De nationalité allemande, assistante réalisatrice pour des cinéastes renommés tels que Roman Polanski et Volker Schlöndorff, Mareike Engelhard intègre La Fémis pour écrire son premier long métrage, «Rabia», présenté en compétition au Festival du Film francophone d’Angoulême en août 2024.
Le troisième et dernier portrait de la série « Ces femmes en temps de guerre » est consacré à Colette, alors âgée de 67 ans, en 1940, lorsque le régime de Vichy s’installe en France.
Tout comme Marguerite Duras, Simone de Beauvoir reconnaît ne pas avoir eu une grande conscience politique, du moins au début de la guerre et précisément sous le régime de Vichy.
Comment ne pas être stupéfait par le bouleversement du monde d’aujourd’hui ? Comment ne pas se perdre face aux ambiguïtés de la période de Vichy (1940-1944) pendant la Seconde Guerre mondiale ? Comment écrire et vivre en ces périodes troublées ?
En cette fin d’année 2024, la scène intellectuelle française est enrichie par la diversité et l’engagement d’une nouvelle génération de penseuses et d’écrivaines. Portées par des perspectives féministes, sociales et humanistes, ces femmes redéfinissent les débats publics en abordant des enjeux complexes et contemporains, souvent ancrés dans le vécu et l’expérience individuelle au sein de la société.
En se promenant dans les rayons des grandes surfaces, des librairies, ou en surfant sur les réseaux sociaux (TikTok), il est impossible de ne pas remarquer les nombreux ouvrages de « new romance1 » qui s’étalent aux yeux du chaland. Titres aguicheurs : Borderline, Dark Romance, Trouble Maker, aux quatrièmes de couverture qui laissent une impression de déjà-vu : une étrange ressemblance avec les romans de la célèbre collection Harlequin. Mais là s’arrête la comparaison.
Si l’histoire d’amour demeure au cœur du récit, l’absence de tabous reste le premier élément de ce genre. Il est hors de question d’édulcorer les scènes de sexe comme le faisait la romance d’autrefois ! Finis les interdits de l’érotisme littéraire, [les lecteurs s’assument et propulsent le genre en tête de gondole des librairies]. La plupart des écrivaines (qui ont souvent recours à des pseudonymes anglicisés) plongent leurs lectrices dans des histoires où les actes sont sexualisés jusqu’à la limite de la toxicité2. Ici, le personnage masculin n’est pas seulement dominant grâce à son âge ou à son argent. Il représente aussi un danger, un interdit. C’est un homme violent qui n’hésite pas à séquestrer, torturer ou même violer sa compagne. Un comportement de prédateur qui n’atténue pas la passion, bien au contraire. Bref, la « new romance » offrirait des fantasmes patriarcaux à ses lectrices adolescentes, une vision unique, hétérosexuelle, hétéronormée du couple.
Mais la « new romance » serait aussi une poule aux œufs d’or pour l’industrie littéraire. Ainsi, « 50 nuances de Grey 3 » (le livre est d’abord connu par son auto-publication sur le site internet de l’auteur) s’est vendu à plus de 125 millions d’exemplaires dans le monde. Les réseaux sociaux, surtout TikTok, sont devenus des acteurs promotionnels décisifs, sur lesquels des influenceuses se livrent une véritable guerre en vantant chaque jour les mérites de dizaines d’ouvrages, engendrant des milliards de vues et de likes à travers la planète ! La new romance compose à elle seule plus de 7% de l’édition française. Bref, une mine d’or qui fait dire à certains psychologues que » le succés de la dark romance s’explique par la banalisation de la pornographie chez les jeunes4 » : « Cette littérature exploite un âge chaotique de la vie… c’est une vision dangereuse du rapport homme-femme qui se propage… »
Sources
Lire magazine
1 – La » new romance » aborde les thèmes du consentement, du désir féminin et de la sexualité.
2 – La « black romance » Une histoire d’amour dans une secte, une mafia ou un gang avec enlèvement, séquestration et violences – psychologiques, physiques ou sexuelles.
3 – Cinquante Nuances de Grey (titre original : Fifty Shades of Grey) est une romance érotique écrite par la romancière britannique E.L. James.
4 – Patricia Mozdan psychothérapeute et conseillère familiale
Rie Kudan lauréate du prix littéraire Akutagawa le 17 janvier 2024 à Tokyo.
ChatGpt et le Prix Akutagawa
Le prix litteraire Akutagawa récompense des nouvelles et des romans courts d’auteurs japonais, débutants, publiés dans des magazines et des journaux. Il est décerné deux fois par an, en janvier et en juillet. Les lauréats reçoivent une montre gousset et un million de yen. L’œuvre primée est successivement republiée dans le magazine Bungeishunjū, puis sous forme de livre, et enfin reprise dans la collection complète des œuvres ayant reçu le prix Akutagawa (Akutagawa-shō zenshū).
Prix littéraire le plus prestigieux et le plus médiatisé du Japon, il est connu pour augmenter les ventes de manière parfois extraordinaire. L’aveu d’une jeune romancière japonaise, Rie Kudan,1 (33 ans) quant à l’utilisation de l’intelligence artificielle pour écrire une partie de son livre a suscité un profond malaise parmi les écrivains et les critiques littéraires.
