Pierre de Ronsard

Pierre de Ronsard: un poète incontournable de la rentrée littéraire 2024.

La rentrée littéraire de 2024 sera marquée par un hommage incontournable à Pierre de Ronsard, l’une des figures les plus emblématiques de la poésie française. Né en septembre 1524, ce monstre sacré de la littérature célèbre cette année son 500ème anniversaire, une occasion unique pour les primo-romanciers de puiser dans son œuvre une source d’inspiration inépuisable.

Ronsard, souvent qualifié de prince des poètes, a marqué l’histoire par sa maîtrise de formes poétiques modernes telles que le sonnet et l’alexandrin. Ses écrits, empreints d’une profonde réflexion sur la fugacité de la jeunesse, résonnent encore aujourd’hui avec force :

« La jeunesse s’enfuit sans jamais revenir. »

Les principales formes poétiques modernisées par Ronsard :

  • Le sonnet : Cette forme fixe de 14 vers, popularisée par Ronsard, reste l’une des structures poétiques les plus utilisées.
  • L’alexandrin : Ce vers de douze syllabes, que Ronsard a contribué à perfectionner, est devenu un standard de la poésie française.

Bien avant l’avènement des préoccupations écologiques modernes, Pierre de Ronsard s’est élevé contre la destruction des forêts. En 1584, il publie une élégie, connue sous le titre « Contre les bûcherons de la forêt de Gastines », dans laquelle il dénonce la déforestation et exprime une sensibilité rare pour l’époque :

« Écoute, bûcheron, arrête un peu le bras :
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas ;
Ne vois-tu pas le sang qui dégoutte à force
Des Nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ? »

La poésie de Ronsard continue d’inspirer, non seulement par son esthétisme, mais aussi par la modernité de ses thématiques. Que vous soyez un lecteur passionné ou un écrivain en devenir, méditer sur les œuvres de Ronsard peut enrichir votre vision et votre compréhension du monde.

Catherine Ribeiro

En apprenant la nouvelle de son décès (23 aout 2024), je me suis retrouvé plongé dans un tourbillon d’émotions , comme si chaque note et chaque mot des œuvres de Catherine Ribeiro portaient en eux l’essence même de la liberté.

Une icône de la chanson française libertaire disparaît à 82 ans.

Catherine Ribeiro, la chanteuse française libertaire d’origine portugaise, s’est éteinte à l’âge de 82 ans, laissant derrière elle un héritage artistique riche et singulier. Née en 1941 à Lyon de parents portugais, elle a grandi dans une France marquée par la guerre, un contexte qui a sans doute nourri son engagement et sa soif de liberté.

Catherine commence sa carrière dans les années 1960, après avoir brièvement exploré le cinéma. C’est avec le groupe Alpes, qu’elle forme en 1969 avec Patrice Moullet, qu’elle trouve véritablement sa voix. Ensemble, ils créent un son inclassable, mêlant rock, folk, musique expérimentale et poésie. Leur collaboration donne naissance à des albums cultes comme Paix (1972) et Le Rat débile et l’Homme des champs (1974), qui témoignent de son audace et de son refus des compromis.

Ribeiro se distingue par sa voix puissante, souvent comparée à un cri, et par ses textes engagés, à la fois poétiques et politiques. Elle chante la révolte, la liberté, l’amour, mais aussi la douleur et l’exil. Ses chansons, telles que « Ami, entends-tu » ou « La Solitude », sont devenues des hymnes pour une génération en quête de sens et de justice.

Artiste libre, elle a toujours refusé de se plier aux normes du show-business. Cette indépendance lui a valu un succès critique, mais une reconnaissance publique limitée, ce qui n’a jamais altéré son intégrité artistique.

Catherine Ribeiro restera une figure emblématique de la chanson française, une voix indomptable qui a su, tout au long de sa carrière, porter haut les valeurs de liberté, de résistance et de poésie. Avec sa disparition, c’est une part de l’âme rebelle de la musique française qui s’en va.

