Le train

Je décidais de prendre quelques jours de vacances et me rendre dans le charmant village de Clohars-Carnoët dans le Finistère.  

C’est ainsi que j’ai choisi de prendre le TGV n° 8560 : départ : 7 h 31; arrivée en Bretagne à 14 h 9 avec une correspondance à Bordeaux.

Donc un voyage qui s’avère confortable avec des horaires acceptables.

Mais cette belle organisation commence à dérailler dès mon arrivée à la gare. En effet, je suis surpris de ne pas voir sur l’écran d’information le numéro de mon train. Le n° 8560 n’existe pas! Je me rends donc au guichet et l’on m’explique qu’il s’agit, en fait, du n° 8561 (oui, ce n’est pas bien grave!), et qu’il a 20 mn de retard. Autrement dit, je ne pars plus sur le n° 8560 à 7 h 31, mais sur le n° 8561 à 7 h 51.

Bien, faisant contre mauvaise fortune, bon cœur, et m’apprêtant à attendre avec philosophie, j’en viens à me demander quelle conséquence ce contretemps pourrait avoir sur ma correspondance. On m’informe que, vraisemblablement, le délai sera comblé lors du trajet, mais sans véritable assurance, et surtout sans me donner d’explication.

Je prends mon mal en patience, et me dis qu’il ne sert à rien de s’en faire, tout finira par s’arranger. Mais, arrivé sur le quai, je vois, sur le tableau d’affichage, que le retard a encore augmenté : 30 min !

À bord du train, entre deux annonces inaudibles qui auraient pu être des indices cruciaux pour comprendre ma situation, j’apprends qu’il me faudra faire un détour par Paris avant de rejoindre Nantes. Tout ça pour arriver avec un retard de plus de 2 heures digne des montres molles de Dali.

Finalement, ce type de contretemps, qui semble être le quotidien de centaines de voyageurs, ne paraît guère déranger la SNCF. Elle intègre ce mode de service dégradé dans son fonctionnement sans se soucier de la qualité de ses prestations. C’est comme ça, point barre. Et d’ailleurs, on vous conseille d’utiliser l’imprimé G30, afin d’obtenir une remise de 25 % pour un retard supérieur à 30 minutes. Mais le document en question n’existe plus ! Il faut faire sa réclamation via internet.

Je ne suis pas loin de penser qu’il s’agit là, d’une des multiples facettes de la dégradation des fonctionnalités de l’État, une sorte de maltraitance du voyageur, du citoyen qui le pousse à une dangereuse défiance du pouvoir.

Mais restons calmes et buvons frais! Voyager avec la SNCF, c’est comme participer à un jeu de piste géant, où le seul prix à gagner est une anecdote à raconter à ses petits-enfants. Elle n’est pas belle la vie!

(Réédition d’une newsletter du Mercredi 20 Avril 2022)

Robots versus Humains

Ah, les robots ! Ces êtres mécaniques qui semblent si éloignés de nous, mais peut-être sont-ils plus proches qu’on ne le croit ? Peut-étre sommes nous déjà des robots?

Imaginez-vous : un jour, vous avez un petit coup de mou, vous vous sentez comme un automate qui aurait les circuits grillés. Vous marchez dans la rue, et tout à coup, vous croisez quelqu’un qui agit comme un véritable cyborg, complètement bionique, sans aucune expression sur son visage d’androïde. Vous vous dites : « Tiens, voilà un spécimen de la dernière génération de robots humanoïdes ! »

Mais attendez, ne sommes-nous pas tous un peu des robots ? Combien de fois avez-vous senti que votre batterie était à plat après une longue journée de travail ? Ou que vous tourniez en boucle dans vos pensées comme un vieux logiciel obsolète ? Nous nous comportons parfois comme des automates, répétant les mêmes actions jour après jour, comme si nous étions sur pilote automatique.

Combien de fois avons-nous eu besoin d’une mise à jour, que ce soit avec une prothèse auditive pour entendre nos collègues nous parler, ou une prothèse dentaire pour pouvoir mâcher notre nourriture sans difficulté ? Nous sommes tellement améliorés par ces technologies sophistiquées que nous pourrions presque rivaliser avec les cyborgs les plus avancés !

