Alicia Gallienne

Je viens de ((re) lire le dernier ouvrage de la poétesse Alicia Gallienne, publié aux éditions NRF.

« L’autre moitié du songe m’appartient » m’a littéralement bouleversé.

Alicia, décédée le 24 décembre 1990 à l’âge de vingt ans d’une maladie incurable, a laissé derrière elle une œuvre fulgurante de poésie, d’amour et de profondes introspections. « Dire que je t’aime et je t’attends, c’est encore beaucoup trop de pas assez, » écrit-elle à sa maman, page 56. Que penser d’une telle phrase ? On ressent là l’immense passion pour sa mère, mais également toute l’impuissance à l’aimer pleinement, tant la maladie la ronge et ne lui laisse pas le temps d’aller au bout de son amour. Il y a chez elle comme une urgence de vivre, une vitalité décuplée par un esprit d’une redoutable culture nourri par les plus grands poètes de notre temps : Rimbaud, Cocteau, Éluard, Rilke, mais aussi d’immenses écrivains comme Henry Miller, Marguerite Yourcenar, ou encore Cioran.

« Ses poèmes, bouleversants par leur sens du tragique et leur rude lumière, illuminent et foudroient. Ils lui servent de bouclier et en même temps la secondent dans ses recherches littéraires. « 

« Cela ira

Je n’ai pas peur du noir

Et puis il n’y a pas de vautours

Dans les étoiles » 

Après avoir obtenu une licence en lettres modernes, elle s’inscrira quelques mois avant sa mort en maîtrise à la Sorbonne. Cette jeune femme, cette étoile filante, « à la bouche en cœur aussi sensuelle que charmante« , dira d’elle Guillaume Gallienne, son cousin, nous prouve encore que ‘l’amour est plus fort que la mort’. »

(Préface de Sylvie Nauleau; postface de Guillaume Gallienne);

Réédition Lettre d’information N°21 du 7 décembre 2022 Bruno Le Cun.

Louise Glück (2)

Il y a quelques jours, je vous avais parlé de Louise Glück, lauréate du prix Nobel de littérature en 2020. Je voudrais aujourd’hui vous faire découvrir (si vous ne l’avez pas encore lue) la poésie de cette auteure américaine, si éloignée et pourtant si proche de nous, lecteurs français passionnés de poésie. En effet, il ne s’agit pas d’une poésie où l’on exprime des sentiments subjectifs. Elle ne raconte pas les tribulations d’un moi, ni les rêveries de son auteure. Il s’agit plutôt d’une poésie simple, qui investit un espace. Car souvent, la poésie américaine n’est pas subjective mais spatiale.

Quelque chose
vient au monde sans y avoir été invité
provoquant le désordre, le désordre –
Si tu me hais tant,
ne t’embête pas à me donner
un nom : as-tu besoin
d’une autre insulte
dans ta langue, une autre
façon de blâmer
une tribu pour tout –
comme nous le savons tous les deux,
pour adorer
un seul dieu, on a besoin
d’un seul ennemi –
Je ne suis pas l’ennemi.
Seulement une ruse qui te permet de te détourner
de ce que tu vois en train de se passer
ici même, dans ce lit,
petit paradigme
de l’échec. Ici, presque chaque jour
l’une de tes précieuses fleurs
meurt et tu ne trouveras le repos
qu’après avoir assailli la raison, en d’autres termes :
tout ce qui reste, tout ce qui se sera
avéré plus robuste
que ta passion personnelle –
Ce n’était pas supposé
durer éternellement dans le monde réel.
Mais pourquoi l’admettre alors que tu peux continuer
à faire ce que tu as toujours fait,
le deuil et les reproches,
toujours les deux ensemble.
Je n’ai pas besoin de tes louanges
pour survivre. J’étais là en premier,
avant toi, avant
même que tu aies planté le jardin.
Et je serai là, alors qu’il ne restera que le soleil, la lune,
la mer et la grande prairie.
Je serai la prairie.

Traduction : Marie Olivier (Po&sie, 2014/3-4 (N° 49-150)

Louise Glück

L’autrice américaine Louise Glück est décédée le vendredi 13 octobre 2023 à l’âge de 80 ans, à Cambridge, dans le Massachusetts, des suites d’un cancer. Cette poétesse, qui avait reçu en 2020 le Prix Nobel de Littérature pour l’ensemble de son œuvre, peu connue et jamais traduite en France, a publié seize recueils entre 1968 et 2014 et obtenu le prix Pulitzer de poésie en 1993.

Pierre Assouline, écrivain français et membre de l’académie Goncourt, déplore sur Franceinfo l’absence d’un « vrai statut » pour la poésie en France. « Il y a de vrais poètes qui ont été glorifiés et consacrés par le Prix Nobel parce qu’en Suède et en Scandinavie, la poésie a un vrai statut », affirme Pierre Assouline. « C’est le cas aussi en Italie, où les poètes sont invités dans des grandes salles de 1 000 personnes pour lire leur poésie, c’est impensable en France », regrette le membre de l’académie Goncourt. « Malheureusement, dans l’exception culturelle française, il y a aussi cela ».

Je me suis livré à une petite étude sur la place de la femme, poétesse, française dans la littérature de notre pays. Je suis allé consulter la multitude de prix consacrés à cette activité et notamment les plus prestigieux comme le prix Goncourt et le prix Nobel.

Les résultats sont édifiants!

Pour ce qui concerne le prix Goncourt de la poésie (créé en 1985 et décerné chaque année par l’académie en marge du prix Goncourt), sur 34 lauréats seules 4 femmes ont été primées, soit un peu plus de 11 % ! (et deux Françaises, Andrée Chédid et Vénus Koury, (née au Liban); même disparité pour le Goncourt, qui a vu le jour en 1903 : à peine 10 % de femmes primées. Treize lauréates couronnées, dont les deux dernières furent Leïla Slimani (2006) et Brigitte Giraud (2022), sachant que de grandes écrivaines telles que Marguerite Yourcenar, Nathalie Sarraute, Hélène Bessette, Françoise Sagan ou Annie Ernaux n’ont jamais eu le Goncourt ! Et que dire de tous les autres événements ! À part le prix des lectrices d’Elle (52 % de femmes) et le Fémina (37 %), sur la dizaine de prix octroyés tous les ans, le pourcentage de femmes récompensées se situe en dessous des 32 % ! Le prix Nobel de littérature ne donne pas de meilleurs résultats ! Dix-sept femmes sur 119 lauréats (14 %), dont Louise Gluck et, quand même, notre Nobel nationale Annie Ernaut en 2022 ! D’aucuns diront que le millésime 2022 fait la part belle aux auteures françaises puisqu’elles se sont vu décerner le Goncourt (Brigitte Giraud) et le Nobel (Annie Ernaut).

Mais si depuis 2000, le nombre de femmes primées a bondi, des biais de genre persistent, et pour ma part, je constate qu’en littérature comme dans de nombreux domaines, la parité n’est pas encore pour aujourd’hui !

Sources: France Info; ActualiTTé