
Chaque semaine, je vous proposerai un extrait issu de l’un de mes recueils de nouvelles publiés aux Éditions du Net : Transgressions et Faits d’hiver. Au fil de ces lectures brèves, entre faits divers troublants, atmosphères ambivalentes et dérives du quotidien, je vous invite à entrer dans un univers où le réel vacille…
La dame blanche
« Florian avalait l’asphalte au rythme des coups de pédales qu’il prodiguait avec ténacité. Il savait que chaque impulsion le rapprochait de Valjouze son village natal. Mais avant de l’atteindre, il lui fallait traverser la forêt des Cèdres centenaires. Et cela n’était pas une mince affaire.
Courbé sur son vélo, tétanisé par le froid hivernal précoce cette année, Florian craignait d’arriver après l’extinction des feux.
La vie quotidienne s’était déréglée en un rien de temps, partout dans le pays, et n’avait guère épargné la campagne Valjouzoise. La hausse brutale du prix des carburants avait rendu l’énergie de plus en plus rare. Elle avait fini par disparaître déclenchant un affolement général. Plus de voitures, plus de transports plus de ravitaillement. Par mesure d’économie, les autorités remplacèrent les maisons individuelles jugées trop énergivores par des immeubles collectifs. Toutes les familles durent quitter leurs logements pour s’installer dans de grands ensembles construits par la mairie. La commune contrôlait le chauffage et l’éclairage de chaque habitant ; elle décidait avec fermeté quand chacun pouvait les utiliser.
Les résidents vivaient en repli, cloîtrés dans leurs appartements, terrorisés par l’ampleur du fléau contre lequel ils se sentaient impuissants.
Florian avait dû réapprendre à s’organiser. Le télétravail devenu obligatoire avait bouleversé sa vie de tous les jours. Comme la plupart des hommes de la résidence, il se dirigeait chaque matin dans un immense espace ouvert, situé au rez-de-chaussée. L’isolement social, le bruit incessant et le sentiment d’appartenir à une légion de pions étrangers à son entreprise le plongeaient dans un état dépressif. Il ressentait une grande frustration face aux dérèglements de son environnement, aux lois inaptes à assurer sa protection et incapables de préserver la nature. Il se trouvait à la merci d’une barbarie latente, qui pouvait survenir à tout moment.
Alors, chaque fois qu’il pouvait s’échapper de ce cloaque et participer à une réunion en externe dans les locaux d’Écotopie, la Société qui l’employait, premier établissement du pays spécialisé en utopie écologique, il sautait sur l’occasion.
Florian et sa machine formaient un tandem hybride, terriblement efficace, que rien ne pouvait arrêter. Sauf peut-être le verglas. C’est pourquoi il changeait régulièrement de braquet et scrutait la route avec attention. Il redoutait la traversée des Cèdres centenaires, craignant à chaque instant qu’une glissade puisse provoquer une attaque de brigands ou le vol de sa bicyclette. » (à suivre)
Bruno Le Cun– extrait « Faits d’hiver«
Découvrez la suite de cette nouvelle, extraite de mon recueil
« Faits d’hiver« , disponible aux Editions du Net.
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