Et que dire des transplantations d’organes ? Remplacer un cœur fatigué par une machine ultra-sophistiquée qui pompe le sang avec une précision incroyable, ou remplacer des jambes endommagées par des prothèses qui nous permettent de courir aussi vite que des athlètes olympiques ? Nous devenons presque des êtres bioniques, des super-humains équipés pour affronter tous les défis.

Alors, peut-être que ces machines ne sont pas si différentes de nous finalement. Peut-être que nous sommes tous un peu des robots, avec nos circuits internes, nos mises à jour constantes et nos bugs occasionnels.

Qui sait, peut-être que les robots du futur seront ceux qui comprendront vraiment ce que signifie être humain!

La Nouvelle Littéraire (2)

Dans mon dernier article « L’origine de la nouvelle » (10 janvier 2024), je m’interrogeais sur les causes du mépris apparent envers la nouvelle.

Si des romanciers français comme Anna Gavalda1, Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, avec un recueil de douze histoires, « toutes très différentes, touchantes, désopilantes ou cruelles à la fois; rédigées d’une écriture fluide et légère » ; ou d’autres comme Olivier Adam2, Passer l’hiver, qui signa son premier recueil de nouvelles en 2004 avec « neuf textes, qui disent ce qu’est la nuit, aussi bien dans les cœurs que dans les corps et dans les âmes, chaque texte ayant une unité de temps: un soir, une nuit entière, l’heure à laquelle tout bascule » ; si ces auteurs ont su capturer l’attention du public, il n’en demeure pas moins qu’ils sont une exception, et leurs succès commerciaux rares.

Si la nouvelle est ainsi peu publiée, j’y vois deux raisons majeures, me semble-t-il : la nouvelle est un genre difficile à éditer et un genre difficile à lire.

Elle exige de l’éditeur un travail en profondeur et l’oblige à se poser des questions du genre : quels auteurs choisir ? Quels textes produire? En effet, la conception de la nouvelle en France s’est arrêtée à celle de Maupassant. Une nouvelle dite à chute, dont la composition suit un modèle classique. L’éditeur doit donc rechercher des auteurs modernes, au sens du style, qui révolutionnent le classicisme de la nouvelle. Et ils doivent chercher des textes qui s’accordent et qui puissent former un ensemble cohérent, qui a du sens. Mais n’est-ce pas là, la mission spécifique de l’éditeur? (à suivre)

1« Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part » d’Anna Gavalda publié en 1999 par Le Dilettante- Puis par les éditions J’ai lu.

2 » Passer l’hiver » d’Olivier Adam publié en Janvier 2004 aux Editions de l’Olivier-(bourse Goncourt de la nouvelle)

La Nouvelle littéraire (1)

L’origine de la nouvelle littéraire remonte à des formes narratives courtes dans la littérature ancienne, mais elle s’est distinguée comme un genre à part entière au 19e siècle1. En France, des écrivains tels que Maupassant ont contribué à sa popularité, tandis que Chekhov a introduit des nuances réalistes en Russie. Au cours du 20e siècle, la nouvelle a évolué avec les mouvements littéraires, explorant de nouvelles formes et s’ajustant aux changements sociaux. Aujourd’hui, elle continue de se moderniser grâce aux technologies numériques et aux tendances littéraires contemporaines, demeurant un terrain propice à l’innovation narrative.

Personnellement, j’affectionne la nouvelle littéraire, trouvant autant de plaisir à la lire qu’à en écrire. Cependant, bien que des auteurs renommés comme Jean-Paul Sartre ( « Le Mur » publié en 1939), Albert Camus et Marguerite Yourcenar se consacrent encore à ce format, la nouvelle est souvent reléguée au second plan en France. Souvent taxé d’amateurisme et affublé d’une image dépassée d’écrivain de moindre envergure, le nouvelliste jouit de moins de considération comparé à ses homologues étrangers, en particulier dans les pays anglo-saxons, où les auteurs sont célèbres à l’échelle mondiale.

