« Chien 51 » de Laurent Gaudé : du roman noir à l’écran.

Laurent Gaudé, prix Goncourt 2004 pour Le Soleil des Scorta, a surpris ses lecteurs avec Chien 51 (Actes Sud, 2022), un roman d’anticipation sombre où Paris se découpe en zones inégalitaires sous l’œil des algorithmes. Une enquête qui interroge autant notre présent que notre avenir.

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Rabia, le film

De nationalité allemande, assistante réalisatrice pour des cinéastes renommés tels que Roman Polanski et Volker Schlöndorff, Mareike Engelhard intègre La Fémis pour écrire son premier long métrage, «Rabia», présenté en compétition au Festival du Film francophone d’Angoulême en août 2024.

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« Mother »

Le film « The Electric State » ( Netflix) met en lumière la chanson emblématique « Mother » du groupe de heavy metal américain Danzig. Fondé en 1987 par le charismatique Glenn Danzig, le groupe s’est rapidement imposé comme une voix unique dans le paysage musical, mêlant heavy metal, blues rock et doom metal, inspiré par les premières œuvres de Black Sabbath. Leur style distinctif et leurs paroles sombres ont captivé un large public, faisant de Danzig un incontournable de la scène rock.

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Emilia Pérez

Si vous recherchez une explosion d’émotions, un suspense haletant, une plongée au cœur de l’actualité brûlante, et si vous rêvez de scènes somptueuses, de décors éblouissants, de ballets époustouflants, de dialogues envoûtants, et, surtout, d’actrices extraordinaires, alors ne perdez pas un instant : courez voir Emilia Pérez, le dernier chef-d’œuvre de Jacques Audiard, couronné au festival de Cannes.

Avec un scénario puissant, aussi rocambolesque qu’original, profondément ancré dans les réalités sociales d’aujourd’hui, Emilia Pérez est bien plus qu’un simple film. C’est une véritable révélation. Ce long métrage nous plonge dans la vie de Rita, une avocate surqualifiée et surexploitée, qui se retrouve à défendre les intérêts d’un grand cabinet plus enclin à blanchir des criminels qu’à servir la justice.

Rita voit sa vie basculer lorsqu’une porte de sortie inespérée s’ouvre à elle : aider le chef de cartel Manitas à se retirer des affaires pour réaliser un plan qu’il peaufine en secret depuis des années : devenir enfin la femme qu’il a toujours rêvé d’être. Ce renversement de situation, aussi inattendu qu’émotionnel, est l’un des points forts du film, soulignant la puissance des rôles féminins dans un univers brutal et sans pitié.

Jacques Audiard au sommet de son art, offre des rôles de femmes, à couper le souffle (Zoe Saldaña, Karla Sofía Gascón, Selena Gomez, Adriana Paz, ont reçu un prix collégial au festival de Cannes) . Ce film marque un tournant dans la carrière du réalisateur, proposant une vision nouvelle et audacieuse du cinéma contemporain. Emilia Pérez n’est pas seulement un film, c’est une œuvre d’art qui redéfinit les codes du cinéma en mettant en avant des personnages féminins puissants et émouvants.

Civil War

Dans « Civil War »1, le dernier film d’Alex Garland, le réalisateur britannique explore la notion d’une guerre civile aux États-Unis, offrant une réflexion sur les tensions persistantes dans la société américaine. À travers cette œuvre, Garland met en lumière les fissures et les divisions profondes qui persistent dans le tissu social américain. Les anciennes blessures de la guerre de sécession ne se sont toujours pas refermées . Il suggère que ces tensions ont été exacerbées par l’absence d’ennemis extérieurs traditionnels, (tellement énormes et puissants qu’ils pouvaient détruire l’Amérique) ce qui a conduit à une polarisation accrue et à une lutte pour définir l’ennemi intérieur.

Pourtant, je crois qu’il est important de reconnaître que les tensions sociales et politiques aux États-Unis ne peuvent être attribuées uniquement à l’administration Trump ou à un seul événement. Les racines de ces divisions sont profondes et complexes, résultant de décennies voire de siècles de luttes pour le pouvoir, la justice et l’égalité. Les dynamiques de pouvoir, les inégalités économiques et sociales, ainsi que les questions identitaires, jouent tous un rôle significatif dans la polarisation de la société américaine.

En définitive, « Civil War »1 offre un miroir critique à la société américaine, mettant en lumière les tensions et les divisions qui menacent son unité. Ce film s’inscrit dans une longue tradition de la pop culture américaine qui a envisagé cette guerre civile depuis de nombreuses années. Des œuvres antérieures telles que « Le monde après nous »2 avec Julia Roberts ont également exploré ces thèmes, anticipant les conflits internes qui pourraient déchirer le pays. Garland soulève la question de l’ennemi intérieur, symbolisé par l’administration Trump et son discours de revanche (contre qui?). Alors que les ennemis extérieurs traditionnels, tels que le communisme pendant la guerre froide, l’état islamique et d’autres encore, ont été délaissés, l’ennemi est désormais perçu comme étant à l’intérieur du pays. Cette perception est renforcée par les observations d’Adam Nossiter3, un journaliste américain, qui souligne le niveau sans précédent de confrontation interne exacerbé par les réseaux sociaux et le déni de réalité des partis politiques, notamment le parti républicain avec Trump. Garland incite les spectateurs à réfléchir à l’identité de cet ennemi intérieur, à la fois individuel et collectif, et aux moyens de surmonter ces divisions pour une réconciliation nationale. Dans ce contexte, il semble que l’Amérique soit, dans une certaine mesure, née pour le chaos, ses contradictions et ses conflits internes reflétant une histoire marquée par des luttes incessantes pour le pouvoir et la liberté.

