Emmanuelle LAMBERT

Dans « Aucun respect » , roman incontournable de la rentrée littéraire 2024, Emmanuelle Lambert revient sur son entrée dans le monde littéraire parisien à la fin des années 1990. Un univers qu’elle décrit comme un bastion masculin, parfois intimidant et hiérarchisé. À travers le récit de son apprentissage, elle dresse un portrait à la fois fascinant et irrévérencieux d’Alain Robbe-Grillet ( 1), figure emblématique du « Nouveau Roman », et de sa femme Catherine, personnage sulfureux, maîtresse de cérémonies sadomasochistes.

Jeune femme idéaliste à l’époque, Lambert découvre un milieu intellectuel codifié, où les hommes dominent, mais où elle cherche à trouver sa place. Son rapport avec Robbe-Grillet est central dans ce récit : il incarne à ses yeux à la fois un mentor et une figure d’autorité, mais aussi un homme complexe, brillant et provocateur, dont elle accompagne les dernières années, notamment à travers le travail sur ses archives. Elle l’observe de près, participant à sa quête de postérité tout en réfléchissant sur son propre positionnement dans ce monde souvent élitiste.

Avec un ton piquant et un humour décapant, Lambert revisite cette époque depuis le présent, portant un regard lucide et critique sur les relations de pouvoir, le jeu des influences et la place des jeunes femmes dans ces cercles. Si son apprentissage est parfois difficile et déroutant, il est aussi plein d’enseignements : elle montre que la vraie liberté consiste à se confronter aux autorités établies, à s’affirmer et à ne jamais se laisser enfermer par les normes. Ce conte contemporain, teinté de drôlerie, questionne la place des femmes et le poids des figures tutélaires dans le monde artistique.

« Aucun respect » est ainsi à la fois une réflexion sur la liberté individuelle, un hommage subtil et critique à Robbe-Grillet, et un témoignage personnel sur la manière dont Lambert, à travers ses expériences et ses confrontations, à su se forger une identité d’écrivain.

  • Éditeur ‏ : ‎ Stock (21 août 2024)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 224 pages
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2234093829
  • Dimensions ‏ : ‎ 13.7 x 2 x 21.5 cm


(1) Alain Robbe-Grillet, né le 18 août 1922 à Saint-Pierre-Quilbignon (Finistère)1 et mort le 18 février 2008 à Caen (Calvados), est un romancier et cinéaste français. Considéré, avec Nathalie Sarraute, comme le chef de file du nouveau roman, il a été élu à l’Académie française le 25 mars 2004, sans y être reçu. Son épouse est la romancière Catherine Robbe-Grillet, dont le nom de plume est Jeanne de Berg.

Un aller retour dans le noir

Photo B.LE CUN

James Ellroy

Ce dimanche 6 octobre, j’ai eu le privilège d’assister à un moment exceptionnel à la Médiathèque André Labarrère : la rencontre avec l’un des maîtres incontestés du roman noir, James Ellroy.

Pour celles et ceux qui ne le connaîtraient pas encore, James Ellroy est l’auteur d’une œuvre monumentale. Il a su plonger ses lecteurs dans les recoins les plus sombres de l’âme humaine et de la société américaine. Né à Los Angeles en 1948, il s’est fait connaître avec des romans cultes comme Le Dahlia Noir (1987), un polar glaçant inspiré de l’assassinat non résolu d’Elizabeth Short. Ce livre, ancré dans la violence de l’Amérique des années 1940, fait partie du Quatuor de Los Angeles, une série incontournable pour tout amateur de roman noir.

Son style est unique, brut, parfois haché, et ses récits plongent dans la corruption, la violence et les abus de pouvoir. Ellroy ne fait aucune concession : il dissèque la société avec une rare lucidité.

Sa présence à Pau, dans le cadre du salon « Un aller-retour dans le noir », a été un événement marquant. Ce salon, devenu un incontournable pour les passionnés de polars, nous a offert la chance de découvrir « The enchanters »1 le dernier polar de Ellroy en dédicace.