Cette marginalisation de la nouvelle littéraire dans le paysage éditorial français soulève des questions sur les raisons de son manque de visibilité malgré une production abondante. Quelles sont les causes de ce mépris apparent envers un genre pourtant riche et diversifié? (à suivre)

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(1)Il faut attendre 1558 pour que la nouvelle acquière une certaine légitimité avec L’Heptaméron de Marguerite de Navarre, sœur du roi François Ier, recueil de nouvelles inspiré de Boccace également. Puis, les Nouvelles exemplaires écrites entre 1590 et 1612 de Miguel de Cervantes, alors auréolé du succès de Don Quichotte, contribuent à populariser le genre.

Cherchez l’inspiration!

Pendant la période des fêtes , je me suis octroyé quelques instant de repos. J’ai déposé ma plume au fond de l’encrier.

Mon inspiration, cette force intangible, source même de toute création, celle qui préside à l’acte d’écriture ( ou de peinture ou de musique) allait-t-elle, aussi, s’accorder une pose?

Allais-je perdre cette bouffée d’air frais qui emplit les voiles de la créativité? Ces moments magiques ou l’inspiration s’invite à l’improviste, n’importe où, n’importe quand, m’obligeant à consigner fiévreusement une idée, une expression ou un début de chapitre sur mon iPhone ou mon Rocketbook? Etais-je l’otage de cette connexion intime entre mon âme d’artiste et l’univers? 

Je le croyais. Je vivais ma condition d’auteur l’angoisse chevillée au corps, craignant à tout instant de perdre ma muse et que désormais ma plume s’assèche.

Alors, j’ai décidé de prendre le problème à l’envers: l’inspiration peut servir de catalyseur, mais elle doit être accueillie avec une préparation constante et un engagement envers le métier artistique. La discipline, la pratique et la routine offrent un sol fertile où l’inspiration peut prendre racine de manière plus consistante.  La discipline implique la persévérance, la maîtrise technique et la volonté de surmonter les obstacles créatifs.

Voici donc ma nouvelle résolution pour 2024 : je vais écrire tous les jours. Oui, tous les jours. Même les jours où je ne sais pas quoi écrire. Surtout ces jours-là!

Alors, cher.e  lecteur.ice , si l’envie vous prend de suivre cette épopée littéraire rendez-vous sur mon site. Je ne promets pas la lune, mais au moins quelques étoiles filantes d’humour, et peut-être même une résolution qui tiendra plus longtemps qu’une boîte de chocolats après les fêtes. On se retrouve là-bas, avec la plume à la main et le rire à portée de clic! 

Nos raisons d’espérer

La manifestation littéraire « Les idées mènent le monde » avait pour thème : nos raisons d’espérer. La plupart des invités possédaient déjà une longue expérience professionnelle et personnelle. Il leur était donc possible de développer leurs motifs d’espérer. Ainsi, Philippe Labro (87 ans, journaliste) évoquait « quand l’espoir passait par l’Amérique », Rachel Khan (47 ans, actrice et auteure) disait que « Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir », ou bien Monique Atlan et Roger-Pol Droit (58 et 74 ans) promettaient de « reprendre l’espoir au sérieux ».

Mais comment partager cet espoir avec un public plus jeune, pour qui ce monde chaotique, déstructuré, voire au bord de la folie, n’est que source d’inquiétude et d’angoisse ? 

« L’espérance est un risque à courir, c’est même le risque des risques. » Cette affirmation audacieuse de G. BERNANOS révèle la nature paradoxale de l’espérance, une émotion qui, tout en promettant un avenir radieux, expose l’individu au risque inévitable de la déception.

Il est simple de comprendre que l’espérance, en tant que force motrice de l’existence humaine, offre un élan vers l’avenir. Elle nourrit l’âme, insufflant une énergie vitale qui stimule la résilience et l’optimisme. Les technologies avancées contemporaines, telles que la recherche en intelligence artificielle et les progrès dans la médecine, sont le fruit de l’espérance en un avenir meilleur. Les scientifiques et les ingénieurs prennent des risques calculés dans la quête de l’innovation. De même que les mouvements en faveur de la protection de l’environnement témoignent de l’espérance collective en un avenir durable. Des initiatives mondiales visent à atténuer les effets du changement climatique, démontrant comment l’espérance peut mobiliser des individus pour lutter contre des problèmes complexes.