-> Discographie et oeuvres majeures de Catherine Ribeiro

Été 2024: Sabrina le saut de l’ange (7)

Sabrina, le saut de l’ange, paru en février 2024, est le deuxième roman de Bruno Le Cun. Ce récit explore les thèmes cruciaux de la radicalisation et de la quête de sens chez les jeunes générations. Le passage suivant en est un aperçu poignant :

« Alors que Yanis, membre des forces spéciales françaises, risque de perdre la vie dans le désert de Syrie, Sabrina, brillante élève en Khâgne, succombe à l’emprise des recruteurs de Daesh. »

Dans Sabrina – Le saut de l’ange, Bruno Le Cun propose une exploration intense des choix déchirants auxquels est confrontée une génération en quête de sens. Le roman mélange des éléments de passion amoureuse et de radicalisation, offrant ainsi une perspective captivante sur les nuances complexes de la condition humaine. Ce livre est un miroir des dilemmes modernes, où les jeunes sont souvent tiraillés entre des idéaux opposés et des réalités brutales.

  • Thèmes actuels : Le roman aborde des sujets cruciaux comme la radicalisation, les forces spéciales, et la quête de sens.
  • Récit immersif : Une histoire qui capte l’attention du lecteur dès les premières lignes.
  • Personnages profonds : Des protagonistes confrontés à des situations extrêmes, rendant le récit encore plus réaliste et poignant.

Ce qu’en disent les lecteurs

« Une histoire prenante et sans temps mort. Un livre qui se lit d’une traite et dont on a hâte de découvrir la suite. » (Pierre-Jean G.)

« Un roman qui sait aller à l’essentiel sans plonger dans une analyse intellectuelle, politique et sociale; les personnages font des choix de vie et deviennent malgré tout et chacun dans leur genre émouvants et attachants. » (Patrick B.)

 » Je viens de finir Sabrina.Je l’ai lu avec beaucoup de plaisir. C’est vraiment bien! « (Christiane P.)

Après « Yémen, du sang sur le sable », Sabrina est le second roman de l’auteur Bruno Le Cun.

les Editions du Net.

Titre : Sabrina, le saut de l’ange

Auteur : Bruno Le Cun

Nombre de pages : 142

Date de parution : Février 2023

Lien : Amazon Sabrina le saut de l’ange

Été 2024: Voyages (6)

Cette semaine je vous présente un extrait de Voyages, un recueil de poésies paru en 2020.

« La poésie, pour moi, c’est l’art du souvenir. Elle permet ce lent phénomène du retour sur soi, de la recherche des émotions au plus profond de notre âme. Les sensations, les images, les odeurs sont là, tapies au creux de notre être. 

Au poète de les chercher et de les transcrire directement comme elles lui viennent à l’esprit. À lui de trouver le parfait équilibre entre les mots et les sons afin de toucher son lecteur, et de l’amener au-delà du « plafond de verre ». 

Il doit s’imprégner totalement des plus petits événements de la vie au risque de s’y perdre et de ne plus savoir s’ils proviennent de son expérience ou du vécu de l’autre.

 Alors, il ne joue plus avec les phrases. Il n’est plus qu’un instrument par lequel La Poésie s’exprime à travers lui, primaire et intime. Il voyage au gré de ses sensations, par delà les contrées parfois lointaines, parfois voisines et petit à petit il traduit son ressenti. Les amours blessées, les femmes délaissées, les vieillards abandonnés. »

Voyages-Poésies.

Bruno Le Cun

40 pages – 13 €

Editions du net


Je suis comme une éponge 

Qui plonge dans les songes

De la ville qui rêve endormie

Jusqu’au bout de sa nuit

De ces hommes et ces femmes

J’aspire toutes leurs âmes

Je me nourris de leurs ennuis

Qui transpire de leur vie

Et prospère sur cette matière

Que je digère 

Je suis un faussaire

Qui sous mes faux airs

De poète et d’artiste

Quitte la piste

Celle du génie prometteur

Paralysé par la peur

D’être un jour découvert

Comme un vil imposteur

Je ne suis qu’une éponge 

Qui plonge dans les mensonges

De ceux qui savent, alors que je ne sais rien

De ceux qui créent, alors que je ne vaux rien

Et suce leur substantifique moelle

Comme un vaurien sur une balancelle

Un saurien qui s’allonge et plonge

Dans de noirs marécages qui me rongent

Comme une glu qui colle à ma peau

Comme, sous sa mère, tète l’agneau

Je me repais de cette trouble substance

Et compose des stances en souffrance.

Tu écris avec la lumière

Des illusions d’amour

Sur des vitres sans tain. 

Tu dessines de tes doigts

Des arabesques glacées

Sur des carreaux aveugles.

Au fil de tes pensées

Sur les vitres embuées 

Tu esquisses la vie qui change,

Et les nuages qui se mélangent.

