“Binge-Reading : quand la lecture frénétique révolutionne nos habitudes littéraires”

Aujourd’hui, le « binge-reading », qui consiste à lire frénétiquement des séries littéraires ou des livres en très peu de temps, s’impose comme une nouvelle manière d’interagir avec la littérature. Ce phénomène, inspiré du binge-watching de séries télévisées, change profondément notre rapport à la lecture, à la fois en termes de plaisir et de pratique.

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La litterature ,ça paye!

La litterature ça paye!

La littérature, ça paye ! C’est le titre quelque peu choquant du dernier livre1 d’Antoine Compagnon. Peut-être même un peu vulgaire, et certainement destiné à provoquer le lecteur.

La rentabilité de la littérature

Selon Antoine Compagnon2, la littérature est rentable, surtout du point de vue du lecteur. Pour l’auteur, c’est moins sûr, car c’est un investissement à très long terme dont on perçoit souvent les bénéfices bien après sa mort. Pensez à Baudelaire, qui a vécu dans la pauvreté, alors que tout le monde connaît aujourd’hui son œuvre. Son succès posthume montre bien l’aspect à long terme de la création littéraire.

Les bénéfices de la littérature pour le lecteur

Mais revenons au lecteur : c’est de son vivant que la littérature rapporte. En effet, la lecture, surtout celle de la fiction, élargit notre expérience du monde et notre compréhension des autres. Elle augmente nos capacités cognitives et affectives, et nous permet de prendre du recul par rapport à notre propre vie.

De plus, la lecture nous éloigne du nez dans le guidon, nous fait prendre de la hauteur et, surtout, elle retarde l’apparition de la maladie d’Alzheimer. La lecture régulière agit comme un exercice pour le cerveau, stimulant les connexions neuronales et contribuant à préserver la mémoire.

La fragilité de la lecture au XXIe siècle

Cependant, la lecture est fragile en ce premier quart du XXIe siècle. Pourquoi ? Parce que c’est une activité lente, dans un monde où tout va plus vite, où il faut constamment gagner du temps.

Lire plus vite, c’est lire mal. La lecture suppose attention et lenteur. Le lecteur ignore les gains de productivité. La lecture rapide est une illusion : elle ne permet pas de bénéficier pleinement des apports cognitifs et émotionnels qu’offre une lecture approfondie.

 

1- « La litterature ,ça paye!« – Antoine Compagnon – 160 pages – EQUATEURS

2-Antoine Compagnon, né le 20 juillet 1950 à Bruxelles, est un écrivain, critique littéraire et académicien français.

Nostalgie

The Field of Derout-Lollichon (1886) by Paul Gauguin. Original from the Los Angeles County Museum of Art. Digitally enhanced by rawpixel.

Il y a des jours où le spleen vous rend nostalgique, des moments où le besoin de retrouver des endroits bienveillants se fait sentir. Des lieux qui nous ont accueillis avec chaleur lorsque nous n’étions que des enfants. Un petit bout de terre qui nous replonge dans l’atmosphère douce de notre jeunesse.

Pour moi, ce coin magique se trouve en Bretagne, plus précisément dans le village de Clohars-Carnöet (Kloar).

J’aime ce petit village au nom singulier, niché au fond du Finistère, au bout du monde, entre ciel et mer.

J’aime les gens d’ici, enracinés depuis des générations dans cette crique de tranquillité, à mi-chemin entre paysannerie et pêche. Ils accueillent simplement les étrangers de passage et les artistes d’autrefois.

J’aime les senteurs iodées venant de l’océan, le va-et-vient langoureux de l’écume sur le sable mouillé, et le cri des mouettes dans le vent azuré. Le sentier des contrebandiers, qui serpente le long des falaises abruptes, cache dans ses failles de pierre des recoins secrets où la mer, avide d’algues et de goémon, s’engouffre avec force.

Et puis, Gauguin, venu ici à Clohars-Carnöet, s’imprégner des couleurs et des parfums de ce pays, exprimer ce qu’il ressent plutôt que ce qu’il voit.

Que dire de ces moments inoubliables, au crépuscule, quand tout s’arrête et qu’on partage une douzaine d’huîtres plates, fraîchement pêchées dans le Belon, ce petit fleuve qui court le long de la côte ?

Passion, intrigues et sexe

En se promenant dans les rayons des grandes surfaces, des librairies, ou en surfant sur les réseaux sociaux (TikTok), il est impossible de ne pas remarquer les nombreux ouvrages de « new romance1 » qui s’étalent aux yeux du chaland. Titres aguicheurs : Borderline, Dark Romance, Trouble Maker, aux quatrièmes de couverture qui laissent une impression de déjà-vu : une étrange ressemblance avec les romans de la célèbre collection Harlequin. Mais là s’arrête la comparaison.