Ellroy est venu pour une raison bien particulière : il a lu, en exclusivité, quelques pages de son tout dernier roman. Pour quelqu’un comme moi, qui suit son œuvre avec passion, c’était un moment unique. Entendre sa propre voix résonner à travers ses mots, nous entraînant dans une nouvelle intrigue pleine de mystères et de trahisons, était absolument fascinant.

Cette rencontre avec James Ellroy a été un moment fort, gravé dans ma mémoire, et sans aucun doute dans celle de tous ceux qui ont eu la chance d’être présents ce jour-là.


  • Pages: 672
  • Editeur : Rivages
  • Date sortie : septembre 2024

La litterature ,ça paye!

La litterature ça paye!

La littérature, ça paye ! C’est le titre quelque peu choquant du dernier livre1 d’Antoine Compagnon. Peut-être même un peu vulgaire, et certainement destiné à provoquer le lecteur.

La rentabilité de la littérature

Selon Antoine Compagnon2, la littérature est rentable, surtout du point de vue du lecteur. Pour l’auteur, c’est moins sûr, car c’est un investissement à très long terme dont on perçoit souvent les bénéfices bien après sa mort. Pensez à Baudelaire, qui a vécu dans la pauvreté, alors que tout le monde connaît aujourd’hui son œuvre. Son succès posthume montre bien l’aspect à long terme de la création littéraire.

Les bénéfices de la littérature pour le lecteur

Mais revenons au lecteur : c’est de son vivant que la littérature rapporte. En effet, la lecture, surtout celle de la fiction, élargit notre expérience du monde et notre compréhension des autres. Elle augmente nos capacités cognitives et affectives, et nous permet de prendre du recul par rapport à notre propre vie.

De plus, la lecture nous éloigne du nez dans le guidon, nous fait prendre de la hauteur et, surtout, elle retarde l’apparition de la maladie d’Alzheimer. La lecture régulière agit comme un exercice pour le cerveau, stimulant les connexions neuronales et contribuant à préserver la mémoire.

La fragilité de la lecture au XXIe siècle

Cependant, la lecture est fragile en ce premier quart du XXIe siècle. Pourquoi ? Parce que c’est une activité lente, dans un monde où tout va plus vite, où il faut constamment gagner du temps.

Lire plus vite, c’est lire mal. La lecture suppose attention et lenteur. Le lecteur ignore les gains de productivité. La lecture rapide est une illusion : elle ne permet pas de bénéficier pleinement des apports cognitifs et émotionnels qu’offre une lecture approfondie.

 

1- « La litterature ,ça paye!« – Antoine Compagnon – 160 pages – EQUATEURS

2-Antoine Compagnon, né le 20 juillet 1950 à Bruxelles, est un écrivain, critique littéraire et académicien français.

Nostalgie

The Field of Derout-Lollichon (1886) by Paul Gauguin. Original from the Los Angeles County Museum of Art. Digitally enhanced by rawpixel.

Il y a des jours où le spleen vous rend nostalgique, des moments où le besoin de retrouver des endroits bienveillants se fait sentir. Des lieux qui nous ont accueillis avec chaleur lorsque nous n’étions que des enfants. Un petit bout de terre qui nous replonge dans l’atmosphère douce de notre jeunesse.

Pour moi, ce coin magique se trouve en Bretagne, plus précisément dans le village de Clohars-Carnöet (Kloar).

J’aime ce petit village au nom singulier, niché au fond du Finistère, au bout du monde, entre ciel et mer.

J’aime les gens d’ici, enracinés depuis des générations dans cette crique de tranquillité, à mi-chemin entre paysannerie et pêche. Ils accueillent simplement les étrangers de passage et les artistes d’autrefois.

J’aime les senteurs iodées venant de l’océan, le va-et-vient langoureux de l’écume sur le sable mouillé, et le cri des mouettes dans le vent azuré. Le sentier des contrebandiers, qui serpente le long des falaises abruptes, cache dans ses failles de pierre des recoins secrets où la mer, avide d’algues et de goémon, s’engouffre avec force.

Et puis, Gauguin, venu ici à Clohars-Carnöet, s’imprégner des couleurs et des parfums de ce pays, exprimer ce qu’il ressent plutôt que ce qu’il voit.

