Ces femmes en temps de guerre

Comment ne pas être stupéfait par le bouleversement du monde d’aujourd’hui ? Comment ne pas se perdre face aux ambiguïtés de la période de Vichy (1940-1944) pendant la Seconde Guerre mondiale ? Comment écrire et vivre en ces périodes troublées ?

Questions que je me pose à la veille du 8 mai, et qui pourraient trouver une réponse en relisant Marguerite Duras.

L’autrice du « Un barrage contre le Pacifique1 » n’a-t-elle pas rejoint, en 1942, le Comité d’organisation du livre en tant que secrétaire, dont l’une des fonctions principales est la répartition du papier, une ressource précieuse en temps de guerre ? Ce qui lui a peut-être permis de se lancer en littérature en publiant son premier roman « Les Impudents ».

Plus tard, elle s’affichera avec le romancier pro-hitlérien Ramon Fernandez, tout en accueillant chez elle, avec son mari Robert Antelme, le groupe de la rue Saint-Benoît, un cercle d’artistes et d’amis qui a servi de lieu de résistance  intellectuelle française. Naïveté, compromission ? Jeunesse ou insouciance : elle n’avait que 26 ans !

Pendant cette période, elle entretiendra de nouveau une liaison trouble avec l’agent de la Gestapo qui a fait arrêter son époux, déporté à Buchenwald. Collaboration ? Ou tout simplement l’amour d’une femme pour son conjoint qui tente tout pour le sauver, sans arrière-pensée, sans conscience politique ?

Ne la jugeons pas. Contentons-nous de lire ou relire ses ouvrages « L’Amant », « La Vie tranquille » et « Le Marin de Gibraltar », romans dont l’écriture brute et passionnée a ravi plus d’un lecteur et d’une lectrice ! Et je pense qu’à travers son journal intime « La Douleur » paru en 1985, l’auteure nous fait part de l’incertitude et de l’horreur de la guerre, ainsi que des moments intenses du retour des déportés à Paris. Elle y partage l’angoisse et l’attente de la libération de son mari, interné dans les camps de concentration.

Ces épreuves, traversées dans un monde bouleversé, ont certainement contribué à forger son sens politique et sa révolte face à l’injustice, inspirant une œuvre littéraire marquée par la résilience et la quête de vérité.


  1. « Un barrage contre le Pacifique » Marguerite Duras – Gallimard – Date de parution : 21 juin 1950 – Nombre de pages : 340.


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