Réinventer l’ordinaire

Pendant les vacances, l’esprit se libère, le temps se dilate et les corps se rapprochent de la nature. C’est le moment de ralentir son activité pour se poser la grande question : comment réduire notre empreinte environnementale ?

La réponse est infiniment complexe, vous vous en doutez, mais, modestement et à mon petit niveau, je me suis intéressé à une nouvelle tendance, celle qui laisse libre cours à votre créativité, j’ai nommé : l’upcycling.

Alors, que se cache-t-il derrière ce nouvel anglicisme ?

L’upcycling, que l’on pourrait traduire par surcyclage, est bien plus qu’une simple tendance. C’est un mouvement créatif et écologique qui consiste à transformer des objets et des vêtements usagés en de nouvelles créations originales, bref en œuvres d’art uniques et fonctionnelles !

Le surcyclage, oui mais, pour quoi faire ?

Eh bien, contrairement au recyclage traditionnel, qui implique la décomposition des matériaux pour en créer de nouveaux, l’upcycling permet de conserver la valeur intrinsèque des objets tout en leur donnant une nouvelle utilité. Cela réduit la demande de nouvelles matières premières et diminue la quantité de déchets envoyée dans les décharges.

Imaginez une vieille étagère en bois délaissée dans un coin obscur, une pile de jeans démodés que vous ne portez plus, ou même une collection de bouteilles vides attendant leur destinée habituelle. Maintenant, ajoutez une pincée de créativité, un soupçon d’ingéniosité et une bonne dose de passion, et observez la magie opérer.

C’est ainsi que le soir, sur les plages du littoral basque, en famille ou seul, vous ramasserez des morceaux de bois que vous assemblerez pour créer une « œuvre d’art abstrait » ! Plus tard, vous customiserez (encore un anglicisme !) un vieux sac à dos en ajoutant des broderies uniques. Il vous sera même possible de donner une nouvelle vie à des bocaux en verre en faisant des lanternes décoratives.

Et, sans devenir une professionnelle de l’éco-warrior, comme la spécialiste de l’upcycling Marine Serre (lauréate du prix LVMH en 2017), qui créa une pièce unique à l’occasion du MET Gala en l’honneur de Karl Lagerfeld pour Vogue, il vous est tout de même possible de donner modestement une nouvelle vie à vos vieux objets.

Une manière gratifiante de joindre l’utile à l’agréable

La grammaire est une douce chanson !

   Hier, le fils de ma voisine s’est fait gronder. Il est rentré de l’école avec une très mauvaise note en dictée. Il avait écrit «mais amis» en lieu et place de «mes amis».

«Ce n’est pas une faute d’orthographe, mais une faute d’inattention !» s’est-elle écriée.

Ah, la bonne orthographe ! 

Gage de respectabilité, d’intelligence (?), et souvent d’emploi, nous sommes tous passés par là. Car c’est un fait, la langue française n’est pas simple, avec ses conventions grammaticales alambiquées (accords du participe passé, les exceptions qui confirment la règle et les verbes irréguliers [les anglais ne font pas mieux sur ce registre.]

Une étude récente indique que 19,4 est le nombre moyen de fautes commises par les élèves de CM2 dans une dictée type. Sur le même exercice, on en comptait 10,7 en 1988. Il semblerait que les filles réussissent mieux dans cet exercice puisqu’elles ne feraient que 17,7 fautes alors que les garçons en commettraient 21,1 !

Alors, comment faire pour que nos bambins écrivent sans faute d’orthographe ?

 Je pense à la lecture bien sûr !

La tribu des verbes, adjectifs et adverbes

Et j’ai retrouvé dans ma bibliothèque un livre d’Érik Orsenna [de l’Académie française], paru en aout 2018, intitulé « La grammaire est une douce chanson» (édition le livre de poche) que je conseille fortement. Orsenna nous raconte une merveilleuse histoire qui se déroule dans une île imaginaire. Les habitants de cette île sont des mots regroupés en tribus. Il y a le groupe des verbes, «qui n’arrêtent pas de travailler» et leurs amis qui passent leur temps à aider leur prochain : ce sont les auxiliaires [du latin auxilium : secours], l’ethnie des adjectifs, celle des noms et des adverbes. Tout ce petit monde vit en bonne entente et se rassemble au gré de leur fantaisie pour former des phrases rythmées par de grandes horloges : celle du présent et celle du passé.

C’est Jeanne la narratrice, qui pourrait être la sœur d’Alice, l’héroïne de Lewis Carroll, précipitée dans un univers où les repères familiers sont bouleverser qui déambule sur cette île magique à la recherche de l’amour. L’amour universel et pas celui que l’on évoque tout le temps, par les « Je t’aime ». 

« Il faut faire attention aux mots. Ne pas les répéter à tout bout de champ. Autrement les mots s’usent. Et parfois il est trop tard pour les sauver.» (E.Orsenna)

Agréable à lire, « La grammaire est une douce chanson» nous surprend et nous enseigne par l’imagination débordante d’Orsenna, que la grammaire est un jeu d’enfants !

