
Voyages
Cette semaine je vous présente un extrait de Voyages, un recueil de poésies paru en 2020.
« La poésie, pour moi, c’est l’art du souvenir. Elle permet ce lent phénomène du retour sur soi, de la recherche des émotions au plus profond de notre âme. Les sensations, les images, les odeurs sont là, tapies au creux de notre être.
Au poète de les chercher et de les transcrire directement comme elles lui viennent à l’esprit. À lui de trouver le parfait équilibre entre les mots et les sons afin de toucher son lecteur, et de l’amener au-delà du « plafond de verre ».
Il doit s’imprégner totalement des plus petits événements de la vie au risque de s’y perdre et de ne plus savoir s’ils proviennent de son expérience ou du vécu de l’autre.
Alors, il ne joue plus avec les phrases. Il n’est plus qu’un instrument par lequel La Poésie s’exprime à travers lui, primaire et intime. Il voyage au gré de ses sensations, par delà les contrées parfois lointaines, parfois voisines et petit à petit il traduit son ressenti. Les amours blessées, les femmes délaissées, les vieillards abandonnés. »
Voyages

Voyages-Poésies.
Bruno Le Cun
40 pages – 13 €
Editions du net
« Explorez les mots qui touchent. »
Voyages
Le poète
Je suis comme une éponge
Qui plonge dans les songes
De la ville qui rêve endormie
Jusqu’au bout de sa nuit
De ces hommes et ces femmes
J’aspire toutes leurs âmes
Je me nourris de leurs ennuis
Qui transpire de leur vie
Et prospère sur cette matière
Que je digère
Je suis un faussaire
Qui sous mes faux airs
De poète et d’artiste
Quitte la piste
Celle du génie prometteur
Paralysé par la peur
D’être un jour découvert
Comme un vil imposteur
Je ne suis qu’une éponge
Qui plonge dans les mensonges
De ceux qui savent, alors que je ne sais rien
De ceux qui créent, alors que je ne vaux rien
Et suce leur substantifique moelle
Comme un vaurien sur une balancelle
Un saurien qui s’allonge et plonge
Dans de noirs marécages qui me rongent
Comme une glu qui colle à ma peau
Comme, sous sa mère, tète l’agneau
Je me repais de cette trouble substance
Et compose des stances en souffrance.
Le Maître d’images
Tu écris avec la lumière
Des illusions d’amour
Sur des vitres sans tain.
Tu dessines de tes doigts
Des arabesques glacées
Sur des carreaux aveugles.
Au fil de tes pensées
Sur les vitres embuées
Tu esquisses la vie qui change,
Et les nuages qui se mélangent.
Tu souffles à perdre haleine
Sur des miroirs abandonnés
Une fine buée de gouttelettes
Qui révèle la détresse d’un visage,
Les reflets de toutes les âmes
Que tu figes pour l’éternité
Toi le faiseur d’images.
Le silence des agnelles
Murée dans un silence révélateur,
Jeanne prie le seigneur, pauvre pêcheur.
Seule à genoux, elle lève les yeux
Vers la toute-puissance de son Dieu.
De ces actes, ô combien impardonnables
Ce n’est pas Lui le seul coupable.
Mais la triste secte de ses serviteurs
Prêtres, abbés curés inquisiteurs.
Ceux-là ont fait vœu de célibat,
Pour mieux cacher vos ébats.
Alors que vous agnelles sacrifiées
Vous ne fîtes que vœu de chasteté.
Quelle abomination de pécher par amour,
Quand sur terre l’homme de Dieu, triste vautour
Te caresse pour ses besoins satisfaire
Et t’envoie ainsi rejoindre Lucifer.
Alors Jeanne pleure le Seigneur,
Écartelée entre sa foi et son bonheur.
Seule à genoux, son pardon elle implore
Quand sa seule délivrance est la mort.

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