Esclaves de l’écran

Assis à la terrasse d’un café, je contemple les passants qui cheminent dans la rue. Pas un seul d’entre eux ne marche sans les yeux fixés sur son portable, en train de consulter, d’envoyer un message ou de téléphoner ! Cet objet, normalement simple outil de communication, est devenu au fil du temps (depuis son apparition en 2008) une source indispensable à la relation avec l’environnement et les autres. 3

David Le Breton 1 , dans son ouvrage « La fin de la conversation » 2, souligne comment ce phénomène a engendré de nouvelles attentes qui se sont répandues dans le monde entier. Il affirme que le téléphone portable a réalisé la parfaite hybridation homme-machine (cf Robots versus humains ) par le simple fait de l’avoir en permanence sous la main, ou même à la main comme nos adolescents d’aujourd’hui.

Le sociologue observe que, accaparé par une communication orale, la rédaction ou la lecture d’un texto, les yeux braqués sur l’écran, l’hyperindividu contemporain ne perçoit plus son environnement physique et humain. La dissociation est désormais une donnée banale du quotidien. Le Breton note que, contrairement aux relations sociales entre amis ou proches dont il est parfois difficile de se libérer, la communication à distance offre l’avantage de s’en dégager à sa guise, sans politesse excessive, sans s’attarder. Ainsi, la suppression du corps de l’autre dans l’échange supprime toute gêne, toute timidité à son égard. Le sociologue remarque que dans maintes connexions sur les réseaux sociaux, nul ne sait réellement qui est au bout de l’écran.

Cette réflexion amène Le Breton à penser que bien que les technologies nous connectent à travers le monde, elles pourraient aussi nous éloigner de ce qui est authentique et présent autour de nous. L’immersion dans nos écrans nous isole souvent de ce qui se passe autour de nous, réduisant les interactions spontanées qui enrichissent notre quotidien. Cette distance physique peut parfois simplifier les échanges, mais elle peut aussi réduire la profondeur des relations humaines, en les rendant superficielles et moins engagées.

#lectureslitterashereÉté

Sources

  • 1 – David Le Breton, anthropologue français, professeur de sociologie à l’Université de Strasbourg, membre senior de l’Institut universitaire de France , analyse avec perspicacité et profondeur les transformations de nos interactions sociales à l’ère du numérique
  • 2 – « La fin de la conversation« , offre une critique éclairée des effets des technologies sur nos relations Publication : 31/05/2024; Editions Métaillé Taversées
  • 3 – Observations personnelles et réflexion inspirées par la lecture de l’ouvrage de David Le Breton, sur la dépendance comportementale

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