Alors, n’hésitez pas à lire à haute voix ce magnifique texte à vos enfants, petits-enfants, le soir avant de les coucher.

MEMPHIS

Face à cette barbarie , je suis resté sans voix, mais j’ai eu la force de trouver les mots pour le dire:

Memphis

En ce triste soir de Janvier

Un jeune homme s’en est allé

Sous d’excessifs coups de matraques

Lors d’une rafle ou d’une traque.

Et dans la blancheur de la nuit

Pauvre colombe, il fut surpris

Jeune noir, homme de couleur

Dont la mère retient ses pleurs

Gît candide dans une tombe

Assassins policiers immondes

Sont-ils là pour le tabasser

Ou bien juste le protéger?

Quand cesseront ces sordides assassinats?

L’ état policier pauvre sot 

Qu’importe les couleurs de peau

Étrangle ses frères de sang

Excès de zèle assourdissant

Un homme qui rentre chez lui

A tout juste perdu la vie!

(À la mémoire de Tyre Nichols)

« Blonde »

Blonde, le dernier film du metteur en scène australien A. Dominik, va défrayer la chronique et faire scandale dans les salles obscures et sur Netflix, où il est interdit aux -18 ans.

En effet, ce faux biopic sur Marylin Monroe, adaptation du best-seller de Joyce Carol Oates, le film « Blonde » est une relecture audacieuse de la vie de Marilyn Monroe, l’une des icônes hollywoodiennes les plus connues.

Malgré les critiques aussi bonnes que mauvaises, j’ai assisté à un spectacle surprenant, brillant et terriblement dérangeant.

Pendant 2 h 46 minutes, je suis traversé par une multitude d’émotions, du chagrin à l’exaltation, en passant par la colère.

Tout d’abord le chagrin, ressenti pour Normae Jean violentée à l’âge de huit ans et qui deviendra, malgré elle, la plus grande star du monde cinématographique.

Puis de l’exaltation pour une véritable œuvre d’art qui mêle, dans une sarabande à couper le souffle, illusions, fantasmes et cauchemars. 

La colère face à la maltraitance, aux violences et à l’incompréhension de son public et des hommes de sa vie. Incompréhension de ses fans qui interprètent « la prédation sexuelle à Hollywood comme une forme d’exploitation », alors qu’on peut y voir une réalisation étonnamment féministe, avant-gardiste, une dénonciation de l’abus sexuel sur les femmes, un #MeToo avant l’heure.

La réussite de ce film réside dans l’interprétation extraordinaire d’Ana de Armas, fabuleuse interprète de Marylin. Un jeu subtil tout en émotions. À la fois attachante, révoltée, soumise, terriblement sexy, moqueuse, gaie, dépressive. Un éventail somptueux de sentiments qui fait d’Ana de Armas une très grande actrice.

Mais attention, certaines scènes de ce movie peuvent être considérées comme choquantes par un public non averti ! 

«Hippocrate se retourne dans sa tombe!»

Que dites-vous ? Vous éprouvez une grande difficulté à obtenir un rendez-vous chez votre médecin ? Vous tombez systématiquement sur répondeur ; toutes les lignes de votre correspondant sont occupées ; votre temps d’attente est d’environ 45 minutes ! »

Ou pire encore le «répondeur» vous raccroche au nez.

Mais peut-être devriez-vous vous connecter à Doctolib. Vous savez, cette application de prise de rendez-vous, réservée aux patients ? Une entreprise française valorisée à 5,8 milliards d’euros, qui en moins de dix ans est devenue une des start-up les plus convoitées d’Europe bien que, ni cotée en bourse, ni filiale d’un groupe important.

Vous prenez votre rendez-vous sur la plateforme, comme pour une réservation de place de théâtre à la Fnac, mais, en mieux! Le logiciel vous rappelle dès qu’une place se libère pour avancer votre rendez-vous, qui bien souvent dépasse plusieurs semaines.

Elle a bon dos l’informatique!

Et après avoir rencontré votre médecin et obtenu votre ordonnance, vous courrez chez votre pharmacien, soulagé. Enfin une reconnaissance de votre mal-être ! Mais que faire lorsque ce dernier vous informe que le remède prescrit n’existe plus depuis dix ans ! Qu’il a été remplacé par le même, mais avec un grammage différent et qu’une nouvelle posologie est nécessaire ! Il vous faut rappeler votre bienfaiteur, pour vous entendre dire: «Excusez-moi, mais la base de données des médicaments n’est pas à jour ! Vous n’avez qu’à prendre celui préconisé par votre apothicaire.»

Merci l’informatique.

