Les méfaits de l’écriture

Je n’étais pas, à cette époque, en panne d’inspiration!

Aujourd’hui, face à mon écran d’ordinateur, assis devant la fameuse « page blanche » quand rien ne va, je peux vous dire que l’écriture me fait souffrir. 

Alors l’écriture serait-elle aussi source d’inconvénients, voir de méfaits?

Sur le plan physique :

L’utilisation intensive de l’écriture, en particulier sur des dispositifs numériques, peut entraîner divers problèmes physiques tels que la fatigue oculaire, les maux de tête, les troubles musculo-squelettiques et les tensions articulaires. Une posture inappropriée pendant la rédaction peut contribuer à des douleurs chroniques.

Sur le plan psychologique :

On peut ressentir du stress, de la frustration, voire un blocage créatif, en particulier lorsqu’on a du mal à exprimer ses idées. Les critiques et les conflits liés aux contenus écrits peuvent également provoquer des malentendus, des tensions et des conflits psychologiques. Et que dire du terrible stress de devoir rendre « son papier » en date et heure voulues!

Sur le plan intellectuel :

L’écriture peut affecter l’intellect de plusieurs manières. Les normes linguistiques strictes imposées par l’écriture peuvent parfois restreindre la créativité et l’originalité. En outre, la dépendance excessive à l’écrit peut contribuer à la perte de la mémoire orale et de la tradition, car les individus peuvent être moins enclins à mémoriser ou à transmettre des connaissances de manière orale.

Sur le plan relationnel :

Les écrits peuvent être source de conflits relationnels. Les opinions divergentes exprimées par écrit peuvent entraîner des malentendus et des tensions entre les individus. Les échanges en ligne, souvent basés sur des écrits, peuvent créer des divisions au sein de la société, fragmentant les communautés et générant des clivages sociaux.

Sur le plan de la mémoire :

L’écriture peut influencer la mémoire en remplaçant la transmission orale des connaissances. Les peuples sans écriture peuvent être marginalisés, et la dépendance excessive à l’écrit peut diminuer la capacité individuelle à mémoriser et à transmettre des informations sans support écrit.

Sur le plan du plagiat (censure) :

L’écriture peut être sujette au plagiat, à la censure et à la manipulation. Des textes peuvent être copiés sans attribution, entraînant des problèmes d’intégrité intellectuelle. La censure peut également limiter la liberté d’expression et restreindre la diversité des idées exprimées à travers l’écrit.

Sur le plan de la langue :

L’écriture peut influencer la langue en imposant des normes rigides et des règles grammaticales strictes, ce qui peut parfois entraîner une dégradation de la créativité linguistique. Les écrivains peuvent être contraints de se conformer à des styles standardisés, limitant ainsi la richesse et la diversité linguistiques.

Bien que ces méfaits puissent sembler inquiétants, il est essentiel de noter que la responsabilité ne réside pas implicitement dans l’écriture elle-même, mais plutôt dans la manière dont elle est utilisée. La conscience de ces méfaits peut servir de rappel constant de la nécessité d’une utilisation éthique et responsable du pouvoir des mots.

Qu’en pensez-vous?

Journée du 25 novembre

Je n’ai pas oublié la journée internationale du 25 novembre. Une journée consacrée à la lutte contre la violence faite aux femmes qui, encore aujourd’hui au XXIe siècle, nécessite que des milliers de personnes, courageuses, persévérantes, révoltées, continuent cette lutte qui aurait dû cesser dans ce monde prétendu civilisé.

On trouve sur le site du Ministère de la Culture une explication de l’origine de cette Journée internationale : « Le 25 novembre 1960, trois femmes dominicaines, les sœurs Mirabal, furent assassinées sur les ordres du chef de l’État dominicain. Le 19 octobre 1999, lors de la 54e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, les représentants de la République dominicaine et 74 États membres ont présenté un projet de résolution visant à faire du 25 novembre la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Les gouvernements, les organisations internationales et les organisations non gouvernementales étant invités ce jour-là à mener des opérations de sensibilisation de l’opinion à ce grave phénomène. »

Face à cette sordide réalité, je voudrais rendre hommage à ces voix féminines intrépides à la plume audacieuse qui transcendent l’oppression par l’art de la poésie. Des voix féminines fortes qui font de la poésie une forme de résistance!