Pour ma part, cette exploration des tensions sociales et politiques n’est pas unique aux seuls États-Unis ; elle suscite également des réflexions sur la possibilité que des événements similaires se produisent dans d’autres pays, y compris en France. Les parallèles entre les deux pays soulèvent la question de savoir si la France pourrait également être confrontée à une guerre civile, une « guerre si vile« , si elle ne parvient pas à résoudre ses propres divisions internes et à trouver un terrain d’entente national.

Sources

  • 1 – Civil War film d’Alex Garland: « Une course effrénée à travers une Amérique fracturée qui, dans un futur proche, est plus que jamais sur le fil du rasoir. »
  • 2 – Le monde après nous, de Sam Esmail , avec Julia Roberts : »Une famille qui rêvait d’une pause dans une luxueuse maison de location plonge en plein chaos après une cyberattaque qui neutralise tout appareil – et l’irruption de deux inconnus.« 
  • 3 – Adam Nossiter, journaliste américain élevé dans sa jeunesse en France, qui dirige le bureau du New York Times à Paris, auteur de deux ouvrages sur la France et la mémoire de la shoah.

Les Fantômes d’Istanbul

Les fantômes d’Istanbul » est le nouveau film de la réalisatrice turque Azra Deniz Okyay, connue mondialement pour le magnifique film « Mustang ». C’est l’une des raisons pour lesquelles je me suis précipité à la première séance de ce long métrage, tant Mustang m’avait impressionné, ému et bouleversé. L’autre raison se trouve dans le résumé de l’histoire : « Istanbul, dans un futur proche. Alors que la ville est en proie à des troubles politiques et sous la menace d’un black-out, Didem, une jeune danseuse activiste, croise le destin d’une mère dont le fils est en prison, d’une artiste féministe et d’un trafiquant rusé au cœur d’un réseau d’arnaques immobilières. Leurs histoires s’entremêlent, offrant un portrait saisissant de la Turquie contemporaine. »

Tout un programme. Je me suis dit que j’allais découvrir une autre facette de la vie en Turquie, traitée de manière originale par le biais de Didem( Dilayda Günes), cette jeune femme artiste et féministe ; que j’allais retrouver cette énergie de la jeunesse – et surtout des jeunes filles – Turques – (qui m’avait tant touché dans Mustang) pour répondre par la danse et les rires à un régime policier oppressant.

Eh bien malheureusement, rien de tout cela n’est arrivé ! Pendant une heure et demie, je me suis retrouvé en compagnie de quatre personnages qui s’agitent au milieu des bas-fonds de la ville, filmés par une caméra nerveuse et convulsive. Tourné en très gros plan (on perd la complicité des personnages), j’ai subi une succession d’images, je dirais presque un collage, enregistrées bien souvent dans le noir, avec une bande-son apocalyptique. Trop de sujets importants (Drogue, attaque terroriste, démolitions d’immeubles, jeunesse révoltée contre l’homophobie, violences faites aux femmes) sont abordés trop brièvement. « L’œuvre possède une étrange légèreté qui n’ébranle pas le système, ni ne remet en cause ouvertement la politique. Alors que le cinéma iranien ose et s’oppose, ce film est bien trop gentil pour provoquer quoi que ce soit. » (Sylvain Jaufry – MovieRama) NB: GRAND PRIX semaine de la critique Mostra de Venise-sortie Aout 2023.

Et vous? L’avez-vous vu? L’avez-vous aimé?

« Blonde »

Blonde, le dernier film du metteur en scène australien A. Dominik, va défrayer la chronique et faire scandale dans les salles obscures et sur Netflix, où il est interdit aux -18 ans.

En effet, ce faux biopic sur Marylin Monroe, adaptation du best-seller de Joyce Carol Oates, le film « Blonde » est une relecture audacieuse de la vie de Marilyn Monroe, l’une des icônes hollywoodiennes les plus connues.

Malgré les critiques aussi bonnes que mauvaises, j’ai assisté à un spectacle surprenant, brillant et terriblement dérangeant.

Pendant 2 h 46 minutes, je suis traversé par une multitude d’émotions, du chagrin à l’exaltation, en passant par la colère.

Tout d’abord le chagrin, ressenti pour Normae Jean violentée à l’âge de huit ans et qui deviendra, malgré elle, la plus grande star du monde cinématographique.

Puis de l’exaltation pour une véritable œuvre d’art qui mêle, dans une sarabande à couper le souffle, illusions, fantasmes et cauchemars. 

La colère face à la maltraitance, aux violences et à l’incompréhension de son public et des hommes de sa vie. Incompréhension de ses fans qui interprètent « la prédation sexuelle à Hollywood comme une forme d’exploitation », alors qu’on peut y voir une réalisation étonnamment féministe, avant-gardiste, une dénonciation de l’abus sexuel sur les femmes, un #MeToo avant l’heure.

La réussite de ce film réside dans l’interprétation extraordinaire d’Ana de Armas, fabuleuse interprète de Marylin. Un jeu subtil tout en émotions. À la fois attachante, révoltée, soumise, terriblement sexy, moqueuse, gaie, dépressive. Un éventail somptueux de sentiments qui fait d’Ana de Armas une très grande actrice.

Mais attention, certaines scènes de ce movie peuvent être considérées comme choquantes par un public non averti !