
Il y a quelques jours, je vous avais parlé de Louise Glück, lauréate du prix Nobel de littérature en 2020. Je voudrais aujourd’hui vous faire découvrir (si vous ne l’avez pas encore lue) la poésie de cette auteure américaine, si éloignée et pourtant si proche de nous, lecteurs français passionnés de poésie. En effet, il ne s’agit pas d’une poésie où l’on exprime des sentiments subjectifs. Elle ne raconte pas les tribulations d’un moi, ni les rêveries de son auteure. Il s’agit plutôt d’une poésie simple, qui investit un espace. Car souvent, la poésie américaine n’est pas subjective mais spatiale.
Les herbes folles
Quelque chose
vient au monde sans y avoir été invité
provoquant le désordre, le désordre –
Si tu me hais tant,
ne t’embête pas à me donner
un nom : as-tu besoin
d’une autre insulte
dans ta langue, une autre
façon de blâmer
une tribu pour tout –
comme nous le savons tous les deux,
pour adorer
un seul dieu, on a besoin
d’un seul ennemi –
Je ne suis pas l’ennemi.
Seulement une ruse qui te permet de te détourner
de ce que tu vois en train de se passer
ici même, dans ce lit,
petit paradigme
de l’échec. Ici, presque chaque jour
l’une de tes précieuses fleurs
meurt et tu ne trouveras le repos
qu’après avoir assailli la raison, en d’autres termes :
tout ce qui reste, tout ce qui se sera
avéré plus robuste
que ta passion personnelle –
Ce n’était pas supposé
durer éternellement dans le monde réel.
Mais pourquoi l’admettre alors que tu peux continuer
à faire ce que tu as toujours fait,
le deuil et les reproches,
toujours les deux ensemble.
Je n’ai pas besoin de tes louanges
pour survivre. J’étais là en premier,
avant toi, avant
même que tu aies planté le jardin.
Et je serai là, alors qu’il ne restera que le soleil, la lune,
la mer et la grande prairie.
Je serai la prairie.
Traduction : Marie Olivier (Po&sie, 2014/3-4 (N° 49-150)
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