Tu souffles à perdre haleine

Sur des miroirs abandonnés

Une fine buée de gouttelettes

Qui  révèle la détresse d’un  visage,

Les reflets de toutes les âmes

Que tu figes pour l’éternité 

Toi le faiseur d’images.


Murée dans un silence révélateur,

Jeanne prie le seigneur, pauvre pêcheur.

Seule à genoux, elle lève les yeux

Vers la toute-puissance de son Dieu.

De ces actes, ô combien impardonnables

Ce n’est pas Lui le seul coupable.

Mais la triste secte de ses serviteurs

Prêtres, abbés curés inquisiteurs. 

Ceux-là ont fait vœu de célibat,

Pour mieux cacher vos ébats.

Alors que vous agnelles sacrifiées

Vous ne fîtes que vœu de chasteté. 

Quelle abomination de pécher par amour,

Quand sur terre l’homme de Dieu, triste vautour

Te caresse pour ses besoins satisfaire

Et t’envoie ainsi rejoindre Lucifer. 

Alors Jeanne pleure le Seigneur,

Écartelée entre sa foi et son bonheur.

Seule à genoux, son pardon elle implore

Quand sa seule délivrance est la mort.

Été 2024: Errances (5)

Cette semaine je vous présente un extrait de Errances, un recueil de poésies paru en 2023.

« Bien plus qu’un simple recueil de poèmes, « Errances » est un véritable voyage au-delà des frontières, où l’on vagabonde dans les méandres des cœurs et des esprits, unissant les destinées de ceux qui cherchent une terre nouvelle et ceux qui cherchent la vérité intérieure. C’est à la fois un cri de rage, de souffrance, d’impuissance, mais aussi un dialogue subtil entre l’homme et l’univers qui résonne au plus profond de notre conscience. C’est une invitation à la découverte de soi et de l’autre, dans ce périple intérieur où l’errance devient un pont entre les âmes. »

Errances-Poésies.

Bruno Le Cun

82 pages –

Editions du net


Peuples ! écoutez le poète !
Ecoutez le rêveur sacré !
Dans votre nuit, sans lui complète,
Lui seul a le front éclairé.
Des temps futurs perçant les ombres,
Lui seul distingue en leurs flancs sombres Le germe qui n’est pas éclos.
Homme, il est doux comme une femme. Dieu parle à voix basse à son âme Comme aux forêts et comme aux flots.

(La Fonction du poète. V.HUGO)

Écoute, mon enfant, le chant de l’univers Résonner dans ma tête comme un cri de verre. Et la rime qui tisse des fils de lumière
Se brise sur la grève en mille éclats de vers.

Prends garde mon enfant ; ne crois pas ceux qui pensent
Qu’il soit possible de vivre sans poésie !


Ils haïssaient la guerre !

Car ils avaient connu la souffrance, la mort
Et la haine d’un peuple pour une autre race
Alors ils se dirent, tristes conquistadors :
« Plus jamais ça ! » Et nous construirons à la place,

Un monde sans frontières, En paix, sans mystère.

Et puis, ils oublièrent leurs fières promesses, Se vautrèrent dans l’exubérance et l’ennui, Et ne tinrent guère compte de ces bassesses La corruption et la paresse honnies ,

Des avertissements de leurs propres fantômes Qui venaient gentiment les tirer par la manche. Ils feignirent de ne pas saisir ces symptômes De ne pas croire en cette funeste revanche !


II

« Guerres d’Orient et massacres au Levant ?
Nous sommes protégés par un monde savant ! » Ces abjectes contorsions sont bien lointaines
Et quand leurs fantômes, de leurs grandes mitaines Crûment les giflèrent, ils comprirent trop tard
Que leur monde s’écroulait sous le poids des chars !

Et que la guerre venait frapper à leur porte, Annihilant leurs certitudes. Mais qu’importe ! Sûrs de leur ligne Maginot imaginaire
Ils ne crurent guère ces leçons mortifères !

Las ! Ils durent se résoudre à entrer en guerre

À laisser mourir femmes et enfants,
À laisser détruire villes et villages,
À laisser s’évanouir culture et honneur !

Été 2024: Aquarelles (3)

Cette semaine je vous présente un extrait de AQUARELLES, un recueil de poésies paru en 2021.