Pour certains, cette révélation représente une menace pour l’intégrité artistique et l’authenticité de l’œuvre littéraire. L’idée qu’une machine puisse contribuer à la création d’une œuvre d’art remet en question le rôle de l’humain dans le processus créatif et soulève des questions éthiques sur la propriété intellectuelle et l’attribution du mérite.
D’autres voient dans cette utilisation de l’IA une évolution naturelle de la création littéraire, une collaboration entre l’homme et la machine qui ouvre de nouvelles perspectives et stimule l’innovation artistique.
En fin de compte, l’aveu de cette romancière japonaise met en lumière les défis et les dilemmes auxquels les écrivains contemporains sont confrontés dans un paysage littéraire en constante évolution, où les frontières entre l’homme et la machine, entre l’art et la technologie, deviennent de plus en plus floues.
Et vous, qu’en pensez-vous?
1« Tokyo-to Dojo-to » : le titre peut se traduire par « La Tour de la compassion de Tokyo«
Je n’ai pas oublié la journée internationale du 25 novembre. Une journée consacrée à la lutte contre la violence faite aux femmes qui, encore aujourd’hui au XXIe siècle, nécessite que des milliers de personnes, courageuses, persévérantes, révoltées, continuent cette lutte qui aurait dû cesser dans ce monde prétendu civilisé.
On trouve sur le site du Ministère de la Culture une explication de l’origine de cette Journée internationale : « Le 25 novembre 1960, trois femmes dominicaines, les sœurs Mirabal, furent assassinées sur les ordres du chef de l’État dominicain. Le 19 octobre 1999, lors de la 54e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, les représentants de la République dominicaine et 74 États membres ont présenté un projet de résolution visant à faire du 25 novembre la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Les gouvernements, les organisations internationales et les organisations non gouvernementales étant invités ce jour-là à mener des opérations de sensibilisation de l’opinion à ce grave phénomène. »
Face à cette sordide réalité, je voudrais rendre hommage à ces voix féminines intrépides à la plume audacieuse qui transcendent l’oppression par l’art de la poésie. Des voix féminines fortes qui font de la poésie une forme de résistance!
Je voudrais vous présenter Salpy Baghdassian, une poète arménienne née à Alep, qui a fui la guerre en Syrie et réside à Toulouse, où elle continue à écrire en arabe et à traduire de l’arménien.
Au travers de son recueil intitulé « Quarante Cerfs-volants », qui sont « quarante petits tableaux empreints de simplicité et d’humour, portés par un vent de liberté », Salpy Baghdassarian évoque avec pudeur les violences qui ont traversé sa vie de femme.
Mes éclats de dents
sous l’oreiller
la fée les remplacera
par de l’amour
***
Les murailles que tu élèves
pour ma sécurité
servent à lâcher sur moi
tes loups
***
L’amour
est tombé de balançoire
s’est fracturé un bras
quand je t’ai vue la première fois
Après la première gifle
la balançoire s’est effondrée
sur l’amour
l’a écrasé
***
Quarante Cerfs-volants , publié en 2020 aux éditions Lisières et traduit de l’arabe par Souad Labbize.
Je viens de ((re) lire le dernier ouvrage de la poétesse Alicia Gallienne, publié aux éditions NRF.
« L’autre moitié du songe m’appartient » m’a littéralement bouleversé.
Alicia, décédée le 24 décembre 1990 à l’âge de vingt ans d’une maladie incurable, a laissé derrière elle une œuvre fulgurante de poésie, d’amour et de profondes introspections. « Dire que je t’aime et je t’attends, c’est encore beaucoup trop de pas assez, » écrit-elle à sa maman, page 56. Que penser d’une telle phrase ? On ressent là l’immense passion pour sa mère, mais également toute l’impuissance à l’aimer pleinement, tant la maladie la ronge et ne lui laisse pas le temps d’aller au bout de son amour. Il y a chez elle comme une urgence de vivre, une vitalité décuplée par un esprit d’une redoutable culture nourri par les plus grands poètes de notre temps : Rimbaud, Cocteau, Éluard, Rilke, mais aussi d’immenses écrivains comme Henry Miller, Marguerite Yourcenar, ou encore Cioran.
« Ses poèmes, bouleversants par leur sens du tragique et leur rude lumière, illuminent et foudroient. Ils lui servent de bouclier et en même temps la secondent dans ses recherches littéraires. «
« Cela ira
Je n’ai pas peur du noir
Et puis il n’y a pas de vautours
Dans les étoiles »
Après avoir obtenu une licence en lettres modernes, elle s’inscrira quelques mois avant sa mort en maîtrise à la Sorbonne. Cette jeune femme, cette étoile filante, « à la bouche en cœur aussi sensuelle que charmante« , dira d’elle Guillaume Gallienne, son cousin, nous prouve encore que ‘l’amour est plus fort que la mort’. »
(Préface de Sylvie Nauleau; postface de Guillaume Gallienne);
Réédition Lettre d’information N°21 du 7 décembre 2022 Bruno Le Cun.