Que dire de l’exploration spatiale, des mouvements sociaux pour l’égalité et la justice, exemples palpables de l’espérance en action. Martin Luther King a incarné cette force, appelant à un avenir où la discrimination serait éradiquée. 

Cependant, l’espérance peut être un terrain glissant, un risque que l’on prend avec le futur incertain.

Les attentes démesurées peuvent conduire à la déception, créant des fractures émotionnelles et remettant en question la valeur même de l’espérance. N’est-ce pas le cas en politique quand les attentes déçues des citoyens, engendrent un désenchantement profond au sein de la société, pour ne pas dire un désir de révolution, de guerre ? Des mouvements tels que le Printemps Arabe ont suscité des espoirs considérables pour un changement démocratique, mais ont également mis en lumière les difficultés inhérentes à la transition vers des systèmes politiques stables et équitables. Il en va de même avec les conférences internationales sur le climat dont les échecs à produire des accords contraignants ont illustré (et illustrent aujourd’hui même!) les défis complexes et les limites de l’espérance environnementale. Les exemples sont légions!

En fin de compte, c’est peut-être dans la conjugaison de l’espoir et de la prudence que réside l’équilibre. Un équilibre délicat : l’espérance peut être à la fois une source de résilience et une sagesse qui éclaire le chemin à venir.

Le fait de vivre tout simplement n’est-il pas la raison principale d’espérer un avenir meilleur? »

Les méfaits de l’écriture

Je n’étais pas, à cette époque, en panne d’inspiration!

Aujourd’hui, face à mon écran d’ordinateur, assis devant la fameuse « page blanche » quand rien ne va, je peux vous dire que l’écriture me fait souffrir. 

Alors l’écriture serait-elle aussi source d’inconvénients, voir de méfaits?

Sur le plan physique :

L’utilisation intensive de l’écriture, en particulier sur des dispositifs numériques, peut entraîner divers problèmes physiques tels que la fatigue oculaire, les maux de tête, les troubles musculo-squelettiques et les tensions articulaires. Une posture inappropriée pendant la rédaction peut contribuer à des douleurs chroniques.

Sur le plan psychologique :

On peut ressentir du stress, de la frustration, voire un blocage créatif, en particulier lorsqu’on a du mal à exprimer ses idées. Les critiques et les conflits liés aux contenus écrits peuvent également provoquer des malentendus, des tensions et des conflits psychologiques. Et que dire du terrible stress de devoir rendre « son papier » en date et heure voulues!

Sur le plan intellectuel :

L’écriture peut affecter l’intellect de plusieurs manières. Les normes linguistiques strictes imposées par l’écriture peuvent parfois restreindre la créativité et l’originalité. En outre, la dépendance excessive à l’écrit peut contribuer à la perte de la mémoire orale et de la tradition, car les individus peuvent être moins enclins à mémoriser ou à transmettre des connaissances de manière orale.

Sur le plan relationnel :

Les écrits peuvent être source de conflits relationnels. Les opinions divergentes exprimées par écrit peuvent entraîner des malentendus et des tensions entre les individus. Les échanges en ligne, souvent basés sur des écrits, peuvent créer des divisions au sein de la société, fragmentant les communautés et générant des clivages sociaux.

Sur le plan de la mémoire :

L’écriture peut influencer la mémoire en remplaçant la transmission orale des connaissances. Les peuples sans écriture peuvent être marginalisés, et la dépendance excessive à l’écrit peut diminuer la capacité individuelle à mémoriser et à transmettre des informations sans support écrit.

Sur le plan du plagiat (censure) :

L’écriture peut être sujette au plagiat, à la censure et à la manipulation. Des textes peuvent être copiés sans attribution, entraînant des problèmes d’intégrité intellectuelle. La censure peut également limiter la liberté d’expression et restreindre la diversité des idées exprimées à travers l’écrit.

Sur le plan de la langue :

L’écriture peut influencer la langue en imposant des normes rigides et des règles grammaticales strictes, ce qui peut parfois entraîner une dégradation de la créativité linguistique. Les écrivains peuvent être contraints de se conformer à des styles standardisés, limitant ainsi la richesse et la diversité linguistiques.