Que dire de ces moments inoubliables, au crépuscule, quand tout s’arrête et qu’on partage une douzaine d’huîtres plates, fraîchement pêchées dans le Belon, ce petit fleuve qui court le long de la côte ?

Emilia Pérez

Si vous recherchez une explosion d’émotions, un suspense haletant, une plongée au cœur de l’actualité brûlante, et si vous rêvez de scènes somptueuses, de décors éblouissants, de ballets époustouflants, de dialogues envoûtants, et, surtout, d’actrices extraordinaires, alors ne perdez pas un instant : courez voir Emilia Pérez, le dernier chef-d’œuvre de Jacques Audiard, couronné au festival de Cannes.

Avec un scénario puissant, aussi rocambolesque qu’original, profondément ancré dans les réalités sociales d’aujourd’hui, Emilia Pérez est bien plus qu’un simple film. C’est une véritable révélation. Ce long métrage nous plonge dans la vie de Rita, une avocate surqualifiée et surexploitée, qui se retrouve à défendre les intérêts d’un grand cabinet plus enclin à blanchir des criminels qu’à servir la justice.

Rita voit sa vie basculer lorsqu’une porte de sortie inespérée s’ouvre à elle : aider le chef de cartel Manitas à se retirer des affaires pour réaliser un plan qu’il peaufine en secret depuis des années : devenir enfin la femme qu’il a toujours rêvé d’être. Ce renversement de situation, aussi inattendu qu’émotionnel, est l’un des points forts du film, soulignant la puissance des rôles féminins dans un univers brutal et sans pitié.

Jacques Audiard au sommet de son art, offre des rôles de femmes, à couper le souffle (Zoe Saldaña, Karla Sofía Gascón, Selena Gomez, Adriana Paz, ont reçu un prix collégial au festival de Cannes) . Ce film marque un tournant dans la carrière du réalisateur, proposant une vision nouvelle et audacieuse du cinéma contemporain. Emilia Pérez n’est pas seulement un film, c’est une œuvre d’art qui redéfinit les codes du cinéma en mettant en avant des personnages féminins puissants et émouvants.

Pierre de Ronsard

Pierre de Ronsard: un poète incontournable de la rentrée littéraire 2024.

La rentrée littéraire de 2024 sera marquée par un hommage incontournable à Pierre de Ronsard, l’une des figures les plus emblématiques de la poésie française. Né en septembre 1524, ce monstre sacré de la littérature célèbre cette année son 500ème anniversaire, une occasion unique pour les primo-romanciers de puiser dans son œuvre une source d’inspiration inépuisable.

Ronsard, souvent qualifié de prince des poètes, a marqué l’histoire par sa maîtrise de formes poétiques modernes telles que le sonnet et l’alexandrin. Ses écrits, empreints d’une profonde réflexion sur la fugacité de la jeunesse, résonnent encore aujourd’hui avec force :

« La jeunesse s’enfuit sans jamais revenir. »

Les principales formes poétiques modernisées par Ronsard :

  • Le sonnet : Cette forme fixe de 14 vers, popularisée par Ronsard, reste l’une des structures poétiques les plus utilisées.
  • L’alexandrin : Ce vers de douze syllabes, que Ronsard a contribué à perfectionner, est devenu un standard de la poésie française.

Bien avant l’avènement des préoccupations écologiques modernes, Pierre de Ronsard s’est élevé contre la destruction des forêts. En 1584, il publie une élégie, connue sous le titre « Contre les bûcherons de la forêt de Gastines », dans laquelle il dénonce la déforestation et exprime une sensibilité rare pour l’époque :

« Écoute, bûcheron, arrête un peu le bras :
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas ;
Ne vois-tu pas le sang qui dégoutte à force
Des Nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ? »

La poésie de Ronsard continue d’inspirer, non seulement par son esthétisme, mais aussi par la modernité de ses thématiques. Que vous soyez un lecteur passionné ou un écrivain en devenir, méditer sur les œuvres de Ronsard peut enrichir votre vision et votre compréhension du monde.