Charles Baudelaire écrivait dans l’une des préfaces des Fleurs du Mal « …que la poésie se rattache aux arts de la peinture, de la cuisine et du cosmétique par la possibilité d’exprimer toute sensation de suavité ou d’amertume, de béatitude ou d’horreur, par l’accouplement de tel substantif avec tel adjectif, analogue ou contraire. »

Je crois que la peinture et la poésie sont intimement liées. Tout comme Émile Zola peignait le contexte social de son époque, Paul Cézanne, son ami d’enfance, écrivait les premières pages de la peinture moderne-impressionniste. Tous les deux, par des moyens artistiques différents, la peinture et l’écriture, exprimaient des sentiments identiques. Immenses créateurs et artistes prolifiques, ils ne cesseront d’évoquer leur amitié à travers leurs œuvres. Les deux visages d’une même personne en quelque sorte.

Je me suis inspiré de ces grands hommes pour composer ce recueil de poèmes intitulé « Aquarelles » en associant des couleurs et des mots.

Aux teintes primaires, le rouge, le bleu et le jaune, on peut associer les termes, sang, ciel, safran.

J’ai donc réuni une trentaine de poèmes en trois chapitres le bleu, le jaune et le rouge…

Aquarelles-Poésies. Bruno Le Cun – 64 pages – Editions du net


Il peint.

Il peint des aquarelles

Aux couleurs éternelles

Qui volent à tir d’aile

Aux contours de sa Belle.

Il peint de doux portraits  

aux regards trop floutés

Sur du papier gaufré 

à la trame mouillée. 

Il pointe son pinceau,

Il ajoute un peu d’eau,

Et du plat de la main

Trace des lendemains

Aux coloris incertains.

Soudain, d’un bleu si pâle

sur un vert tout égal

surgit un beau visage.

Mais est-ce vraiment Elle ..?


Aujourd’hui à Kloar

La mer est toute noire

Sombre et menaçante

Elle semble calme et palpitante.

À Kloar

La mer est souvent grise

Et le ciel rouge par dessus l’église

Pleure sur le sable des larmes qui agonisent.

Aujourd’hui à Kloar

La mer argentée a encore changé

Bleu émeraude, elle a tout balancé

Jusqu’au peintre Gauguin ici hébergé.

À Kloar

Partout où la plage est étroite,

Le goémon flotte, et miroite

Mais peu de pêcheurs l’exploitent.

À Kloar

La mer vague et caressante,

Le ciel aux couleurs chancelantes

Couvre l’île de Groix, chatoyante

Immuable et pourtant louvoyante.

À Kloar

Les falaises, rondes et verdoyantes

Embrassent la mer ondoyante

Comme une femme assoupie

Aux formes d’un corps alangui.

Soudain, l’aube paisible aux tièdes couleurs,

S’élève sereine, sans pudeur

Et dévoile au cœur du pays d’Euskal

La belle cité d’Urrugne aux flancs de cristal.

Tel un diamant dans son écrin de verdure

Entre ciel et mer sous le vent qui murmure 

L’histoire médiévale d’une cité de haute taille

Enfouie derrière ses puissantes murailles.

Résonnent, encore, les sirènes des thoniers

Emmenés, toujours, par leurs fiers timoniers

Partis pêcher la baleine et la morue

Aux funestes confins de mers inconnues.

Alors, du plus profond de ses entrailles 

Elle célèbre les grandioses funérailles 

Des enfants du pays, marins disparus

Morts à bord de navires vermoulus.


Le vent se lève fort,

Et le temps devient mauvais,

Et la pluie incolore

Dans un ciel encombré 

Berce mon cœur 

D’une pression sans douceur.

La brise tombe avec paresse, 

Et le temps d’une beauté placide, 

Sous un ciel en liesse

Et la pluie, comme avant

De mon cœur, disparaît

Telle une pression haute en couleur. 

Passe le temps, de temps en temps

Au gré du vent,

Souffle les marées

Efface le souvenir de tes tendres années.

Été 2024: 7 extraits en exclusivité!

Cet été 2024 s’annonce riche en découvertes littéraires ! J’ai le plaisir de vous annoncer que chaque semaine, vous aurez l’opportunité de plonger dans l’univers de mes créations. À travers des extraits de romans, de recueils poétiques, et de nouvelles, je vous invite à embarquer pour un voyage au cœur de l’imagination.

Ce rendez-vous hebdomadaire sera l’occasion parfaite pour explorer ensemble des histoires inédites, des vers inspirants et des personnages attachants.

