
Chaque semaine, je vous proposerai un extrait issu de l’un de mes recueils de nouvelles publiés aux Éditions du Net : Transgressions. Au fil de ces lectures brèves, entre faits divers troublants, atmosphères ambivalentes et dérives du quotidien, je vous invite à entrer dans un univers où le réel vacille…
[« Carte de séjour » est née d’une observation faite il y a de nombreuses années, lorsque je me promenais sur un boulevard à Rennes sous la pluie.
J’ai aperçu un homme aux cheveux bouclés, trempé, sortir des Galeries Lafayette. Il avait l’air perdu au milieu de la foule qui s’empressait de rentrer dans ce grand magasin pour s’abriter. Je ne sais pas pourquoi, mais quelque chose chez lui m’a touché. Peut-être était-ce sa manière de regarder autour de lui avec un mélange de confusion et d’émerveillement, comme s’il découvrait chaque détail du boulevard pour la première fois…]
Carte de séjour
« Sous une pluie entêtée en cette fin octobre, il contemplait la façade de l’établissement Store & Co. Les mains enfoncées dans un jogging à capuche, la tête relevée vers le ciel, Assam admirait l’immense enseigne lumineuse qui brillait par intervalles réguliers. Ses éclats se réfractaient sur chaque goutte diffusant dans la nuit un halo multicolore au-dessus du parvis.
La bâtisse construite en pierres de granit, dans les années quatre-vingt, abritait, sur trois étages, des vêtements et articles de grande consommation. Une foule de chalands, sous parapluies noirs, gravissait activement l’escalier qui menait à l’entrée du magasin. Ils s’empressaient de dénicher les derniers modèles à la mode. Ils s’émerveillaient devant ces objets de marque agencés avec minutie dans de luxueuses vitrines. À la veille des fêtes, ils déboursaient des fortunes. Mais le plus souvent, ils se contentaient de regarder. Ils se rendaient à Store & Co comme d’autres se précipitaient à Disneyland.
Assam s’ébroua et un nuage de vapeur s’échappa de ses cheveux mouillés.
Léa sourit et lui fit signe de la rejoindre en haut des marches :
« Dépêche-toi ! Ils vont bientôt fermer. Je voudrais les acheter avant la clôture des portes. »
Assam s’exécuta. Il franchit le seuil et aussitôt une fragrance subtile et parfumée l’enveloppa. Tout ici respirait le confort et l’opulence. Léa se trouvait déjà à l’autre bout de l’emplacement beauté. Elle l’attendait devant l’ascenseur.
Il traversa le rayon cosmétique, étourdit par tant d’articles. Des crayons pour les yeux, des lotions anti-âge, des vernis à ongles de toutes les couleurs assortis aux rouges à lèvres. Il pénétrait dans le temple de la féminité. Tout l’espace magnifiait le culte de la femme-objet. On y exposait son visage, son corps, sa sensualité.
Comment en était-il arrivé là ? » ( à suivre)
Bruno Le Cun- extrait de « Transgressions »
Découvrez la suite de cette nouvelle, extraite du recueil
« Transgressions« , disponible aux Editions du Net.
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