Les nouvelles de l’été 2025(Un été 54)

Chaque semaine, je vous proposerai un extrait issu de l’un de mes recueils de nouvelles publiés aux Éditions du Net : Transgressions. Au fil de ces lectures brèves, entre faits divers troublants, atmosphères ambivalentes et dérives du quotidien, je vous invite à entrer dans un univers où le réel vacille…


 » Léon fumait une Gauloise, debout, dans le couloir du train qui l’emmenait à Marseille. Sur la tablette, près de la fenêtre, reposait un paquet bleu. Illustré par Jacno, il représentait un oiseau multicolore qui passait la tête dans un rond de fumée. Il ne restait plus qu’une cigarette. 

La dernière d’une longue série consommée depuis leur départ de la gare Montparnasse. Très tôt ce matin, Lisa, sa jeune femme avait confié leurs deux fillettes, Martine et Chantal à ses parents. Léon pointait au chômage depuis douze mois. Et le salaire de Lisa, lectrice aux « Éditions parisiennes », une modeste maison d’édition située dans le XIIe arrondissement, subvenait à peine à leurs besoins. 

Léon avait pris la décision, vivement encouragée par son épouse, de s’engager comme volontaire dans le corps expéditionnaire français qui combattait en Indochine. Les perspectives d’une solde régulière, d’embrasser une carrière dans l’armée et de gravir l’échelle sociale lui semblaient gratifiant. Bien plus que celles, comme il le laissait entendre à ses proches, de servir son pays, lutter contre le communisme pour sauver le monde libre.

L’express entra en gare. L’air glacial de cette matinée de janvier 1954 lui fouetta le visage. Il le purifiait de toute cette fumée de cigarette emmagasinée dans ses poumons depuis de longues heures. La gare Saint-Charles crachait par vagues successives les voyageurs hagards. Ils cherchaient dans la foule un visage connu désespérément absent ou retrouvaient enfin celui d’un être cher venu les accueillir

Lisa héla un taxi. Une Peugeot 203 de couleur noire s’arrêta aux pieds de la jeune femme. Le véhicule arborait fièrement sur un toit rouge le signal lumineux « TAXI » rendu obligatoire depuis 1953. Le chauffeur, une vieille casquette à carreaux vissée sur la tête, demanda avec un accent chantant : 

« Vous allez où, ma p’tite dame ?

– Au camp de Sainte-Marthe »… ( à suivre)

Bruno Le Cun- extrait de « Transgressions »



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