L’étreinte des Titans

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Le Printemps des Poètes touche à sa fin. Durant cette période, je me suis investi dans la composition d’un recueil de poèmes intitulé : « L’Étreinte des Titans ». Les thèmes principaux tournent autour du déchaînement des éléments — vent, mer — vécu lors d’une grande tempête sur la côte Basque. Dans mon imaginaire, ces éléments se rencontrent, fusionnent et donnent naissance à Gaïa, la Terre. Mais ont-ils donné naissance à un monstre ?

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Un jour, un poème.

C’est là que je suis né sans doute

Et que tu m’as pris dans les bras,

Aux confins de toutes ces routes

Aux senteurs de jacarandas.

*

Beyrouth, Ô Beyrouth,

Berceau de mon enfance

Beyrouth, Ô Beyrouth,

Accorde-moi ta clémence!

*

À travers les yeux de ma mère, 

J’ai vu tes sourires confus,

Et compris pourquoi je suis fier

Que coule dans mes veines nues,

Le sang de mes frères lointains,

D’un peuple si proche-Orient,

Ce Liban qui se meurt en vain 

Et que plus personne n’entend !

*

Beyrouth, Ô Beyrouth,

Las, je crains tes déroutes.

Beyrouth, Ô Beyrouth,

Je n’ai plus aucun doute .

*

Je sais, maintenant, qui je suis :

Ton fils qui désormais redoute,

De te perdre au bout de tes nuits,

Tout tremblant au bord de la route.

Et je meurs de t’avoir laissée

Toute seule avec tes chimères,

Et n’ai pas su te protéger

Du chaos de toutes ces guerres !

*

Beyrouth, Ô Beyrouth,

Berceau de mon enfance

Beyrouth, Ô Beyrouth,

Je n’ai plus aucun doute .

(Bruno Le Cun – Extrait d’un recueil de poésies en cours…)


Catherine Ribeiro

En apprenant la nouvelle de son décès (23 aout 2024), je me suis retrouvé plongé dans un tourbillon d’émotions , comme si chaque note et chaque mot des œuvres de Catherine Ribeiro portaient en eux l’essence même de la liberté.

Une icône de la chanson française libertaire disparaît à 82 ans.

Catherine Ribeiro, la chanteuse française libertaire d’origine portugaise, s’est éteinte à l’âge de 82 ans, laissant derrière elle un héritage artistique riche et singulier. Née en 1941 à Lyon de parents portugais, elle a grandi dans une France marquée par la guerre, un contexte qui a sans doute nourri son engagement et sa soif de liberté.

Catherine commence sa carrière dans les années 1960, après avoir brièvement exploré le cinéma. C’est avec le groupe Alpes, qu’elle forme en 1969 avec Patrice Moullet, qu’elle trouve véritablement sa voix. Ensemble, ils créent un son inclassable, mêlant rock, folk, musique expérimentale et poésie. Leur collaboration donne naissance à des albums cultes comme Paix (1972) et Le Rat débile et l’Homme des champs (1974), qui témoignent de son audace et de son refus des compromis.

Ribeiro se distingue par sa voix puissante, souvent comparée à un cri, et par ses textes engagés, à la fois poétiques et politiques. Elle chante la révolte, la liberté, l’amour, mais aussi la douleur et l’exil. Ses chansons, telles que « Ami, entends-tu » ou « La Solitude », sont devenues des hymnes pour une génération en quête de sens et de justice.

Artiste libre, elle a toujours refusé de se plier aux normes du show-business. Cette indépendance lui a valu un succès critique, mais une reconnaissance publique limitée, ce qui n’a jamais altéré son intégrité artistique.

Catherine Ribeiro restera une figure emblématique de la chanson française, une voix indomptable qui a su, tout au long de sa carrière, porter haut les valeurs de liberté, de résistance et de poésie. Avec sa disparition, c’est une part de l’âme rebelle de la musique française qui s’en va.

-> Discographie et oeuvres majeures de Catherine Ribeiro

Été 2024: Voyages (6)

Cette semaine je vous présente un extrait de Voyages, un recueil de poésies paru en 2020.

« La poésie, pour moi, c’est l’art du souvenir. Elle permet ce lent phénomène du retour sur soi, de la recherche des émotions au plus profond de notre âme. Les sensations, les images, les odeurs sont là, tapies au creux de notre être. 