Catherine Ribeiro

En apprenant la nouvelle de son décès (23 aout 2024), je me suis retrouvé plongé dans un tourbillon d’émotions , comme si chaque note et chaque mot des œuvres de Catherine Ribeiro portaient en eux l’essence même de la liberté.

Une icône de la chanson française libertaire disparaît à 82 ans.

Catherine Ribeiro, la chanteuse française libertaire d’origine portugaise, s’est éteinte à l’âge de 82 ans, laissant derrière elle un héritage artistique riche et singulier. Née en 1941 à Lyon de parents portugais, elle a grandi dans une France marquée par la guerre, un contexte qui a sans doute nourri son engagement et sa soif de liberté.

Catherine commence sa carrière dans les années 1960, après avoir brièvement exploré le cinéma. C’est avec le groupe Alpes, qu’elle forme en 1969 avec Patrice Moullet, qu’elle trouve véritablement sa voix. Ensemble, ils créent un son inclassable, mêlant rock, folk, musique expérimentale et poésie. Leur collaboration donne naissance à des albums cultes comme Paix (1972) et Le Rat débile et l’Homme des champs (1974), qui témoignent de son audace et de son refus des compromis.

Ribeiro se distingue par sa voix puissante, souvent comparée à un cri, et par ses textes engagés, à la fois poétiques et politiques. Elle chante la révolte, la liberté, l’amour, mais aussi la douleur et l’exil. Ses chansons, telles que « Ami, entends-tu » ou « La Solitude », sont devenues des hymnes pour une génération en quête de sens et de justice.

Artiste libre, elle a toujours refusé de se plier aux normes du show-business. Cette indépendance lui a valu un succès critique, mais une reconnaissance publique limitée, ce qui n’a jamais altéré son intégrité artistique.

Catherine Ribeiro restera une figure emblématique de la chanson française, une voix indomptable qui a su, tout au long de sa carrière, porter haut les valeurs de liberté, de résistance et de poésie. Avec sa disparition, c’est une part de l’âme rebelle de la musique française qui s’en va.

-> Discographie et oeuvres majeures de Catherine Ribeiro

Été 2024: Sabrina le saut de l’ange (7)

Sabrina, le saut de l’ange, paru en février 2024, est le deuxième roman de Bruno Le Cun. Ce récit explore les thèmes cruciaux de la radicalisation et de la quête de sens chez les jeunes générations. Le passage suivant en est un aperçu poignant :

« Alors que Yanis, membre des forces spéciales françaises, risque de perdre la vie dans le désert de Syrie, Sabrina, brillante élève en Khâgne, succombe à l’emprise des recruteurs de Daesh. »

Dans Sabrina – Le saut de l’ange, Bruno Le Cun propose une exploration intense des choix déchirants auxquels est confrontée une génération en quête de sens. Le roman mélange des éléments de passion amoureuse et de radicalisation, offrant ainsi une perspective captivante sur les nuances complexes de la condition humaine. Ce livre est un miroir des dilemmes modernes, où les jeunes sont souvent tiraillés entre des idéaux opposés et des réalités brutales.

  • Thèmes actuels : Le roman aborde des sujets cruciaux comme la radicalisation, les forces spéciales, et la quête de sens.
  • Récit immersif : Une histoire qui capte l’attention du lecteur dès les premières lignes.
  • Personnages profonds : Des protagonistes confrontés à des situations extrêmes, rendant le récit encore plus réaliste et poignant.

Ce qu’en disent les lecteurs

« Une histoire prenante et sans temps mort. Un livre qui se lit d’une traite et dont on a hâte de découvrir la suite. » (Pierre-Jean G.)

« Un roman qui sait aller à l’essentiel sans plonger dans une analyse intellectuelle, politique et sociale; les personnages font des choix de vie et deviennent malgré tout et chacun dans leur genre émouvants et attachants. » (Patrick B.)

 » Je viens de finir Sabrina.Je l’ai lu avec beaucoup de plaisir. C’est vraiment bien! « (Christiane P.)

Après « Yémen, du sang sur le sable », Sabrina est le second roman de l’auteur Bruno Le Cun.

les Editions du Net.