Je voudrais vous présenter Salpy Baghdassian, une poète arménienne née à Alep, qui a fui la guerre en Syrie et réside à Toulouse, où elle continue à écrire en arabe et à traduire de l’arménien.

 Au travers de son recueil intitulé « Quarante Cerfs-volants », qui sont « quarante petits tableaux empreints de simplicité et d’humour, portés par un vent de liberté », Salpy Baghdassarian évoque avec pudeur les violences qui ont traversé sa vie de femme.

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Quarante Cerfs-volants , publié en 2020 aux éditions Lisières et traduit de l’arabe par Souad Labbize.

Une saison en enfer

J’ai toujours pensé que poésie et musique allaient de pair. Alors, quand une star internationale, chanteuse et guitariste punk rock américaine s’associe à notre plus grand poète français, le résultat est émouvant, sensible et inspiré.

Voilà un bel objet que cet ouvrage intitulé « Une saison en enfer » publié chez Gallimard, dans lequel les poèmes d‘Arthur Rimbaud sont illustrés par des photos de Patti Smith, égérie des années 80. ( Because the night) . Obsédée par le poète aux semelles de vent, la chanteuse américaine célèbre les 150 ans du chef-d’œuvre « Une saison en enfer » avec une édition augmentée de textes personnels, de photos, de dessins et d’une sélection de poèmes et de lettres de Rimbaud supplémentaires.

« J’avais seize ans quand je me suis sentie attirée par lui pour la première fois, – écrit-elle en introduction de son livre (page 7) – par l’image de son visage et par ses poèmes qui me déconcertaient et me séduisaient à la fois. Plongée dans leur charme enivrant, j’en ressortais tremblante, sans vraiment me souvenir de ce que je venais de lire. »

Poète, écrivaine, artiste-peintre, et photographe, Patti Smith retrace l’histoire du revolver à six coups – terrible photo en noir et blanc (page 5) –  avec lequel Verlaine blessa au poignet Rimbaud « J’ai tenu le pistolet, balayé la tombe et je me surprends aujourd’hui à être la gardienne du terrain qui appartenait autrefois à sa mère. J’ai été fidèle, toujours mes pas dans les siens, compagne invisible. »

Elle rappelle, également,  « la filiation spirituelle » et « l’affinité poétique » avec Arthur Rimbaud qu’elle partageait avec le jeune Bob Dylan. Elle détaille la vie d’errance du poète-aventurier, ses pérégrinations, de Vienne à l’Abyssinie.

« Les poèmes d’Arthur Rimbaud m’accompagnent depuis toujours », résume Patti Smith. « Ils renferment des traces de son insolence, des souvenirs virulents, des pouvoirs prophétiques, la torpeur sensuelle de la jeunesse. Je les ai lus et relus. »

Voilà un superbe ouvrage, que j’ai découvert récemment, et qui ferait un magnifique cadeau à offrir pour les fêtes de fin d’année! _____________________________________________________________________________

Sources: France-info; Gallimard; Actualitté

Kiléma Éditions : Facile à Lire et à Comprendre

Fondée en 2021, KILÉMA Éditions est la première maison d’édition francophone axée sur le Facile à Lire et à Comprendre (FALC). Elle vise principalement les personnes atteintes de « maladies de l’intelligence », leur offrant l’opportunité d’accéder à la littérature de manière adaptée.