Au poète de les chercher et de les transcrire directement comme elles lui viennent à l’esprit. À lui de trouver le parfait équilibre entre les mots et les sons afin de toucher son lecteur, et de l’amener au-delà du « plafond de verre ». 

Il doit s’imprégner totalement des plus petits événements de la vie au risque de s’y perdre et de ne plus savoir s’ils proviennent de son expérience ou du vécu de l’autre.

 Alors, il ne joue plus avec les phrases. Il n’est plus qu’un instrument par lequel La Poésie s’exprime à travers lui, primaire et intime. Il voyage au gré de ses sensations, par delà les contrées parfois lointaines, parfois voisines et petit à petit il traduit son ressenti. Les amours blessées, les femmes délaissées, les vieillards abandonnés. »

Voyages-Poésies.

Bruno Le Cun

40 pages – 13 €

Editions du net


Je suis comme une éponge 

Qui plonge dans les songes

De la ville qui rêve endormie

Jusqu’au bout de sa nuit

De ces hommes et ces femmes

J’aspire toutes leurs âmes

Je me nourris de leurs ennuis

Qui transpire de leur vie

Et prospère sur cette matière

Que je digère 

Je suis un faussaire

Qui sous mes faux airs

De poète et d’artiste

Quitte la piste

Celle du génie prometteur

Paralysé par la peur

D’être un jour découvert

Comme un vil imposteur

Je ne suis qu’une éponge 

Qui plonge dans les mensonges

De ceux qui savent, alors que je ne sais rien

De ceux qui créent, alors que je ne vaux rien

Et suce leur substantifique moelle

Comme un vaurien sur une balancelle

Un saurien qui s’allonge et plonge

Dans de noirs marécages qui me rongent

Comme une glu qui colle à ma peau

Comme, sous sa mère, tète l’agneau

Je me repais de cette trouble substance

Et compose des stances en souffrance.

Tu écris avec la lumière

Des illusions d’amour

Sur des vitres sans tain. 

Tu dessines de tes doigts

Des arabesques glacées

Sur des carreaux aveugles.

Au fil de tes pensées

Sur les vitres embuées 

Tu esquisses la vie qui change,

Et les nuages qui se mélangent.

Tu souffles à perdre haleine

Sur des miroirs abandonnés

Une fine buée de gouttelettes

Qui  révèle la détresse d’un  visage,

Les reflets de toutes les âmes

Que tu figes pour l’éternité 

Toi le faiseur d’images.


Murée dans un silence révélateur,

Jeanne prie le seigneur, pauvre pêcheur.

Seule à genoux, elle lève les yeux

Vers la toute-puissance de son Dieu.

De ces actes, ô combien impardonnables

Ce n’est pas Lui le seul coupable.

Mais la triste secte de ses serviteurs

Prêtres, abbés curés inquisiteurs. 

Ceux-là ont fait vœu de célibat,

Pour mieux cacher vos ébats.

Alors que vous agnelles sacrifiées

Vous ne fîtes que vœu de chasteté. 

Quelle abomination de pécher par amour,

Quand sur terre l’homme de Dieu, triste vautour

Te caresse pour ses besoins satisfaire

Et t’envoie ainsi rejoindre Lucifer. 

Alors Jeanne pleure le Seigneur,

Écartelée entre sa foi et son bonheur.

Seule à genoux, son pardon elle implore

Quand sa seule délivrance est la mort.

Été 2024: Errances (5)

Cette semaine je vous présente un extrait de Errances, un recueil de poésies paru en 2023.

« Bien plus qu’un simple recueil de poèmes, « Errances » est un véritable voyage au-delà des frontières, où l’on vagabonde dans les méandres des cœurs et des esprits, unissant les destinées de ceux qui cherchent une terre nouvelle et ceux qui cherchent la vérité intérieure. C’est à la fois un cri de rage, de souffrance, d’impuissance, mais aussi un dialogue subtil entre l’homme et l’univers qui résonne au plus profond de notre conscience. C’est une invitation à la découverte de soi et de l’autre, dans ce périple intérieur où l’errance devient un pont entre les âmes. »

Errances-Poésies.

