustrée par la célèbre phrase de Platon si tu veux contrôler le peuple, commence par contrôler sa musique (La république) 1 – qui a régulièrement pointé le bout de son nez depuis les années cinquante ou « …la musique populaire devient source d’une nouvelle forme d’expression culturelle. »

Bien que l’attention des pouvoirs publics ait pratiquement cessé depuis l’avènement des disques compacts, elle persiste et semble même s’intensifier en ce qui concerne les livres et la littérature aux États-Unis.

D’après l’American Library Association 2 (ALA), la censure, présente depuis plusieurs décennies déjà avec des cas documentés dès les années 1950, a connu une recrudescence significative de +17 % entre 2016 et 2020. Les évolutions politiques, au niveau national ainsi que l’arrivée de nouvelles administrations locales, ont contribué à renforcer les initiatives de pression dans ces États. Plusieurs d’entre eux – notamment le Texas, la Floride et l’Idaho – ont mis en place des politiques d’interdiction de livres dans les écoles et les bibliothèques. Des groupes religieux ou communautaires peuvent également exercer des pressions sur ces établissements pour retirer des livres qu’ils jugent offensants ou inappropriés. L’ALA a recensé 1 247 demandes de censure de livres, de matériels et de ressources de bibliothèque en 2022. Parmi les œuvres visées, aux contenus dits sensibles pour les jeunes lecteurs (descriptions de violence, de sexualité, de discrimination raciale, ou des idées politiques controversées), 47 % mettaient en avant les voix et les expériences des personnes LGBTQIA+3 et BIPOC (Noirs, Autochtones et personnes de couleur).

Selon PEN America4 , « Les deux dernières années (2021/2023) ont été marquées par une attaque indéniable et sans précédent contre la liberté d’expression dans l’enseignement public.  Ainsi 2 598 auteurs et illustrateurs ont été censurés, 5 984 livres interdits et la liste ne cesse de s’allonger 5.

En résumé, bien que la censure des livres aux États-Unis soit un phénomène ancien, elle continue de susciter des préoccupations croissantes, avec un nombre accru de plaintes signalées ces dernières années, notamment dans les bibliothèques.

Sources

  • 1 – Extrait de « In Vinyle Veritas« – Patrick Betaille.
  • 2 – L’American Library Association (ALA) est un  organisme professionnel à but non lucratif basé à Chicago aux États-Unis, qui encourage au niveau international la mise en place et l’amélioration des bibliothèques ainsi que l’éducation via les bibliothèques.
  • 3 – LGBTQIA+ signifie :Lesbienne,Gay,Bisexuelle, Transexelle, Queers, Intersexuélle, Asexuelles, et le + inclut les nombreux autres termes désignant les genres et les sexualités.
  • 4 – PEN America se situe à l’intersection de la littérature et des droits de l’homme pour protéger la liberté d’expression aux États-Unis et dans le monde.
  • 5 – Liste des 10 livres les plus censurés aux États-Unis:
    • « To Kill a Mockingbird » par Harper Lee  (Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur)- Ce classique de la littérature américaine a été censuré dans plusieurs écoles pour son traitement des questions de race et de racisme.
    • « The Bluest Eye » par Toni Morrison (L’oeil le plus bleu) – Ce roman a été fréquemment contesté en raison de son exploration des thèmes de la sexualité, de la race et de la violence.
    • « The Catcher in the Rye » par J.D. Salinger (L’attrape coeur) – Ce livre a été censuré pour son langage vulgaire, son traitement de la sexualité et ses thèmes de désillusion adolescente.
    • « Of Mice and Men » par John Steinbeck (Des souris et des hommes) – Ce roman a été critiqué pour son langage et ses thèmes de violence, de racisme et de sexualité.
    • « The Color Purple » par Alice Walker (La couleur pourpre) – Ce roman a été censuré en raison de ses thèmes de sexualité, de violence et de racisme.
    • « Brave New World » par Aldous Huxley (Le meilleur des mondes) – Ce livre a été censuré pour son traitement des thèmes de la sexualité, de la drogue et de la critique sociale.
    • « The Adventures of Huckleberry Finn » par Mark Twain (Les Aventures de Huckleberry Finn)- Ce classique de la littérature américaine a été critiqué pour son langage raciste et son traitement des questions de race.

Chick Correa

Je ne sais pas vous, mais moi je trouve que les événements passent trop vite!

« J’ai la mémoire qui flanche
J’me souviens plus très bien1
« 

…des moments d’actualité qui défilent sur l‘écran blanc de mes jours noirs.

Armando Anthony Corea

Alors quand , par hasard, j’ai entendu à la radio un morceau de piano jazz, si limpide, si reposant, j’ai revu en image dans ma tête les concerts de… Chick Corea.

Et je me suis souvenu que le 9 février 2021, Chick Corea, légende américaine du Jazz, nous quittait à l’âge de 79 ans. 

J’ai alors réalisé que cet immense interprète avait joué avec les plus grands, avant de devenir un pianiste de renommée internationale lui-même. C’est un soir de 1968 : une rencontre. Chick Corea se rend au club de jazz Birdland où il voit le trompettiste Miles Davis et le saxophoniste John Coltrane interpréter: Les feuilles mortes. C’est un choc. « Après ça, (…) pourquoi voudrais-je étudier l’histoire de la civilisation occidentale? », dira-t-il, dans un sourire. La musique ne s’arrêtera jamais plus. Chick Corea, c’était une envie insatiable de jouer, de créer, se renouveler. « Toute sa carrière était traversée par la vitalité. La dernière fois où il est apparu sur scène en France c’était un jeune homme qui s’exprimait (…) Chick Corea apportait la joie, une façon de faire de la musique avec un énorme sourire et un énorme rire, parfois. »dira de lui le producteur et critique musical Alex Dutilh.

L’auteur de « Spain » et « 500 miles high » était, avec Herbie Hancock et Keith Jarrett, l’un des pianistes les plus influents du XXe  siècle. 

Quel est le prix Goncourt 2021?

Et de fil en aiguille je me suis interrogé sur le prix Goncourt, et plus particulièrement celui de 2021. Savez-vous quel écrivain a été récompensé?

C’est un jeune auteur sénégalais Mohamed Mbougar Sarr qui emporte le prix Goncourt avec son roman La plus secrète mémoire des hommes , coédité par Philippe Rey et Jimsaan, éditeurs sénégalais. Il raconte l’histoire d’un auteur (Diégane Latyr Faye, le double de l’écrivain) en quête de l’œuvre ultime, qui est à la fois le livre en train de s’écrire et l’objet de son intrigue : la recherche du roman parfait, paru en 1938, qui après un bref scandale disparaît de la mémoire des hommes. « Et ce livre total – entremêlant journal, correspondance, essai, document, roman initiatique – est l’histoire de la quête de la Littérature à l’intérieur de l’histoire de la littérature en train de se faire, entre l’Afrique et Paris.2« 

Sources

  • 1- « J’ai la mémoire qui flanche » de Jeanne Moreau sur des paroles de Cyrus Serge Rezvani
  • 2- Extrait de BRÈVES DE LA BNF /DÉPARTEMENT LITTÉRATURE ET ART

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