« Face à l’absence d’offres culturelles permettant l’inclusion des personnes présentants des troubles du développement intellectuel dans une société uniformisée et normée, nous avons imaginé une maison d’édition dédiée au FALC littéraire afin de donner accès à la culture commune en proposant une offre de litterature inclusive. »1

L’apprentissage de la lecture pour ces personne est souvent ralenti par un manque d’ouvrage adaptés à leurs capacités. Le FALC, créé pour rendre les informations accessibles, repose donc sur du vocabulaire simple, des phrases courtes et une mise en page claire, enrichie d’images.

Gros caractères, explications des termes difficiles et illustrations pertinentes, tout es là pour faciliter la lecture et permettre à tous d’accéder à un maximum d’ouvrages.

KILÉMA Éditions redéfinit la littérature, la rendant accessible à tous ceux qui en ont le plus besoin : des handicapés, aux personnes atteints de maladies neurodégénératives en passant par des dyslexiques ou des enfants ayant des difficultés avec les mots, le FALC peut s’adresser à une cible variée et importante.

Et pourtant, cette méthode de lecture est encore très rare. Ce qui est en train de changer petit à petit… depuis KILÉMA.

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1Cécile Arnout – Présidente et Directrice générale de Kiléma Éditions;

Sources :Actualtté Octobre 2023

Alicia Gallienne

Je viens de ((re) lire le dernier ouvrage de la poétesse Alicia Gallienne, publié aux éditions NRF.

« L’autre moitié du songe m’appartient » m’a littéralement bouleversé.

Alicia, décédée le 24 décembre 1990 à l’âge de vingt ans d’une maladie incurable, a laissé derrière elle une œuvre fulgurante de poésie, d’amour et de profondes introspections. « Dire que je t’aime et je t’attends, c’est encore beaucoup trop de pas assez, » écrit-elle à sa maman, page 56. Que penser d’une telle phrase ? On ressent là l’immense passion pour sa mère, mais également toute l’impuissance à l’aimer pleinement, tant la maladie la ronge et ne lui laisse pas le temps d’aller au bout de son amour. Il y a chez elle comme une urgence de vivre, une vitalité décuplée par un esprit d’une redoutable culture nourri par les plus grands poètes de notre temps : Rimbaud, Cocteau, Éluard, Rilke, mais aussi d’immenses écrivains comme Henry Miller, Marguerite Yourcenar, ou encore Cioran.

« Ses poèmes, bouleversants par leur sens du tragique et leur rude lumière, illuminent et foudroient. Ils lui servent de bouclier et en même temps la secondent dans ses recherches littéraires. « 

« Cela ira

Je n’ai pas peur du noir

Et puis il n’y a pas de vautours

Dans les étoiles » 

Après avoir obtenu une licence en lettres modernes, elle s’inscrira quelques mois avant sa mort en maîtrise à la Sorbonne. Cette jeune femme, cette étoile filante, « à la bouche en cœur aussi sensuelle que charmante« , dira d’elle Guillaume Gallienne, son cousin, nous prouve encore que ‘l’amour est plus fort que la mort’. »

(Préface de Sylvie Nauleau; postface de Guillaume Gallienne);

Réédition Lettre d’information N°21 du 7 décembre 2022 Bruno Le Cun.

My absolute Darling

Choc littéraire, livre-phénomène aux États-Unis, ou… littérature qui se vautre dans une bauge de violences répétées sur une enfant totalement sous l’emprise psychique de son père?

Vous l’auriez certainement deviné, la sortie en 2017 du roman My Absolute Darling de l’auteur G. Tallent a suscité en son temps l’immense enthousiasme du monde littéraire et de la presse en général. Primé à de multiples reprises en France, My Absolute Darling, roman d’apprentissage, raconte l’histoire de Turtle Alveston, âgée de 14 ans, douée d’un savoir-faire peu commun. Son père l’aime plus que tout au monde et il a bien l’intention de la garder à ses côtés envers et contre tous. Jusqu’au jour où elle rencontre Jacob, un lycéen blagueur qu’elle intrigue et fascine à la fois. Poussée par cette amitié naissante, Turtle décide alors d’échapper à son père et plonge dans une aventure sans retour où elle mettra en jeu sa liberté et sa survie.