Ou pire encore ! Lorsqu’à l’issue d’une biopsie que votre praticien suppose cancéreuse, vous attendez avec inquiétude et angoisse le résultat. Ouf ! Le compte rendu s’avère négatif: vous voilà rassuré, mais pour une courte durée quand vous vous rendez compte qu’il s’agit du bilan de votre bras gauche alors que la biopsie a été effectuée sur votre tibia gauche !

Pas de panique: c’est juste une erreur de frappe de la secrétaire.

Bref, confusion, ou peut-être même incompétence. Cette accumulation de négligences, de refus de prise en charge, signifierait-elle que notre système médical serait en danger ?

Jean Michel MAULPOIX

 
 Jean-Michel Maulpoix, lauréat du prestigieux Prix Goncourt de la Poésie 2022, nous offre une poésie simple, fraîche et légère, ancrée dans le quotidien. Son recueil « Rue des Fleurs » est un véritable hommage à la beauté des petites choses de la vie. Ce livre invite à une immersion sensorielle unique : ses poèmes se lisent, s’écoutent, se respirent, et se voient. 


La nature au cœur de « Rue des Fleurs »

Maulpoix évoque avec finesse les senteurs et les sensations que nous offrent la nature. Il nous transmet l’odeur des arbres « déshabillés de feuilles et d’oiseaux », et nous fait ressentir la terre « qui macère dans son vieux jus ». Sa poésie nous touche profondément par ses subtils agencements de mots, conférant un sens nouveau à la vie quotidienne. Les fleurs, les arbres, les oiseaux silencieux, mais aussi les insectes cocasses peuplent ses vers. L’image de « l’araignée [qui] tombe sans parachute » ou encore celle du « petit vers blanc [qui] fait des trous silencieux » sont autant de métaphores insolites qui nous rappellent la magie du monde qui nous entoure.


Une mélancolie douce et enracinée dans l’instant présent


La tonalité d’ensemble de « Rue des Fleurs » reste fidèle à la mélancolie douce qui caractérise l’œuvre de Maulpoix. Cependant, ici, il s’agit surtout de capturer la beauté des instants ordinaires : « Le rire des convives applaudit / On grignote des morceaux de ciel / Du soleil couchant jusque dans l’assiette / Légers d’épaule et de visage. » 


La poésie, un remède à la souffrance  


Aujourd’hui, la poésie semble avoir disparu de notre quotidien, éclipsée par une actualité trop chargée ou perçue comme trop complexe par certains. Pourtant, ce recueil de Maulpoix est une invitation à redécouvrir cet art littéraire. Jean-Michel Maulpoix nous réconcilie avec la poésie, nous rappelant que celle-ci se niche partout dans la beauté du monde. La poésie, comme le disait Michel Houellebecq, « est un remède à la souffrance », et Maulpoix en est l’illustration parfaite. 


Pourquoi découvrir « Rue des Fleurs » de Jean-Michel Maulpoix ?


Ce recueil est une bouffée d’air frais dans un monde en quête de simplicité et de beauté. « Rue des Fleurs » nous apprend à voir le monde autrement, à apprécier les petits détails, et à trouver du réconfort dans la poésie.

À découvrir absolument ! 

(mise à jour le 16/08/24)

Huit milliards d’humains

Je ferme le magazine littéraire que j’étais en train de lire, et je m’interroge sur la nécessité des éditeurs à y introduire autant de publicité sur les livres. Combien de nouveaux auteurs, d’ouvrages et d’essais sur les thèmes les plus variés, s’étalent tout au long des pages de ma revue !

Je pense alors avec angoisse que la concurrence est rude, que mes modestes ouvrages ont peu de chances de figurer parmi tous les concours littéraires depuis, le Goncourt, en passant par le Renaudot, le Femina, le Roman FNAC, sans oublier le Grand prix du roman de l’Académie française, et bien sûr l’interallié et le prix Breizh !

Je songe aux écrivains du XVIIe siècle qui, forts d’une faible population mondiale, avaient toutes les opportunités de voir leurs écrits publiés et lus dans le monde entier ; j’aurais certainement eu une place (si tant est que j’aie un peu de talent!) au firmament des hommes de lettres célèbres tant la compétition était moindre. Mais tous mes espoirs ont fondu comme neige au soleil lorsque j’ai appris que selon les estimations des Nations unies l’humanité venait de passer le cap des 8 milliards d’humains en novembre 2022 !

Du coup, mon égo en prend un coup, et j’ai conscience que j’ai peu de chance de réaliser un best-seller parce que j’ai des centaines de milliers de compétiteurs directs dans mon domaine! Par contre, ma responsabilité morale se dilue avec le nombre. Mon action, bonne ou mauvaise, ne sera qu’une goutte d’eau dans l’océan !

Et je me pose la question « La morale est-elle soluble dans le nombre** ? »

B.Le Cun

(*) Pierre Baillargeon est un journaliste, romancier, poète et traducteur québécois.

(**) Titre d’un article de Alexandre Lacroix publié dans Philosophie magazine, et dont sont issues mes réflexions.