Si l’histoire d’amour demeure au cœur du récit, l’absence de tabous reste le premier élément de ce genre. Il est hors de question d’édulcorer les scènes de sexe comme le faisait la romance d’autrefois ! Finis les interdits de l’érotisme littéraire, [les lecteurs s’assument et propulsent le genre en tête de gondole des librairies]. La plupart des écrivaines (qui ont souvent recours à des pseudonymes anglicisés) plongent leurs lectrices dans des histoires où les actes sont sexualisés jusqu’à la limite de la toxicité2. Ici, le personnage masculin n’est pas seulement dominant grâce à son âge ou à son argent. Il représente aussi un danger, un interdit. C’est un homme violent qui n’hésite pas à séquestrer, torturer ou même violer sa compagne. Un comportement de prédateur qui n’atténue pas la passion, bien au contraire. Bref, la « new romance » offrirait des fantasmes patriarcaux à ses lectrices adolescentes, une vision unique, hétérosexuelle, hétéronormée du couple.

Mais la « new romance » serait aussi une poule aux œufs d’or pour l’industrie littéraire. Ainsi, « 50 nuances de Grey 3 » (le livre est d’abord connu par son auto-publication sur le site internet de l’auteur) s’est vendu à plus de 125 millions d’exemplaires dans le monde. Les réseaux sociaux, surtout TikTok, sont devenus des acteurs promotionnels décisifs, sur lesquels des influenceuses se livrent une véritable guerre en vantant chaque jour les mérites de dizaines d’ouvrages, engendrant des milliards de vues et de likes à travers la planète ! La new romance compose à elle seule plus de 7% de l’édition française. Bref, une mine d’or qui fait dire à certains psychologues que  » le succés de la dark romance s’explique par la banalisation de la pornographie chez les jeunes4 » : « Cette littérature exploite un âge chaotique de la vie… c’est une vision dangereuse du rapport homme-femme qui se propage… »

Sources

  • Lire magazine
  • 1 – La  » new romance » aborde les thèmes du consentement, du désir féminin et de la sexualité.
  • 2 – La « black romance »  Une histoire d’amour dans une secte, une mafia ou un gang avec enlèvement, séquestration et violences – psychologiques, physiques ou sexuelles.
  • 3 – Cinquante Nuances de Grey (titre original : Fifty Shades of Grey) est une romance érotique écrite par la romancière britannique E.L. James.
  • 4 – Patricia Mozdan psychothérapeute et conseillère familiale

Censure culturelle aux USA

Dans son remarquable ouvrage « In Vinyle Veritas« , Patrick Betaille souligne dans son avertissement au lecteur que : « Musique et langages picturaux ont toujours fait l’objet d’une attention particulière de la part des pouvoirs […] À plus forte raison quand mélodies et images s’unissent pour traduire le ressenti des peuples. »

Une façon élégante d’évoquer le phénomène de censure musicale outre-atlantique de certaines pochettes de disques – illustrée par la célèbre phrase de Platon si tu veux contrôler le peuple, commence par contrôler sa musique (La république) 1 – qui a régulièrement pointé le bout de son nez depuis les années cinquante ou « …la musique populaire devient source d’une nouvelle forme d’expression culturelle. »

Bien que l’attention des pouvoirs publics ait pratiquement cessé depuis l’avènement des disques compacts, elle persiste et semble même s’intensifier en ce qui concerne les livres et la littérature aux États-Unis.

D’après l’American Library Association 2 (ALA), la censure, présente depuis plusieurs décennies déjà avec des cas documentés dès les années 1950, a connu une recrudescence significative de +17 % entre 2016 et 2020. Les évolutions politiques, au niveau national ainsi que l’arrivée de nouvelles administrations locales, ont contribué à renforcer les initiatives de pression dans ces États. Plusieurs d’entre eux – notamment le Texas, la Floride et l’Idaho – ont mis en place des politiques d’interdiction de livres dans les écoles et les bibliothèques. Des groupes religieux ou communautaires peuvent également exercer des pressions sur ces établissements pour retirer des livres qu’ils jugent offensants ou inappropriés. L’ALA a recensé 1 247 demandes de censure de livres, de matériels et de ressources de bibliothèque en 2022. Parmi les œuvres visées, aux contenus dits sensibles pour les jeunes lecteurs (descriptions de violence, de sexualité, de discrimination raciale, ou des idées politiques controversées), 47 % mettaient en avant les voix et les expériences des personnes LGBTQIA+3 et BIPOC (Noirs, Autochtones et personnes de couleur).