Superbement traduit par Laura Derajinski, ce récit vous saute à la gorge. Chapitre après chapitre, il emmène le lecteur dans un périple terrifiant, au cours duquel Martin le père apprend à Turtle sa fille comment survivre dans un monde hostile dont la fin ne manquera pas d’arriver dans un futur proche ; où la violence l’emporte partout. Et il le fait dans une ambiance incestueuse où, durant la plus grande partie du livre, l’amour filial n’a jamais remis en cause l’amour paternel qu’il exerce sans aucune limite morale ou sociale.

Et l’écriture ! Une écriture dense et haletante. Un style nouveau, surprenant, parfois difficile qui mélange simultanément l’action, le cadre où elle se déroule, et les pensées de ceux qui les émettent. Ainsi, Turtle s’exprime toujours dans l’action, sans guillemet, de telle sorte que le lecteur se trouve dans le cerveau de l’adolescente au plus près de ses émotions !

Bref, un roman que l’on va aimer ou détester, mais qui ne laisse personne indifférent.

Gabriel Tallent, trad. Laura Derajinski – My absolute darling – Editions Gallmeister
Sources: Actualitte; Babelio;

Un jeune écrivain Québécois

« Que notre joie demeure », le dernier livre de l’écrivain québécois Kevin Lambert, est en lice pour le prestigieux prix Goncourt 2023.

Le jeune auteur du Saguenay a appris mardi matin qu’il se retrouve sur la liste de la première sélection du prix littéraire. Kevin Lambert croit que son dernier roman a intéressé les gens pour les questions éminemment politiques qu’il aborde, mais il est heureux que cette nomination reconnaisse également son style d’écriture.

Avec un regard d’anthropologue, Kevin Lambert compose un roman aussi fluide qu’échevelé, faisant à point nommé écho à la crise du logement qui sévit à Montréal.( ce qui lui a valu une querelle publique avec le premier ministre François Legault) En effet il met en scène Céline Wachowski, 70 ans, une architecte montréalaise à la renommée internationale. Mais le dévoilement du Complexe Webuy, premier projet public que le cabinet C/W réalise à Montréal, fait scandale. certains accusent la femme d’affaires milliardaire de détruire le tissu social de la métropole québécoise. De par son sujet, l’architecture, le roman a nécessité une recherche importante, faite de lectures et de rencontres avec des architectes. « L’architecture, c’était une porte d’entrée pour pouvoir écrire sur un personnage de milliardaire […] ses positions sur l’architecture ne sont d’ailleurs pas si loin des miennes, précise l’auteur. Je suis convaincu que l’organisation de l’espace influence notre subjectivité.» De la même façon que la littérature peut nous changer, Kevin Lambert assure avoir été changé par sa lecture de Proust, et À la recherche du temps perdu qui constitue un peu le coeur invisible de son troisième roman.Souhaitons bonne chance à Kevin Lambert qui bien que figurant sur la première liste des prétendants au Goncourt , doit passer encore bien des épreuves avant le résultat final.

C’est au restaurant Le Drouant, situé Place Gaillon dans le 2ème arrondissement de Paris, que le Prix Goncourt 2023 sera remis, comme chaque année au mois de novembre. La date prévue est le 7 novembre 2023!

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« Que notre joie demeure » Kevin Lambert, Héliotrope, Montréal, 2022, 384 pages.En librairie le 7 septembre.

Sources

Louise Glück (2)

Il y a quelques jours, je vous avais parlé de Louise Glück, lauréate du prix Nobel de littérature en 2020. Je voudrais aujourd’hui vous faire découvrir (si vous ne l’avez pas encore lue) la poésie de cette auteure américaine, si éloignée et pourtant si proche de nous, lecteurs français passionnés de poésie. En effet, il ne s’agit pas d’une poésie où l’on exprime des sentiments subjectifs. Elle ne raconte pas les tribulations d’un moi, ni les rêveries de son auteure. Il s’agit plutôt d’une poésie simple, qui investit un espace. Car souvent, la poésie américaine n’est pas subjective mais spatiale.

