
Chaque semaine, je vous proposerai un extrait issu de l’un de mes recueils de nouvelles publiés aux Éditions du Net : Transgressions et Faits d’hiver. Au fil de ces lectures brèves, entre faits divers troublants, atmosphères ambivalentes et dérives du quotidien, je vous invite à entrer dans un univers où le réel vacille…
Roule galoche
« Lettre à Jade »
« Ma chère Jade,
Comme tu le sais, je vis seule dans cet ancien appartement, au premier étage d’un immeuble de style haussmannien. Tu connais mon attachement à cet environnement : j’y savoure le calme et la tranquillité, deux valeurs capitales pour une vieille dame de mon âge.
Or depuis quelque temps, je suis troublée par le comportement de mon voisin. Il loge au rez-de-chaussée, et se conduit de curieuse façon ; je dirais même qu’il se comporte bizarrement. Cela me fait peur.
C’est un homme à l’allure dégingandée. Ses cheveux paraissent s’être développés à travers une passoire, et s’étalent sur la tête en petites touffes d’un noir de jais. Les yeux, enfoncés dans leurs orbites, ne cessent de cligner au travers de lunettes cerclées de fer. De temps en temps, il ouvre la bouche comme s’il manquait d’air, comme un poisson rouge dans son bocal. Un fin duvet couvre ses joues, et vient se répandre en poils grossiers sous le nez. Il semble vouloir se laisser pousser la moustache. Le menton, large, finit de structurer un visage ingrat sur un cou trapu plutôt curieux pour un être frêle et filiforme.
Ses bras pendent négligemment le long d’un corps malingre qu’habillent des vêtements défraîchis. Son regard épie chaque mouvement qui l’entoure et il remonte sans arrêt ses lunettes en appuyant son index sur le milieu de la monture.
Il se parfume à l’Eau de Roche et sourit quand on s’intéresse à lui. Il ne répond jamais la première fois qu’on lui adresse la parole. On a l’impression que le son de la voix tarde à percuter le cerveau. Alors, il s’anime comme un pantin que l’on vient de stimuler, et te regarde droit dans les yeux :
– Tu as dit quoi ? Ânonne-t-il l’air hagard.
Puis il parle d’un sujet qui n’a rien à voir avec ce que tu viens de dire. C’est sa façon à lui de dissimuler sa timidité maladive. Parfois, il réagit promptement, et sa réponse se révèle souvent pleine de bon sens et même d’intelligence. Mais ensuite, il se ronge l’index jusqu’à le dévorer. Il n’en reste plus qu’une phalange sans ongle, sanguinolente, qu’il cache instantanément dans la poche de son pantalon.
Et que penser de ses loisirs ? Eh bien, figure-toi qu’il ne sort que la nuit ! Il déambule dans les rues piétonnes, comme un simple badaud, frottant son nez sur les vitrines clinquantes. Il aime la décoration, le Gustave, oui, je crois qu’il se prénomme ainsi. Il m’a invitée un jour à lui rendre visite. J’imaginais un chez lui bien agencé et bien rangé… »
Découvrez la suite de cette nouvelle, extraite du recueil
« Faits d’hiver« , disponible aux Editions du Net.
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