Bien que ces méfaits puissent sembler inquiétants, il est essentiel de noter que la responsabilité ne réside pas implicitement dans l’écriture elle-même, mais plutôt dans la manière dont elle est utilisée. La conscience de ces méfaits peut servir de rappel constant de la nécessité d’une utilisation éthique et responsable du pouvoir des mots.

Qu’en pensez-vous?

Journée du 25 novembre

Je n’ai pas oublié la journée internationale du 25 novembre. Une journée consacrée à la lutte contre la violence faite aux femmes qui, encore aujourd’hui au XXIe siècle, nécessite que des milliers de personnes, courageuses, persévérantes, révoltées, continuent cette lutte qui aurait dû cesser dans ce monde prétendu civilisé.

On trouve sur le site du Ministère de la Culture une explication de l’origine de cette Journée internationale : « Le 25 novembre 1960, trois femmes dominicaines, les sœurs Mirabal, furent assassinées sur les ordres du chef de l’État dominicain. Le 19 octobre 1999, lors de la 54e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, les représentants de la République dominicaine et 74 États membres ont présenté un projet de résolution visant à faire du 25 novembre la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Les gouvernements, les organisations internationales et les organisations non gouvernementales étant invités ce jour-là à mener des opérations de sensibilisation de l’opinion à ce grave phénomène. »

Face à cette sordide réalité, je voudrais rendre hommage à ces voix féminines intrépides à la plume audacieuse qui transcendent l’oppression par l’art de la poésie. Des voix féminines fortes qui font de la poésie une forme de résistance!

Je voudrais vous présenter Salpy Baghdassian, une poète arménienne née à Alep, qui a fui la guerre en Syrie et réside à Toulouse, où elle continue à écrire en arabe et à traduire de l’arménien.

 Au travers de son recueil intitulé « Quarante Cerfs-volants », qui sont « quarante petits tableaux empreints de simplicité et d’humour, portés par un vent de liberté », Salpy Baghdassarian évoque avec pudeur les violences qui ont traversé sa vie de femme.

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Quarante Cerfs-volants , publié en 2020 aux éditions Lisières et traduit de l’arabe par Souad Labbize.

Louise Glück

L’autrice américaine Louise Glück est décédée le vendredi 13 octobre 2023 à l’âge de 80 ans, à Cambridge, dans le Massachusetts, des suites d’un cancer. Cette poétesse, qui avait reçu en 2020 le Prix Nobel de Littérature pour l’ensemble de son œuvre, peu connue et jamais traduite en France, a publié seize recueils entre 1968 et 2014 et obtenu le prix Pulitzer de poésie en 1993.

Pierre Assouline, écrivain français et membre de l’académie Goncourt, déplore sur Franceinfo l’absence d’un « vrai statut » pour la poésie en France. « Il y a de vrais poètes qui ont été glorifiés et consacrés par le Prix Nobel parce qu’en Suède et en Scandinavie, la poésie a un vrai statut », affirme Pierre Assouline. « C’est le cas aussi en Italie, où les poètes sont invités dans des grandes salles de 1 000 personnes pour lire leur poésie, c’est impensable en France », regrette le membre de l’académie Goncourt. « Malheureusement, dans l’exception culturelle française, il y a aussi cela ».

Je me suis livré à une petite étude sur la place de la femme, poétesse, française dans la littérature de notre pays. Je suis allé consulter la multitude de prix consacrés à cette activité et notamment les plus prestigieux comme le prix Goncourt et le prix Nobel.

Les résultats sont édifiants!

