Ces femmes en temps de guerre(3)

Le troisième et dernier portrait de la série « Ces femmes en temps de guerre » est consacré à Colette, alors âgée de 67 ans, en 1940, lorsque le régime de Vichy s’installe en France.

Tout comme ses célèbres cadettes contemporaines, Duras et De Beauvoir, elle reste handicapée par son manque d’engagement politique visible. Elle préfère se terrer dans son appartement du Palais Royal, espérant se faire oublier de l’occupant.

Or, à cette époque, Colette est au sommet de son art et de sa célébrité; elle n’hésite guère à en profiter pour quémander quelques passe-droits et avantages. C’est qu’il faut bien vivre en ces temps là! D’autant que son époux, Maurice Goudeket, d’origine juive, est arrêté par la Gestapo en 1941. Elle accepte alors, « pour gagner sa croute» de tenir des chroniques dans des journaux collaborationnistes comme le Petit Parisien.

Parallèlement, Colette  active ses réseaux, et se démène pour obtenir des nouvelles de son mari. Elle sollicite beaucoup de personnes, ce qui explique le nombre surprenant de ceux qui se targueront ensuite d’avoir été à l’origine de sa libération effective en février 1942. 

Elle critique le régime, écrira l’historienne Bénédicte Vergez-Chaignon1 dans son ouvrage Colette en guerre, 1939-1945, « dénonçant la famine allemande et glissant en toute occasion des allusions patriotiques et républicaines. »

En même temps, elle aide sa voisine, Suzanne Spaak2,  qui s’est engagée dans le sauvetage des enfants juifs. Colette lui donne de l’argent, ainsi que les coordonnées d’amis potentiellement généreux. Elle évoquera brièvement dans L’Etoile Vesper3 la rafle du Vel d’Hiv et n’apprendra l’exécution de Suzanne Spaak qu’après la Libération.

En s’attardant sur l’histoire de ces trois femmes de lettres, qui, par leurs attitudes similaires – elles ont traversé l’Occupation avec la peur et la faim au ventre – on ne peut s’empêcher de penser que, comme elles, nous ne réagirions peut-être pas autrement si aujourd’hui nous étions confrontés à de pareils événements.


  • 1 Bénédicte Vergez-Chaignon est une historienne française spécialiste de la Seconde Guerre mondiale et de l’Occupation.
  • 2 S. Spaak est une résistante Belge connue pour sa lutte en faveur des enfants sous l’Occupation.
  • 3 L‘Étoile VesperColette – « L’auteur, qui ne quitte plus guère son appartement du Palais-Royal, évoque la guerre qui vient de finir, médite sur la souffrance qui l’immobilise et sur les nouveaux rapports qu’elle entretient avec le monde. »

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