Quelque chose
vient au monde sans y avoir été invité
provoquant le désordre, le désordre –
Si tu me hais tant,
ne t’embête pas à me donner
un nom : as-tu besoin
d’une autre insulte
dans ta langue, une autre
façon de blâmer
une tribu pour tout –
comme nous le savons tous les deux,
pour adorer
un seul dieu, on a besoin
d’un seul ennemi –
Je ne suis pas l’ennemi.
Seulement une ruse qui te permet de te détourner
de ce que tu vois en train de se passer
ici même, dans ce lit,
petit paradigme
de l’échec. Ici, presque chaque jour
l’une de tes précieuses fleurs
meurt et tu ne trouveras le repos
qu’après avoir assailli la raison, en d’autres termes :
tout ce qui reste, tout ce qui se sera
avéré plus robuste
que ta passion personnelle –
Ce n’était pas supposé
durer éternellement dans le monde réel.
Mais pourquoi l’admettre alors que tu peux continuer
à faire ce que tu as toujours fait,
le deuil et les reproches,
toujours les deux ensemble.
Je n’ai pas besoin de tes louanges
pour survivre. J’étais là en premier,
avant toi, avant
même que tu aies planté le jardin.
Et je serai là, alors qu’il ne restera que le soleil, la lune,
la mer et la grande prairie.
Je serai la prairie.

Traduction : Marie Olivier (Po&sie, 2014/3-4 (N° 49-150)

Louise Glück

L’autrice américaine Louise Glück est décédée le vendredi 13 octobre 2023 à l’âge de 80 ans, à Cambridge, dans le Massachusetts, des suites d’un cancer. Cette poétesse, qui avait reçu en 2020 le Prix Nobel de Littérature pour l’ensemble de son œuvre, peu connue et jamais traduite en France, a publié seize recueils entre 1968 et 2014 et obtenu le prix Pulitzer de poésie en 1993.

Pierre Assouline, écrivain français et membre de l’académie Goncourt, déplore sur Franceinfo l’absence d’un « vrai statut » pour la poésie en France. « Il y a de vrais poètes qui ont été glorifiés et consacrés par le Prix Nobel parce qu’en Suède et en Scandinavie, la poésie a un vrai statut », affirme Pierre Assouline. « C’est le cas aussi en Italie, où les poètes sont invités dans des grandes salles de 1 000 personnes pour lire leur poésie, c’est impensable en France », regrette le membre de l’académie Goncourt. « Malheureusement, dans l’exception culturelle française, il y a aussi cela ».

Je me suis livré à une petite étude sur la place de la femme, poétesse, française dans la littérature de notre pays. Je suis allé consulter la multitude de prix consacrés à cette activité et notamment les plus prestigieux comme le prix Goncourt et le prix Nobel.

Les résultats sont édifiants!

Pour ce qui concerne le prix Goncourt de la poésie (créé en 1985 et décerné chaque année par l’académie en marge du prix Goncourt), sur 34 lauréats seules 4 femmes ont été primées, soit un peu plus de 11 % ! (et deux Françaises, Andrée Chédid et Vénus Koury, (née au Liban); même disparité pour le Goncourt, qui a vu le jour en 1903 : à peine 10 % de femmes primées. Treize lauréates couronnées, dont les deux dernières furent Leïla Slimani (2006) et Brigitte Giraud (2022), sachant que de grandes écrivaines telles que Marguerite Yourcenar, Nathalie Sarraute, Hélène Bessette, Françoise Sagan ou Annie Ernaux n’ont jamais eu le Goncourt ! Et que dire de tous les autres événements ! À part le prix des lectrices d’Elle (52 % de femmes) et le Fémina (37 %), sur la dizaine de prix octroyés tous les ans, le pourcentage de femmes récompensées se situe en dessous des 32 % ! Le prix Nobel de littérature ne donne pas de meilleurs résultats ! Dix-sept femmes sur 119 lauréats (14 %), dont Louise Gluck et, quand même, notre Nobel nationale Annie Ernaut en 2022 ! D’aucuns diront que le millésime 2022 fait la part belle aux auteures françaises puisqu’elles se sont vu décerner le Goncourt (Brigitte Giraud) et le Nobel (Annie Ernaut).

