
Le métier de traducteur
Roberto Saviano, l’auteur de Gomorra-Dans l’empire de la Camorra , traduit de l’italien par Vincent Raynaud, décrit un système de mafia renouvelé, composé d’hommes d’affaires habillés de costumes et qui investissent partout où il est possible de gagner de l’argent. Saviano a su attirer l’attention des lecteurs et lectrices du monde entier, mais aussi des gouvernements sur un phénomène qui, pourtant, n’avait rien de nouveau. « L’argent vient du crime, du trafic de drogues. Et ils [les mafieux] n’ont aucune limite : ils tuent, ils enfreignent la loi, tout en se salissant les mains le moins souvent possible. »
Depuis la sortie de son livre l’écrivain est pourchassé par un ennemi insaisissable : la Mafia.
La traduction, tout comme l’écriture, est un métier particulier car elle se situe entre la transmission et la création, nécessitant « beaucoup de temps », comme nous l’explique Vincent Raynaud. Il nous dit également : « Par moment, il disparaît », faisant référence à l’auteur, et précise : « Il devient injoignable. » Malgré une relation privilégiée entre l’auteur et le traducteur, l’éditeur avoue ne pas savoir où vit Saviano.
Salman Rushdie a toujours écrit en tant qu’homme libre. Il est très rapidement devenu un auteur majeur, notamment célébré par le Booker Prize pour Les enfants de minuit (Éditions Stock, 1983, trad. Jean Guiloineau). Ce n’est qu’à la publication de ses Versets sataniques en 1988 (Bourgois, trad. A. Nasier) qu’il voit sa vie mise en danger.
La tentative de meurtre de Salman Rushdie a horrifié le monde entier : alors qu’il allait s’exprimer en public, sur scène, le 12 août 2022, l’écrivain a été violemment agressé, poignardé à plusieurs reprises, notamment au cou, aux mains et à l’abdomen. L’auteur rescapé fait l’objet d’une fatwa, depuis 1989, pour son roman Les Versets sataniques.
Outre leur statut d’écrivains menacés en raison de leur expression en tant qu’hommes libres, ces deux auteurs partagent une attitude commune, rapporte le traducteur Vincent Raynaud (Prix Maurice-Betz 2022, pour l’ensemble de son travail de traduction). Ce sont deux figures qui se reflètent l’une dans l’autre. « Ils ne sont pas seulement des symboles : ils vivent dans une prison personnelle pour ce qu’ils ont fait, ce qui me semble profondément injuste. »
Rushdie et Saviano, entravés physiquement, se réfugient tous deux dans l’écriture. Décrits comme des « bêtes de travail » par Vincent Raynaud, ces deux auteurs ont chacun une actualité littéraire pour l’année 2023. Le traducteur nous annonce notamment le roman de Saviano à venir, intitulé Crie-le, qui rassemble des portraits de lanceurs d’alerte (Actes Sud).
Pour conclure, Vincent Raynaud offre de l’espoir : « Dans les deux cas, ils sont vivants, ils continuent à écrire, et c’est déjà beaucoup. »
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