Titre : Sabrina, le saut de l’ange

Auteur : Bruno Le Cun

Nombre de pages : 142

Date de parution : Février 2023

Lien : Amazon Sabrina le saut de l’ange

Été 2024: Voyages (6)

Cette semaine je vous présente un extrait de Voyages, un recueil de poésies paru en 2020.

« La poésie, pour moi, c’est l’art du souvenir. Elle permet ce lent phénomène du retour sur soi, de la recherche des émotions au plus profond de notre âme. Les sensations, les images, les odeurs sont là, tapies au creux de notre être. 

Au poète de les chercher et de les transcrire directement comme elles lui viennent à l’esprit. À lui de trouver le parfait équilibre entre les mots et les sons afin de toucher son lecteur, et de l’amener au-delà du « plafond de verre ». 

Il doit s’imprégner totalement des plus petits événements de la vie au risque de s’y perdre et de ne plus savoir s’ils proviennent de son expérience ou du vécu de l’autre.

 Alors, il ne joue plus avec les phrases. Il n’est plus qu’un instrument par lequel La Poésie s’exprime à travers lui, primaire et intime. Il voyage au gré de ses sensations, par delà les contrées parfois lointaines, parfois voisines et petit à petit il traduit son ressenti. Les amours blessées, les femmes délaissées, les vieillards abandonnés. »

Voyages-Poésies.

Bruno Le Cun

40 pages – 13 €

Editions du net


Je suis comme une éponge 

Qui plonge dans les songes

De la ville qui rêve endormie

Jusqu’au bout de sa nuit

De ces hommes et ces femmes

J’aspire toutes leurs âmes

Je me nourris de leurs ennuis

Qui transpire de leur vie

Et prospère sur cette matière

Que je digère 

Je suis un faussaire

Qui sous mes faux airs

De poète et d’artiste

Quitte la piste

Celle du génie prometteur

Paralysé par la peur

D’être un jour découvert

Comme un vil imposteur

Je ne suis qu’une éponge 

Qui plonge dans les mensonges

De ceux qui savent, alors que je ne sais rien

De ceux qui créent, alors que je ne vaux rien

Et suce leur substantifique moelle

Comme un vaurien sur une balancelle

Un saurien qui s’allonge et plonge

Dans de noirs marécages qui me rongent

Comme une glu qui colle à ma peau

Comme, sous sa mère, tète l’agneau

Je me repais de cette trouble substance

Et compose des stances en souffrance.

Tu écris avec la lumière

Des illusions d’amour

Sur des vitres sans tain. 

Tu dessines de tes doigts

Des arabesques glacées

Sur des carreaux aveugles.

Au fil de tes pensées

Sur les vitres embuées 

Tu esquisses la vie qui change,

Et les nuages qui se mélangent.

Tu souffles à perdre haleine

Sur des miroirs abandonnés

Une fine buée de gouttelettes

Qui  révèle la détresse d’un  visage,

Les reflets de toutes les âmes

Que tu figes pour l’éternité 

Toi le faiseur d’images.


Murée dans un silence révélateur,

Jeanne prie le seigneur, pauvre pêcheur.

Seule à genoux, elle lève les yeux

Vers la toute-puissance de son Dieu.

De ces actes, ô combien impardonnables

Ce n’est pas Lui le seul coupable.

Mais la triste secte de ses serviteurs

Prêtres, abbés curés inquisiteurs. 

Ceux-là ont fait vœu de célibat,

Pour mieux cacher vos ébats.

Alors que vous agnelles sacrifiées

Vous ne fîtes que vœu de chasteté. 

Quelle abomination de pécher par amour,

Quand sur terre l’homme de Dieu, triste vautour

Te caresse pour ses besoins satisfaire

Et t’envoie ainsi rejoindre Lucifer. 

Alors Jeanne pleure le Seigneur,

Écartelée entre sa foi et son bonheur.

Seule à genoux, son pardon elle implore

Quand sa seule délivrance est la mort.

Été 2024: 7 extraits en exclusivité!

Cet été 2024 s’annonce riche en découvertes littéraires ! J’ai le plaisir de vous annoncer que chaque semaine, vous aurez l’opportunité de plonger dans l’univers de mes créations. À travers des extraits de romans, de recueils poétiques, et de nouvelles, je vous invite à embarquer pour un voyage au cœur de l’imagination.