Selon PEN America4 , « Les deux dernières années (2021/2023) ont été marquées par une attaque indéniable et sans précédent contre la liberté d’expression dans l’enseignement public.  Ainsi 2 598 auteurs et illustrateurs ont été censurés, 5 984 livres interdits et la liste ne cesse de s’allonger 5.

En résumé, bien que la censure des livres aux États-Unis soit un phénomène ancien, elle continue de susciter des préoccupations croissantes, avec un nombre accru de plaintes signalées ces dernières années, notamment dans les bibliothèques.

Sources

  • 1 – Extrait de « In Vinyle Veritas« – Patrick Betaille.
  • 2 – L’American Library Association (ALA) est un  organisme professionnel à but non lucratif basé à Chicago aux États-Unis, qui encourage au niveau international la mise en place et l’amélioration des bibliothèques ainsi que l’éducation via les bibliothèques.
  • 3 – LGBTQIA+ signifie :Lesbienne,Gay,Bisexuelle, Transexelle, Queers, Intersexuélle, Asexuelles, et le + inclut les nombreux autres termes désignant les genres et les sexualités.
  • 4 – PEN America se situe à l’intersection de la littérature et des droits de l’homme pour protéger la liberté d’expression aux États-Unis et dans le monde.
  • 5 – Liste des 10 livres les plus censurés aux États-Unis:
    • « To Kill a Mockingbird » par Harper Lee  (Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur)- Ce classique de la littérature américaine a été censuré dans plusieurs écoles pour son traitement des questions de race et de racisme.
    • « The Bluest Eye » par Toni Morrison (L’oeil le plus bleu) – Ce roman a été fréquemment contesté en raison de son exploration des thèmes de la sexualité, de la race et de la violence.
    • « The Catcher in the Rye » par J.D. Salinger (L’attrape coeur) – Ce livre a été censuré pour son langage vulgaire, son traitement de la sexualité et ses thèmes de désillusion adolescente.
    • « Of Mice and Men » par John Steinbeck (Des souris et des hommes) – Ce roman a été critiqué pour son langage et ses thèmes de violence, de racisme et de sexualité.
    • « The Color Purple » par Alice Walker (La couleur pourpre) – Ce roman a été censuré en raison de ses thèmes de sexualité, de violence et de racisme.
    • « Brave New World » par Aldous Huxley (Le meilleur des mondes) – Ce livre a été censuré pour son traitement des thèmes de la sexualité, de la drogue et de la critique sociale.
    • « The Adventures of Huckleberry Finn » par Mark Twain (Les Aventures de Huckleberry Finn)- Ce classique de la littérature américaine a été critiqué pour son langage raciste et son traitement des questions de race.

La nouvelle , un genre exigeant (3)

Si la nouvelle est ainsi peu publiée, j’y vois deux raisons majeures : la nouvelle est un genre exigeant à éditer et un genre exigeant à lire.

En effet, du point de vue des lecteurs, il est parfois compliqué de se plonger dans un récit de courte durée, puis de fournir cet effort à nouveau pour une autre histoire, puis une autre… Pendant la lecture, le lecteur investit une situation, des personnages et régulièrement doit recommencer à appréhender une nouvelle intrigue, un autre univers… Cet enchaînement peut être perçu comme fatigant et rébarbatif : la lecture de recueils de nouvelles paraît alors plus exigeante que celle de romans avec lesquels on s’installe confortablement pour un temps long en compagnie de personnages qui nous deviennent familiers. Les nouvellistes sont-ils de plus fervents lecteurs de nouvelles ? On pourrait le penser puisqu’ils en écrivent eux-mêmes mais il semblerait qu’ils ne soient pas plus lecteurs de nouvelles que le non-écrivain. Et lorsqu’ils sont publiés en recueil collectif ou en revue, rien ne prouve qu’ils lisent les textes qui accompagnent les leurs.

Enfin, pour conclure ce triptyque (L’origine de la nouvelle) (La nouvelle un genre difficile à publier) , à l’instar de la poésie, autre genre en souffrance du champ éditorial français, j’emprunterai la conclusion à Anne Cauvel de Beauvillé : »la nouvelle a tout intérêt à s’emparer du numérique et des réseaux sociaux pour se renouveler et toucher un public plus large. Sortir enfin de son isolement et prendre la place qu’elle mérite dans le champ éditorial français : c’est ce que l’on souhaite à la nouvelle, genre littéraire dont les ressources sont loin d’être épuisées. »

Etude thématique extraite du mémoire de stage réalisé dans le cadre du DUT Information-Communication option métiers du livre – Université Paris Nanterre, Juin 2021.