Je viens de terminer Les chats et 14 histoires mystérieuses, diaboliques et cruelles , le dernier recueil de Bernard Minier, et c’est tout simplement formidable ! Pour un amateur de nouvelles, comme moi, c’est un vrai cadeau, d’autant plus qu’il allie habilement littérature et musique moderne.
L’auteur écrit: « Quand on ne peut plus supporter les « temps morts », ces interstices temporels qui nous font palper le vide inhérent à la condition humaine, c’est alors qu’on meurt vraiment.[…] L’intolérance au vide est un grave symptôme de l’homme contemporain. »
Il y a un peu plus de deux mois, j’ai rédigé un petit texte « Les atouts de l’écriture » sur les raisons qui me poussaient à écrire. J’en arrivais à la conclusion que l’écriture me faisait du bien.
Je n’étais pas, à cette époque, en panne d’inspiration!
Aujourd’hui, face à mon écran d’ordinateur, assis devant la fameuse « page blanche » quand rien ne va, je peux vous dire que l’écriture me fait souffrir.
Alors l’écriture serait-elle aussi source d’inconvénients, voir de méfaits?
Sur le plan physique :
L’utilisation intensive de l’écriture, en particulier sur des dispositifs numériques, peut entraîner divers problèmes physiques tels que la fatigue oculaire, les maux de tête, les troubles musculo-squelettiques et les tensions articulaires. Une posture inappropriée pendant la rédaction peut contribuer à des douleurs chroniques.
Sur le plan psychologique :
On peut ressentir du stress, de la frustration, voire un blocage créatif, en particulier lorsqu’on a du mal à exprimer ses idées. Les critiques et les conflits liés aux contenus écrits peuvent également provoquer des malentendus, des tensions et des conflits psychologiques. Et que dire du terrible stress de devoir rendre « son papier » en date et heure voulues!
Sur le plan intellectuel :
L’écriture peut affecter l’intellect de plusieurs manières. Les normes linguistiques strictes imposées par l’écriture peuvent parfois restreindre la créativité et l’originalité. En outre, la dépendance excessive à l’écrit peut contribuer à la perte de la mémoire orale et de la tradition, car les individus peuvent être moins enclins à mémoriser ou à transmettre des connaissances de manière orale.
Sur le plan relationnel :
Les écrits peuvent être source de conflits relationnels. Les opinions divergentes exprimées par écrit peuvent entraîner des malentendus et des tensions entre les individus. Les échanges en ligne, souvent basés sur des écrits, peuvent créer des divisions au sein de la société, fragmentant les communautés et générant des clivages sociaux.
Sur le plan de la mémoire :
L’écriture peut influencer la mémoire en remplaçant la transmission orale des connaissances. Les peuples sans écriture peuvent être marginalisés, et la dépendance excessive à l’écrit peut diminuer la capacité individuelle à mémoriser et à transmettre des informations sans support écrit.
Sur le plan du plagiat (censure) :
L’écriture peut être sujette au plagiat, à la censure et à la manipulation. Des textes peuvent être copiés sans attribution, entraînant des problèmes d’intégrité intellectuelle. La censure peut également limiter la liberté d’expression et restreindre la diversité des idées exprimées à travers l’écrit.
Sur le plan de la langue :
L’écriture peut influencer la langue en imposant des normes rigides et des règles grammaticales strictes, ce qui peut parfois entraîner une dégradation de la créativité linguistique. Les écrivains peuvent être contraints de se conformer à des styles standardisés, limitant ainsi la richesse et la diversité linguistiques.
Bien que ces méfaits puissent sembler inquiétants, il est essentiel de noter que la responsabilité ne réside pas implicitement dans l’écriture elle-même, mais plutôt dans la manière dont elle est utilisée. La conscience de ces méfaits peut servir de rappel constant de la nécessité d’une utilisation éthique et responsable du pouvoir des mots.
Choc littéraire, livre-phénomène aux États-Unis, ou… littérature qui se vautre dans une bauge de violences répétées sur une enfant totalement sous l’emprise psychique de son père?
Vous l’auriez certainement deviné, la sortie en 2017 du roman My Absolute Darling de l’auteur G. Tallent a suscité en son temps l’immense enthousiasme du monde littéraire et de la presse en général. Primé à de multiples reprises en France, My Absolute Darling, roman d’apprentissage, raconte l’histoire de Turtle Alveston, âgée de 14 ans, douée d’un savoir-faire peu commun. Son père l’aime plus que tout au monde et il a bien l’intention de la garder à ses côtés envers et contre tous. Jusqu’au jour où elle rencontre Jacob, un lycéen blagueur qu’elle intrigue et fascine à la fois. Poussée par cette amitié naissante, Turtle décide alors d’échapper à son père et plonge dans une aventure sans retour où elle mettra en jeu sa liberté et sa survie.
Superbement traduit par Laura Derajinski, ce récit vous saute à la gorge. Chapitre après chapitre, il emmène le lecteur dans un périple terrifiant, au cours duquel Martin le père apprend à Turtle sa fille comment survivre dans un monde hostile dont la fin ne manquera pas d’arriver dans un futur proche ; où la violence l’emporte partout. Et il le fait dans une ambiance incestueuse où, durant la plus grande partie du livre, l’amour filial n’a jamais remis en cause l’amour paternel qu’il exerce sans aucune limite morale ou sociale.
Et l’écriture ! Une écriture dense et haletante. Un style nouveau, surprenant, parfois difficile qui mélange simultanément l’action, le cadre où elle se déroule, et les pensées de ceux qui les émettent. Ainsi, Turtle s’exprime toujours dans l’action, sans guillemet, de telle sorte que le lecteur se trouve dans le cerveau de l’adolescente au plus près de ses émotions !
Bref, un roman que l’on va aimer ou détester, mais qui ne laisse personne indifférent.
Gabriel Tallent, trad. Laura Derajinski – My absolute darling – Editions Gallmeister Sources: Actualitte; Babelio;