Bruno Le Cun

82 pages –

Editions du net


Peuples ! écoutez le poète !
Ecoutez le rêveur sacré !
Dans votre nuit, sans lui complète,
Lui seul a le front éclairé.
Des temps futurs perçant les ombres,
Lui seul distingue en leurs flancs sombres Le germe qui n’est pas éclos.
Homme, il est doux comme une femme. Dieu parle à voix basse à son âme Comme aux forêts et comme aux flots.

(La Fonction du poète. V.HUGO)

Écoute, mon enfant, le chant de l’univers Résonner dans ma tête comme un cri de verre. Et la rime qui tisse des fils de lumière
Se brise sur la grève en mille éclats de vers.

Prends garde mon enfant ; ne crois pas ceux qui pensent
Qu’il soit possible de vivre sans poésie !


Ils haïssaient la guerre !

Car ils avaient connu la souffrance, la mort
Et la haine d’un peuple pour une autre race
Alors ils se dirent, tristes conquistadors :
« Plus jamais ça ! » Et nous construirons à la place,

Un monde sans frontières, En paix, sans mystère.

Et puis, ils oublièrent leurs fières promesses, Se vautrèrent dans l’exubérance et l’ennui, Et ne tinrent guère compte de ces bassesses La corruption et la paresse honnies ,

Des avertissements de leurs propres fantômes Qui venaient gentiment les tirer par la manche. Ils feignirent de ne pas saisir ces symptômes De ne pas croire en cette funeste revanche !


II

« Guerres d’Orient et massacres au Levant ?
Nous sommes protégés par un monde savant ! » Ces abjectes contorsions sont bien lointaines
Et quand leurs fantômes, de leurs grandes mitaines Crûment les giflèrent, ils comprirent trop tard
Que leur monde s’écroulait sous le poids des chars !

Et que la guerre venait frapper à leur porte, Annihilant leurs certitudes. Mais qu’importe ! Sûrs de leur ligne Maginot imaginaire
Ils ne crurent guère ces leçons mortifères !

Las ! Ils durent se résoudre à entrer en guerre

À laisser mourir femmes et enfants,
À laisser détruire villes et villages,
À laisser s’évanouir culture et honneur !

Été 2024: Aquarelles (3)

Cette semaine je vous présente un extrait de AQUARELLES, un recueil de poésies paru en 2021.

Charles Baudelaire écrivait dans l’une des préfaces des Fleurs du Mal « …que la poésie se rattache aux arts de la peinture, de la cuisine et du cosmétique par la possibilité d’exprimer toute sensation de suavité ou d’amertume, de béatitude ou d’horreur, par l’accouplement de tel substantif avec tel adjectif, analogue ou contraire. »

Je crois que la peinture et la poésie sont intimement liées. Tout comme Émile Zola peignait le contexte social de son époque, Paul Cézanne, son ami d’enfance, écrivait les premières pages de la peinture moderne-impressionniste. Tous les deux, par des moyens artistiques différents, la peinture et l’écriture, exprimaient des sentiments identiques. Immenses créateurs et artistes prolifiques, ils ne cesseront d’évoquer leur amitié à travers leurs œuvres. Les deux visages d’une même personne en quelque sorte.

Je me suis inspiré de ces grands hommes pour composer ce recueil de poèmes intitulé « Aquarelles » en associant des couleurs et des mots.

Aux teintes primaires, le rouge, le bleu et le jaune, on peut associer les termes, sang, ciel, safran.

J’ai donc réuni une trentaine de poèmes en trois chapitres le bleu, le jaune et le rouge…

Aquarelles-Poésies. Bruno Le Cun – 64 pages – Editions du net


Il peint.

Il peint des aquarelles

Aux couleurs éternelles

Qui volent à tir d’aile

Aux contours de sa Belle.

Il peint de doux portraits  

aux regards trop floutés

Sur du papier gaufré 

à la trame mouillée. 

Il pointe son pinceau,

Il ajoute un peu d’eau,

Et du plat de la main

Trace des lendemains

Aux coloris incertains.

Soudain, d’un bleu si pâle

sur un vert tout égal

surgit un beau visage.

Mais est-ce vraiment Elle ..?


Aujourd’hui à Kloar

La mer est toute noire

Sombre et menaçante

Elle semble calme et palpitante.