Mais si depuis 2000, le nombre de femmes primées a bondi, des biais de genre persistent, et pour ma part, je constate qu’en littérature comme dans de nombreux domaines, la parité n’est pas encore pour aujourd’hui !

Sources: France Info; ActualiTTé

Écrivains en danger

Roberto Saviano, l’auteur de  Gomorra-Dans l’empire de la Camorra , traduit de l’italien par Vincent Raynaud, décrit un système de mafia renouvelé, composé d’hommes d’affaires habillés de costumes et qui investissent partout où il est possible de gagner de l’argent. Saviano a su attirer l’attention des lecteurs et lectrices du monde entier, mais aussi des gouvernements sur un phénomène qui, pourtant, n’avait rien de nouveau. « L’argent vient du crime, du trafic de drogues. Et ils [les mafieux] n’ont aucune limite : ils tuent, ils enfreignent la loi, tout en se salissant les mains le moins souvent possible. »

Depuis la sortie de son livre l’écrivain  est pourchassé par un ennemi insaisissable : la Mafia.

La traduction, tout comme l’écriture, est un métier particulier car elle se situe entre la transmission et la création, nécessitant « beaucoup de temps », comme nous l’explique Vincent Raynaud. Il nous dit également : « Par moment, il disparaît », faisant référence à l’auteur, et précise : « Il devient injoignable. » Malgré une relation privilégiée entre l’auteur et le traducteur, l’éditeur avoue ne pas savoir où vit Saviano.

Salman Rushdie a toujours écrit en tant qu’homme libre. Il est très rapidement devenu un auteur majeur, notamment célébré par le Booker Prize pour Les enfants de minuit (Éditions Stock, 1983, trad. Jean Guiloineau). Ce n’est qu’à la publication de ses Versets sataniques en 1988 (Bourgois, trad. A. Nasier) qu’il voit sa vie mise en danger. 

La tentative de meurtre de Salman Rushdie a horrifié le monde entier : alors qu’il allait s’exprimer en public, sur scène, le 12 août 2022, l’écrivain a été violemment agressé, poignardé à plusieurs reprises, notamment au cou, aux mains et à l’abdomen. L’auteur rescapé fait l’objet d’une fatwa, depuis 1989, pour son roman Les Versets sataniques.

Outre leur statut d’écrivains menacés en raison de leur expression en tant qu’hommes libres, ces deux auteurs partagent une attitude commune, rapporte le traducteur Vincent Raynaud (Prix Maurice-Betz 2022, pour l’ensemble de son travail de traduction). Ce sont deux figures qui se reflètent l’une dans l’autre. « Ils ne sont pas seulement des symboles : ils vivent dans une prison personnelle pour ce qu’ils ont fait, ce qui me semble profondément injuste. »

Rushdie et Saviano, entravés physiquement, se réfugient tous deux dans l’écriture. Décrits comme des « bêtes de travail » par Vincent Raynaud, ces deux auteurs ont chacun une actualité littéraire pour l’année 2023. Le traducteur nous annonce notamment le roman de Saviano à venir, intitulé Crie-le, qui rassemble des portraits de lanceurs d’alerte (Actes Sud).

Pour conclure, Vincent Raynaud offre de l’espoir : « Dans les deux cas, ils sont vivants, ils continuent à écrire, et c’est déjà beaucoup. »