Ce rendez-vous hebdomadaire sera l’occasion parfaite pour explorer ensemble des histoires inédites, des vers inspirants et des personnages attachants.

Je suis impatient de partager ces moments de lecture privilégiés avec vous tout au long de cette saison estivale. Restez connectés et laissez-vous emporter par la magie des mots. Cette semaine je vous propose un « extrait estival » de TRANSGRESSIONS, mon recueil de nouvelles paru en 2020.

Le livre

Les Editions du Net

Transgressions-Nouvelles Bruno Le Cun – 110 pages


À quarante ans, Clara pense qu’il est temps de rompre sa solitude. Elle se dit qu’elle doit se marier, pour elle, et surtout pour sa mère, qui souhaite tant jouer son rôle de mamie gâteau. Et pour ses amies qui ne cessent de jaser derrière son dos. Oui, oui, je sais ! se surprend-elle à crier toute seule dans son salon.

Assise sur le canapé, au milieu de son appartement parisien, Clara contemple les orchidées qui penchent leurs blancs pétales sur le côté de leur tige. Comme si elles soupiraient. Ce même soupir agacé qu’elle pousse chaque fois qu’elle est contrariée. Pourtant dans l’album souvenir qu’elle tient sur ces genoux, Paul lui sourit. Tout va bien. La photo le représente vêtu d’une combinaison de surf, accoudé à une planche de dernière génération, les pieds plantés dans le sable. Derrière lui, au bout de la plage, Les deux jumeaux, ces emblématiques rochers de calcaire rose typiques du littoral basque, pointent leurs frêles silhouettes. Clara se souvient. Paul n’arrêtait pas de se plaindre : « L’érosion de ces précédents mois a fragilisé la pierre principale… » Il se caressait le nez entre le pouce et l’index et poursuivait : « Ce qui pourrait créer un troisième îlot de roche ! » Combien de temps encore cet environnement si cher aux Hendayais subsistera-t-il ? Elle soupirait, le regardait droit dans les yeux et tentait en vain de le rassurer.

La concurrence s’est révélée trop forte. Les vagues, faciles à dompter et qui rendaient les surfeurs si heureux, ont eu raison de leur union. Clara l’a quitté quelques jours avant leurs fiançailles.

L’évocation de son aventure avec Paul la laisse rêveuse.

Clara referme l’album photos. Elle se lève, puis se dirige vers la cuisine. Elle fait couler l’eau du robinet dans un grand verre qu’elle boit d’un trait.

Le téléphone sonne.

Clara pose son gobelet sur le marbre de la kitchenette et décroche. Elle hoche la tête plusieurs fois, accomplit un geste de la main en signe d’impatience et finit par dire : « Oui, maman, je t’assure. Tout sera prêt comme prévu. » Elle change le combiné de côté, pousse un gros soupir, puis poursuit en tournant en rond autour de la table du salon : « Non, je… j’irai jusqu’au bout cette fois-ci. Si, si je te le jure ! » Elle éclate de rire et conclut, un large sourire aux lèvres : « Ce sera une cérémonie magnifique, tu verras maman. Bisous à demain. »Clara se dirige vers le dressing. Elle chante à tue-tête, « Clara veut la lune. »

C’est certain, elle veut la lune. Trois ruptures en dix ans l’ont lassée, et laissée célibataire.

Elle contemple, désinvolte, ses robes, chemisiers et pulls accrochés à des cintres. Elle les passe en revue et les trie l’un après l’autre d’un revers de la main. Tout en continuant à chantonner, elle choisit une combinaison en polyuréthane avec col, pantalon à deux poches, sans manche, et ample décolleté. Elle adore porter des vêtements moulants. Elle admet que le tissu (65 % coton, 30 % polyamide, 5 % élasthanne,) de couleur noire mettra en valeur sa plastique exceptionnelle. Et ses seins. Elle chausse des escarpins aux talons hauts assortis à ses cheveux, coupés courts, mèches aile de corbeau barrant un front volontaire.