À Kloar

La mer est souvent grise

Et le ciel rouge par dessus l’église

Pleure sur le sable des larmes qui agonisent.

Aujourd’hui à Kloar

La mer argentée a encore changé

Bleu émeraude, elle a tout balancé

Jusqu’au peintre Gauguin ici hébergé.

À Kloar

Partout où la plage est étroite,

Le goémon flotte, et miroite

Mais peu de pêcheurs l’exploitent.

À Kloar

La mer vague et caressante,

Le ciel aux couleurs chancelantes

Couvre l’île de Groix, chatoyante

Immuable et pourtant louvoyante.

À Kloar

Les falaises, rondes et verdoyantes

Embrassent la mer ondoyante

Comme une femme assoupie

Aux formes d’un corps alangui.

Soudain, l’aube paisible aux tièdes couleurs,

S’élève sereine, sans pudeur

Et dévoile au cœur du pays d’Euskal

La belle cité d’Urrugne aux flancs de cristal.

Tel un diamant dans son écrin de verdure

Entre ciel et mer sous le vent qui murmure 

L’histoire médiévale d’une cité de haute taille

Enfouie derrière ses puissantes murailles.

Résonnent, encore, les sirènes des thoniers

Emmenés, toujours, par leurs fiers timoniers

Partis pêcher la baleine et la morue

Aux funestes confins de mers inconnues.

Alors, du plus profond de ses entrailles 

Elle célèbre les grandioses funérailles 

Des enfants du pays, marins disparus

Morts à bord de navires vermoulus.


Le vent se lève fort,

Et le temps devient mauvais,

Et la pluie incolore

Dans un ciel encombré 

Berce mon cœur 

D’une pression sans douceur.

La brise tombe avec paresse, 

Et le temps d’une beauté placide, 

Sous un ciel en liesse

Et la pluie, comme avant

De mon cœur, disparaît

Telle une pression haute en couleur. 

Passe le temps, de temps en temps

Au gré du vent,

Souffle les marées

Efface le souvenir de tes tendres années.

Le Printemps des poètes 2024

La vingt-cinquième édition du « Printemps des Poètes » (du 9 au 25 mars 2024) aura pour thème : « La Grâce ». La superbe affiche de ce 25e anniversaire, dédiée à « La Grâce » et signée par Fabienne Verdier, ne m’a pas immédiatement motivé, mais je me suis finalement laissé emporter par l’idée. Et bien que ce mot me paraisse un peu vieilli, j’ai pensé au mythe de l’inspiration. Sans remonter jusqu’à l’Antiquité, où le poète est perçu comme un être inspiré, j’ai songé, après mûre réflexion, à notre cher Victor Hugo, dans « Fonction du poète ». Ne fait-il pas de ce dernier un prophète, un éclaireur des peuples porteur de lumière, faisant flamboyer l’avenir ? C’est d’ailleurs ces vers que j’ai repris dans mon recueil de poèmes  » Errances » :

Peuples ! écoutez le poète !

Écoutez le rêveur sacré !Dans votre nuit, sans lui complète,

Lui seul a le front éclairé.

Des temps futurs perçant les ombres,

Lui seul distingue en leurs flancs sombres

Le germe qui n’est pas éclos.

Homme, il est doux comme une femme.

Dieu parle à voix basse à son âme

Comme aux forêts et comme aux flots.

Ainsi, « La Grâce », magnifique sujet pour ce Printemps des Poètes, nous tire vers le haut avec son accent circonflexe, vers des terres inconnues, hors de notre routine quotidienne. Mais elle nous rappelle également que la poésie nous ouvre les yeux sur ce quotidien que nous refusons souvent de regarder… Cette vie ordinaire que j’explore dans « Errances », à travers les problématiques de l’immigration, de la solitude, de la folie, et qui tisse des liens avec le précédent thème du Printemps des Poètes 2023, consacré aux « Frontières ». La poésie nous reconnecte avec nos sensations, hors du temps. Elle nous relie à la beauté. Ce ne serait pas cela, tout simplement, un état de grâce ?

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Sources :

Gabriel Grossi (Littérature Portes Ouvertes – Le printemps des poètes 2024),

Sophie Nauleau, « La Grâce » ; textes et affiche ; Directrice du Printemps des poètes,