Je suis impatient de partager ces moments de lecture privilégiés avec vous tout au long de cette saison estivale. Restez connectés et laissez-vous emporter par la magie des mots. Cette semaine je vous propose un « extrait estival » de TRANSGRESSIONS, mon recueil de nouvelles paru en 2020.

Le livre

Les Editions du Net

Transgressions-Nouvelles Bruno Le Cun – 110 pages


À quarante ans, Clara pense qu’il est temps de rompre sa solitude. Elle se dit qu’elle doit se marier, pour elle, et surtout pour sa mère, qui souhaite tant jouer son rôle de mamie gâteau. Et pour ses amies qui ne cessent de jaser derrière son dos. Oui, oui, je sais ! se surprend-elle à crier toute seule dans son salon.

Assise sur le canapé, au milieu de son appartement parisien, Clara contemple les orchidées qui penchent leurs blancs pétales sur le côté de leur tige. Comme si elles soupiraient. Ce même soupir agacé qu’elle pousse chaque fois qu’elle est contrariée. Pourtant dans l’album souvenir qu’elle tient sur ces genoux, Paul lui sourit. Tout va bien. La photo le représente vêtu d’une combinaison de surf, accoudé à une planche de dernière génération, les pieds plantés dans le sable. Derrière lui, au bout de la plage, Les deux jumeaux, ces emblématiques rochers de calcaire rose typiques du littoral basque, pointent leurs frêles silhouettes. Clara se souvient. Paul n’arrêtait pas de se plaindre : « L’érosion de ces précédents mois a fragilisé la pierre principale… » Il se caressait le nez entre le pouce et l’index et poursuivait : « Ce qui pourrait créer un troisième îlot de roche ! » Combien de temps encore cet environnement si cher aux Hendayais subsistera-t-il ? Elle soupirait, le regardait droit dans les yeux et tentait en vain de le rassurer.

La concurrence s’est révélée trop forte. Les vagues, faciles à dompter et qui rendaient les surfeurs si heureux, ont eu raison de leur union. Clara l’a quitté quelques jours avant leurs fiançailles.

L’évocation de son aventure avec Paul la laisse rêveuse.

Clara referme l’album photos. Elle se lève, puis se dirige vers la cuisine. Elle fait couler l’eau du robinet dans un grand verre qu’elle boit d’un trait.

Le téléphone sonne.

Clara pose son gobelet sur le marbre de la kitchenette et décroche. Elle hoche la tête plusieurs fois, accomplit un geste de la main en signe d’impatience et finit par dire : « Oui, maman, je t’assure. Tout sera prêt comme prévu. » Elle change le combiné de côté, pousse un gros soupir, puis poursuit en tournant en rond autour de la table du salon : « Non, je… j’irai jusqu’au bout cette fois-ci. Si, si je te le jure ! » Elle éclate de rire et conclut, un large sourire aux lèvres : « Ce sera une cérémonie magnifique, tu verras maman. Bisous à demain. »Clara se dirige vers le dressing. Elle chante à tue-tête, « Clara veut la lune. »

C’est certain, elle veut la lune. Trois ruptures en dix ans l’ont lassée, et laissée célibataire.

Elle contemple, désinvolte, ses robes, chemisiers et pulls accrochés à des cintres. Elle les passe en revue et les trie l’un après l’autre d’un revers de la main. Tout en continuant à chantonner, elle choisit une combinaison en polyuréthane avec col, pantalon à deux poches, sans manche, et ample décolleté. Elle adore porter des vêtements moulants. Elle admet que le tissu (65 % coton, 30 % polyamide, 5 % élasthanne,) de couleur noire mettra en valeur sa plastique exceptionnelle. Et ses seins. Elle chausse des escarpins aux talons hauts assortis à ses cheveux, coupés courts, mèches aile de corbeau barrant un front volontaire.

Esclaves de l’écran

Assis à la terrasse d’un café, je contemple les passants qui cheminent dans la rue. Pas un seul d’entre eux ne marche sans les yeux fixés sur son portable, en train de consulter, d’envoyer un message ou de téléphoner ! Cet objet, normalement simple outil de communication, est devenu au fil du temps (depuis son apparition en 2008) une source indispensable à la relation avec l’environnement et les autres. 3

David Le Breton 1 , dans son ouvrage « La fin de la conversation » 2, souligne comment ce phénomène a engendré de nouvelles attentes qui se sont répandues dans le monde entier. Il affirme que le téléphone portable a réalisé la parfaite hybridation homme-machine (cf Robots versus humains ) par le simple fait de l’avoir en permanence sous la main, ou même à la main comme nos adolescents d’aujourd’hui.

