Ces femmes en temps de guerre (2)

Tout comme Marguerite Duras, Simone de Beauvoir reconnaît ne pas avoir eu une grande conscience politique, du moins au début de la guerre et précisément sous le régime de Vichy.

Ainsi, n’avoue-t-elle pas dans le tome II de son autobiographie, La Force de l’âge1 : « En 1939, mon existence a basculé d’une manière aussi radicale : l’Histoire m’a saisie pour ne plus me lâcher. »

En effet, le comportement de celle qui prit le surnom de Castor de Guerre — sobriquet imaginé par René Maheu en 1929, professeur de philosophie et attaché culturel à Londres, en pensant au mot anglais « beaver » (castor), qui se prononce presque comme Beauvoir, puis repris par Sartre — a suscité des avis contrastés.

D’aucuns considèrent qu’elle s’est compromise avec le régime pétainiste, en acceptant en 1943 de travailler en tant que chroniqueuse à Radio-Vichy. Certes, elle n’animait qu’une émission sur le music-hall, mais quand même ! Était-ce uniquement pour gagner de quoi vivre ?

D’autres, parmi lesquels Diane Johnson du New York Times, estiment qu’à défaut d’avoir pris les armes pour rejoindre la Résistance, elle était quand même opposante au régime de l’État français2, en fondant avec Sartre, en 1941, Socialisme et Liberté, un éphémère groupe de résistance intellectuelle.

Alors que penser, si ce n’est que tout comme Marguerite Duras, ces immenses femmes de lettres ont joué un jeu dangereux mais nécessaire à leur survie et à celle des hommes qu’elles ont aimés.


1 La Force de l’âge, publié en 1960, est le deuxième tome de l’œuvre autobiographique écrite par Simone de Beauvoir, précédé des Mémoires d’une jeune fille rangés (1958) et suivi de La Force des choses (1963) et deTout compte fait (1972) .

2  L‘État français, désignait durant l’occupation allemande, de 1940 à 1944, les noms de régime de Vichygouvernement de Vichy, ou tout simplement Vichy.


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