
« L’ŒIL DU MARABOUT »
Billère 2024 – Jean-Denis Pendanx, illustrateur et dessinateur de BD renommé, est le président d’honneur du 15ème Festival de la BD à Billère (64140). Il y présente sa dernière bande dessinée, L’œil du marabout (Éditions Daniel Maghen, 2024). Dans cet ouvrage captivant, il raconte l’histoire de Nialony et de son frère Georges, qui traversent ensemble les épreuves d’un pays, le Soudan du Sud, en pleine guerre civile. Pour marquer la sortie de cette œuvre très attendue, le festival a tenu à l’inviter comme hôte principal. Sa présence a dynamisé l’événement, alternant entre séances de dédicaces et ateliers de dessin en direct. Litterasphère a eu l’opportunité de s’entretenir avec lui.
Question: Pouvez-vous parler de votre dernier ouvrage, « L’Œil du Marabout », en quelques mots pour les lecteurs et lectrices de Litterasphere?
Réponse: C’est une histoire, une fiction documentaire, un mélange de fiction et de réalité. On est parti d’une invitation par l’UNICEF, dans le camp de Bentiu qui se situe au nord du Soudan du Sud, pays en pleine guerre civile. En 2016, l’UNICEF m’a invité à faire des ateliers avec les personnes déplacées là-bas, enfants et adultes. Un atelier test qui ne s’est jamais fait auparavant, pour voir comment les gens réagiraient, afin de les sortir un peu de leur quotidien vraiment difficile et ennuyeux.
On s’est dit : pourquoi ne pas utiliser le dessin pour faire travailler, tout en s’amusant, ces personnes déplacées… Ça a été extraordinaire. Ils étaient super assidus aux ateliers, revenaient nombreux le lendemain, et on a vu beaucoup de personnes impliquées dans tous les projets. Voila. Séjour très court, mais je sais que cela va durer sans moi.
Question : Est-ce que vous avez un rite particulier ou une attitude particulière lorsque vous commencez à dessiner ?
Réponse: Alors non, je n’ai pas d’habitude particulière… pas vraiment. C’est surtout l’activité au travail, bosser, bosser! Pendant des années, quand j’étais à Bordeaux, et maintenant que je suis à la campagne, j’ai renoué avec des ateliers. Je sortais de la maison chaque matin, et on travaillait jusqu’à 19 heures. D’autres travaillaient chez eux aussi le soir. C’étaient des journées de 12 heures. Cela m’est arrivé, pendant des mois, de travailler 10 heures par jour et même le week-end. C’est beaucoup de travail, on ne s’en rend pas compte. Le seul rituel, c’est le café… Sinon, je n’ai pas de rituel particulier. Un bon café et au boulot!



Question : Quels conseils donneriez-vous à un enfant, un adulte, enfin à quelqu’un qui veut se lancer dans la BD ou qui est déjà intéressé par la BD ?
Réponse : Eh bien, de lire beaucoup ! Lire beaucoup de BD de styles différents, trouver sa voix… Redessiner les personnages qui inspirent (redessiner les dessins des autres) puis créer des personnages de mémoire, même si ce n’est pas parfait. Il faut faire et refaire, faire et refaire des croquis. Aller à l’extérieur pour dessiner avec les élèves et retranscrire ce qu’ils voient.
Il y a des écoles de BD, c’est rare, mais il existe des écoles d’art graphique, d’image, d’illustration, de dessin publicitaire. Il y a aussi des recherches de personnages pour jeux vidéo ou dessins animés. L’idéal, c’est d’être polyvalent dans ces métiers du dessin, car il n’y a pas que la BD. Par exemple, faire du dessin animé. Un ami m’a appelé pour remplacer quelqu’un dans le dessin animé pendant un an.
Il faut être curieux, lire des mangas mais aussi des BD franco-belges plus classiques. La bande dessinée s’est démocratisée techniquement. Voilà.
Propos recueillis par Litterasphère.
« En avril 2016, l’UNICEF m’invitait au Soudan du Sud pour des ateliers de dessins dans le camp de déplacés de Bentiu, au nord du pays. Je suis heureux d’avoir pu mettre des images sur ce souvenir fort […] Le conflit demeure, le camp aussi, mais un cessez-le-feu perdure depuis cinq ans. J’ai bon espoir qu’ils voient la fin de cette guerre fratricide et vivent un jour dans un pays en paix et définitivement sans miradors. »
Jean-Denis Pendanx