Pour ce qui concerne le prix Goncourt de la poésie (créé en 1985 et décerné chaque année par l’académie en marge du prix Goncourt), sur 34 lauréats seules 4 femmes ont été primées, soit un peu plus de 11 % ! (et deux Françaises, Andrée Chédid et Vénus Koury, (née au Liban); même disparité pour le Goncourt, qui a vu le jour en 1903 : à peine 10 % de femmes primées. Treize lauréates couronnées, dont les deux dernières furent Leïla Slimani (2006) et Brigitte Giraud (2022), sachant que de grandes écrivaines telles que Marguerite Yourcenar, Nathalie Sarraute, Hélène Bessette, Françoise Sagan ou Annie Ernaux n’ont jamais eu le Goncourt ! Et que dire de tous les autres événements ! À part le prix des lectrices d’Elle (52 % de femmes) et le Fémina (37 %), sur la dizaine de prix octroyés tous les ans, le pourcentage de femmes récompensées se situe en dessous des 32 % ! Le prix Nobel de littérature ne donne pas de meilleurs résultats ! Dix-sept femmes sur 119 lauréats (14 %), dont Louise Gluck et, quand même, notre Nobel nationale Annie Ernaut en 2022 ! D’aucuns diront que le millésime 2022 fait la part belle aux auteures françaises puisqu’elles se sont vu décerner le Goncourt (Brigitte Giraud) et le Nobel (Annie Ernaut).

Mais si depuis 2000, le nombre de femmes primées a bondi, des biais de genre persistent, et pour ma part, je constate qu’en littérature comme dans de nombreux domaines, la parité n’est pas encore pour aujourd’hui !

Sources: France Info; ActualiTTé

Écrivains en danger

Roberto Saviano, l’auteur de  Gomorra-Dans l’empire de la Camorra , traduit de l’italien par Vincent Raynaud, décrit un système de mafia renouvelé, composé d’hommes d’affaires habillés de costumes et qui investissent partout où il est possible de gagner de l’argent. Saviano a su attirer l’attention des lecteurs et lectrices du monde entier, mais aussi des gouvernements sur un phénomène qui, pourtant, n’avait rien de nouveau. « L’argent vient du crime, du trafic de drogues. Et ils [les mafieux] n’ont aucune limite : ils tuent, ils enfreignent la loi, tout en se salissant les mains le moins souvent possible. »

Depuis la sortie de son livre l’écrivain  est pourchassé par un ennemi insaisissable : la Mafia.

La traduction, tout comme l’écriture, est un métier particulier car elle se situe entre la transmission et la création, nécessitant « beaucoup de temps », comme nous l’explique Vincent Raynaud. Il nous dit également : « Par moment, il disparaît », faisant référence à l’auteur, et précise : « Il devient injoignable. » Malgré une relation privilégiée entre l’auteur et le traducteur, l’éditeur avoue ne pas savoir où vit Saviano.

Salman Rushdie a toujours écrit en tant qu’homme libre. Il est très rapidement devenu un auteur majeur, notamment célébré par le Booker Prize pour Les enfants de minuit (Éditions Stock, 1983, trad. Jean Guiloineau). Ce n’est qu’à la publication de ses Versets sataniques en 1988 (Bourgois, trad. A. Nasier) qu’il voit sa vie mise en danger. 

La tentative de meurtre de Salman Rushdie a horrifié le monde entier : alors qu’il allait s’exprimer en public, sur scène, le 12 août 2022, l’écrivain a été violemment agressé, poignardé à plusieurs reprises, notamment au cou, aux mains et à l’abdomen. L’auteur rescapé fait l’objet d’une fatwa, depuis 1989, pour son roman Les Versets sataniques.

Outre leur statut d’écrivains menacés en raison de leur expression en tant qu’hommes libres, ces deux auteurs partagent une attitude commune, rapporte le traducteur Vincent Raynaud (Prix Maurice-Betz 2022, pour l’ensemble de son travail de traduction). Ce sont deux figures qui se reflètent l’une dans l’autre. « Ils ne sont pas seulement des symboles : ils vivent dans une prison personnelle pour ce qu’ils ont fait, ce qui me semble profondément injuste. »

Rushdie et Saviano, entravés physiquement, se réfugient tous deux dans l’écriture. Décrits comme des « bêtes de travail » par Vincent Raynaud, ces deux auteurs ont chacun une actualité littéraire pour l’année 2023. Le traducteur nous annonce notamment le roman de Saviano à venir, intitulé Crie-le, qui rassemble des portraits de lanceurs d’alerte (Actes Sud).

Pour conclure, Vincent Raynaud offre de l’espoir : « Dans les deux cas, ils sont vivants, ils continuent à écrire, et c’est déjà beaucoup. »