Le sociologue observe que, accaparé par une communication orale, la rédaction ou la lecture d’un texto, les yeux braqués sur l’écran, l’hyperindividu contemporain ne perçoit plus son environnement physique et humain. La dissociation est désormais une donnée banale du quotidien. Le Breton note que, contrairement aux relations sociales entre amis ou proches dont il est parfois difficile de se libérer, la communication à distance offre l’avantage de s’en dégager à sa guise, sans politesse excessive, sans s’attarder. Ainsi, la suppression du corps de l’autre dans l’échange supprime toute gêne, toute timidité à son égard. Le sociologue remarque que dans maintes connexions sur les réseaux sociaux, nul ne sait réellement qui est au bout de l’écran.

Cette réflexion amène Le Breton à penser que bien que les technologies nous connectent à travers le monde, elles pourraient aussi nous éloigner de ce qui est authentique et présent autour de nous. L’immersion dans nos écrans nous isole souvent de ce qui se passe autour de nous, réduisant les interactions spontanées qui enrichissent notre quotidien. Cette distance physique peut parfois simplifier les échanges, mais elle peut aussi réduire la profondeur des relations humaines, en les rendant superficielles et moins engagées.

#lectureslitterashereÉté

Sources

  • 1 – David Le Breton, anthropologue français, professeur de sociologie à l’Université de Strasbourg, membre senior de l’Institut universitaire de France , analyse avec perspicacité et profondeur les transformations de nos interactions sociales à l’ère du numérique
  • 2 – « La fin de la conversation« , offre une critique éclairée des effets des technologies sur nos relations Publication : 31/05/2024; Editions Métaillé Taversées
  • 3 – Observations personnelles et réflexion inspirées par la lecture de l’ouvrage de David Le Breton, sur la dépendance comportementale

Jean Michel MAULPOIX

 
 Jean-Michel Maulpoix, lauréat du prestigieux Prix Goncourt de la Poésie 2022, nous offre une poésie simple, fraîche et légère, ancrée dans le quotidien. Son recueil « Rue des Fleurs » est un véritable hommage à la beauté des petites choses de la vie. Ce livre invite à une immersion sensorielle unique : ses poèmes se lisent, s’écoutent, se respirent, et se voient. 


La nature au cœur de « Rue des Fleurs »

Maulpoix évoque avec finesse les senteurs et les sensations que nous offrent la nature. Il nous transmet l’odeur des arbres « déshabillés de feuilles et d’oiseaux », et nous fait ressentir la terre « qui macère dans son vieux jus ». Sa poésie nous touche profondément par ses subtils agencements de mots, conférant un sens nouveau à la vie quotidienne. Les fleurs, les arbres, les oiseaux silencieux, mais aussi les insectes cocasses peuplent ses vers. L’image de « l’araignée [qui] tombe sans parachute » ou encore celle du « petit vers blanc [qui] fait des trous silencieux » sont autant de métaphores insolites qui nous rappellent la magie du monde qui nous entoure.


Une mélancolie douce et enracinée dans l’instant présent


La tonalité d’ensemble de « Rue des Fleurs » reste fidèle à la mélancolie douce qui caractérise l’œuvre de Maulpoix. Cependant, ici, il s’agit surtout de capturer la beauté des instants ordinaires : « Le rire des convives applaudit / On grignote des morceaux de ciel / Du soleil couchant jusque dans l’assiette / Légers d’épaule et de visage. » 


La poésie, un remède à la souffrance  


Aujourd’hui, la poésie semble avoir disparu de notre quotidien, éclipsée par une actualité trop chargée ou perçue comme trop complexe par certains. Pourtant, ce recueil de Maulpoix est une invitation à redécouvrir cet art littéraire. Jean-Michel Maulpoix nous réconcilie avec la poésie, nous rappelant que celle-ci se niche partout dans la beauté du monde. La poésie, comme le disait Michel Houellebecq, « est un remède à la souffrance », et Maulpoix en est l’illustration parfaite. 


Pourquoi découvrir « Rue des Fleurs » de Jean-Michel Maulpoix ?


Ce recueil est une bouffée d’air frais dans un monde en quête de simplicité et de beauté. « Rue des Fleurs » nous apprend à voir le monde autrement, à apprécier les petits détails, et à trouver du réconfort dans la poésie.

À découvrir absolument ! 

(mise à jour le 16/08/24)