
Yémen, du sang sur le sable
Cette semaine je vous présente un extrait de Yémen, du sang sur le sable, un roman paru en septembre 2023.
« Au Nord du Yémen, les luttes acharnées entre les rebelles Houtis et l’armée régulière plongent le pays dans une guerre civile aux conséquences dramatiques. En plein cœur de la capitale, Sanaa, les attentats meurtriers font rage, multipliant les victimes innocentes.
Au Sud, dans le désert, Daesh prend le pas sur Al-Qaida. À Tikrit, raffinerie de gaz naturel liquéfié, Marc Longuet, un jeune cadre d’une société de sécurité, assiste impuissant à des faits qui le marqueront à jamais.
Tahira, fille d’un haut fonctionnaire de l’État yéménite, rescapée du printemps arabe, rêve de vivre en Occident. Devra-t-elle suivre son intuition et s’enfuir avec Robert le chef de la sureté à Tikrit ? »
Le livre
Ce roman, fruit de vérités vécues et d’une imagination nourrie par les enjeux contemporains, plonge au cœur de cette nation tourmentée. À travers les yeux de ses protagonistes, il anticipe les crises internationales et explore les tensions profondes qui façonnent le destin d’un pays déchiré entre tradition et modernité, pouvoir et résistance.
Après Faits d’hiver « Yémen, du sang sur le sable » est le premier roman de l’auteur Bruno Le Cun.

Yémen, du sang sur le sable-Roman
Bruno Le Cun – 212 pages.
Yémen, du sang sur le sable
Chapitre 1
Benoit vida son verre et me donna une tape amicale sur le bras. Assis en face de moi, à la terrasse d’un café près de la gare, il m’observait l’air interrogateur :
« On ne va pas vivre chez mes vieux ! Quel ennui ! Je préfère louer une petite mansarde chez l’habitant, au centre de Rome. Qu’en penses-tu ? »
Je sentais son regard empreint de malice, scruter le moindre de mes gestes. Il n’avait pas changé. Grand, le cheveu blond à peine un peu frisé, Benoit plaisait aux femmes autant qu’aux hommes. Beau parleur, un brin hâbleur, bien que cultivé et passionné de littérature — il avait lu tous les livres de la mystérieuse écrivaine Elena Ferrante —, il ne comptait plus les conquêtes féminines. De longues années d’expatriation en Italie — ses parents s’y étaient établis pour raisons professionnelles — lui avaient permis de nouer de nombreuses relations dans le milieu universitaire. La préparation d’un vague diplôme en communication lui servait d’alibi pour naviguer avec une aisance maîtrisée au sein de cette faune frivole et internationale.
Alors, dénicher une chambre au centre-ville et l’aménager pour deux étudiants avait été un jeu d’enfant pour lui.
Il paraissait ravi d’avoir réussi à me convaincre de terminer ma dernière année d’école d’ingénieur en Italie.
Après de fastidieux préparatifs et des formalités administratives harassantes, j’avais enfin obtenu, grâce à lui, mon inscription à l’Université de Rome III. Je parlais la langue avec assurance et la qualité de la vie, ainsi que la richesse culturelle de l’Italie, exaltait ma passion pour ce pays. Je me trouvais à deux pas de la France, là où j’avais abandonné ma mère, seule, dans une grande maison pleine de souvenirs. Elle ne m’avait pas beaucoup aimé. Mon père comptait plus pour elle, et pourtant il l’avait quittée pour vivre autour du monde.
Et puis il y eut Benoit. Un ami, que dis-je ? Un frère pour moi. Il m’avait longtemps accompagné dans ma solitude, remplaçant un géniteur qui s’était envolé et une mère absente.
« Excellente idée » répondis-je, un peu gêné par son entrain envahissant.
Il semblait heureux de me revoir et de me servir de guide.
J’entamais, ainsi, cette dernière année d’école en colocation. Nous logions dans une chambre de bonne d’une trentaine de mètres carrés, aménagée sous les combles d’un immeuble désuet situé à quelques pas de la Gare Termini. Je n’imaginais guère un début d’année universitaire aussi dense. Je suivais les cours d’italien de manière assidue, mais cela me demandait de gros efforts de préparation. Je passais le plus clair de mon temps à travailler, pianotant sans cesse sur mon ordinateur à la recherche d’informations utiles pour mes cours. Benoit, lui, sortait un soir sur deux. Il se désolait de me voir si studieux, me privant de tous les plaisirs qu’une ville comme Rome pouvait offrir à un étudiant célibataire. Il ne comprenait pas mon assiduité. Il ne cessait de me houspiller, de me provoquer en me vantant les délices des nuits romaines.
Et puis un soir, épuisé par ce harcèlement quotidien, je finis par céder. J’acceptai son invitation. Mais je ne pouvais me départir d’une certaine culpabilité. J’appréhendais d’être confronté à cette jeunesse dorée, vouée à une carrière toute tracée dans la haute administration ou dans la diplomatie. Je frémissais à l’idée de me laisser entrainer trop loin. Je craignais de négliger mes études.
« Allez, viens, insistait-il, tu verras, ces gens sont sympas. Pas de chichi, tout le monde se connaît et tu pourras parfaire ton italien… Il y aura pas mal de filles ! »

En savoir plus sur LitteraSphère
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
